Maturité politique en Afrique : le Cameroun est-il en retard ?
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Maturité politique en Afrique : le Cameroun est-il en retard ? :: CAMEROON

Au Sénégal, Ousmane Sonko a été limogé. Il n'a pas été traqué. Ses proches n'ont pas été systématiquement pourchassés. Ses sympathisants continuent de s'exprimer librement.

Au Bénin, le pouvoir a changé de mains dans un calme républicain qui a surpris plus d'un observateur.

Et au Cameroun ?

Au Cameroun, avoir soutenu le mauvais camp peut suffire à ruiner une carrière. Avoir gardé le silence au mauvais moment peut valoir une mise à l'écart. Comme si la nuance, la fidélité ou simplement une opinion divergente étaient devenus des crimes politiques.

Ce contraste frappant, douloureux, et profondément instructif mérite qu'on s'y arrête.

L'Afrique nous offre parfois, malgré tout, de belles leçons. Ces derniers mois, deux pays ont retenu l'attention des observateurs du continent pour des raisons qui devraient faire réfléchir bien au-delà de leurs frontières.

Au Bénin, la passation du pouvoir s'est déroulée dans un cadre républicain globalement respecté. Pas de chaos. Pas de règlement de comptes spectaculaire. Une transition qui, dans un contexte africain encore souvent marqué par l'instabilité, a valeur d'exemple.

Au Sénégal, la situation était plus tendue. Le limogeage d'Ousmane Sonko du poste de Premier ministre aurait pu déclencher une spirale de représailles. Il n'en a rien été du moins pas dans la forme d'une persécution organisée et systématique de ses alliés ou sympathisants. Chacun continue d'assumer ses positions. La vie politique continue, avec ses tensions, mais aussi ses règles du jeu.

Le syndrome camerounais

Au Cameroun, le tableau est différent. Lorsqu'un leader politique quitte une coalition, démissionne du gouvernement ou se retrouve en disgrâce, le signal envoyé à son entourage est souvent brutal : il faut choisir, et vite. Ceux qui hésitent, ceux qui maintiennent des liens par loyauté ou par conviction, ceux qui osent une nuance, se retrouvent immédiatement suspects.

Ce phénomène n'est pas nouveau. Mais il a pris, lors de la dernière élection présidentielle d'octobre 2025, une dimension particulièrement visible. Des personnalités ont été contraintes de se repositionner publiquement, parfois du jour au lendemain, sous peine d'exclusion professionnelle ou sociale.

La question n'est plus idéologique. Elle est existentielle : dans quel camp êtes-vous ? Et si vous ne répondez pas assez vite, la réponse sera donnée à votre place.

L'intelligence muselée

Le paradoxe camerounais est là, et il est douloureux. Le pays regorge d'intellectuels brillants, d'universitaires reconnus, de professionnels compétents dont la valeur n'est plus à démontrer. Et pourtant, cette intelligence collective semble souvent paralysée.

Paralysée par les intérêts matériels. Par la peur de perdre un poste, un contrat, un statut. Par la crainte que la pensée libre devienne un luxe trop coûteux.

Beaucoup préfèrent se taire. Se repositionner. Renier parfois publiquement des convictions qu'ils défendaient hier encore avec ferveur.

Il reste, heureusement, des exceptions. Des voix comme celle du professeur Abba Oyono, du professeur Fogue et d'autres, continuent de porter une parole libre, au risque parfois de l'inconfort.

Mais ces individualités, aussi admirables soient-elles, ne peuvent pas à elles seules combler un déficit structurel de culture démocratique.

Le vrai défi

Une démocratie ne se construit pas dans la peur. Elle ne s'épanouit pas dans l'isolement ou les règlements de comptes permanents. Elle exige la capacité d'accepter la contradiction, de maintenir des relations institutionnelles malgré les désaccords, et surtout de comprendre qu'un adversaire politique n'est pas un ennemi à éliminer.

Le Bénin et le Sénégal ne sont pas des démocraties parfaites. Mais ils démontrent, chacun à leur manière, qu'une culture politique plus mature est possible sur le continent.

Pour le Cameroun, le défi n'est peut-être pas d'abord institutionnel. Il est culturel. Il est dans la capacité collective à replacer l'intérêt général au-dessus des calculs de circonstance, la dignité des opinions au-dessus de la survie individuelle, et les institutions au-dessus des hommes.

Ce chemin est long. Mais il commence par le courage de le nommer.

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