Aboubakar effacé des fresques de la FECAFOOT : le scandale qui divise le football camerounais
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Aboubakar effacé des fresques de la FECAFOOT : le scandale qui divise le football camerounais :: CAMEROON

Vincent Aboubakar est le deuxième meilleur buteur de l'histoire des Lions Indomptables. Il a porté le brassard de capitaine. Il a marqué des buts décisifs sur la scène africaine et internationale. Pourtant, son visage est absent des fresques honorant les légendes du football camerounais au siège de la FECAFOOT.

Un oubli qui ne passe pas inaperçu

La polémique éclate dès la découverte publique des fresques ornant le siège de la Fédération Camerounaise de Football. Ces œuvres visuelles sont censées immortaliser les grandes figures ayant honoré le maillot national. Elles constituent la mémoire officielle du football camerounais, celle que la fédération choisit d'exposer et de transmettre.

L'absence de Vincent Aboubakar dans ce panthéon visuel choque en premier lieu par son caractère objectivement inexplicable sur le plan sportif. L'attaquant détient le statut de deuxième meilleur buteur de l'histoire de la sélection nationale un chiffre factuel, incontestable, inscrit dans les archives officielles du football camerounais.

Il n'est pas le seul à avoir été exclu. Des observateurs relèvent également l'absence de Joseph-Antoine Bell, gardien légendaire des années 1980-1990, et de Fabrice Ondoa, figure plus récente de la sélection. Trois noms. Trois trajectoires différentes. Un point commun : des tensions connues avec l'appareil fédéral.

Pourquoi ces absences révèlent une logique institutionnelle problématique

La reconnaissance des légendes du football camerounais devrait obéir à des critères objectifs et transparents : nombre de sélections, buts inscrits, trophées remportés, impact sur l'histoire du club national. Ces critères existent. Ils sont mesurables.

Or, si les fresques de la FECAFOOT avaient appliqué ces critères, Vincent Aboubakar figurerait en bonne place. Son bilan statistique le place mécaniquement parmi les cinq joueurs les plus importants de l'histoire des Lions Indomptables.

L'hypothèse la plus documentée par les observateurs du football africain est celle d'une logique de loyauté institutionnelle. Les fédérations sportives, lorsqu'elles gèrent leur propre mémoire, tendent à valoriser les figures qui ont entretenu des relations fluides avec leur direction, au détriment de celles qui s'en sont éloignées ou opposées.

Vincent Aboubakar a été, à plusieurs reprises, une voix critique au sein et autour de la sélection nationale. Cette posture, légitime pour un capitaine engagé, peut générer des frictions durables avec les instances fédérales. Ces frictions, si elles orientent les choix mémoriels, constituent une dérive grave.

Comment une fédération efface-t-elle une légende ?

Le mécanisme est subtil mais efficace. Une fresque, un musée, un mur d'honneur ne sont pas des archives neutres. Ce sont des constructions politiques. Chaque visage représenté est un choix. Chaque absence est une décision.

La FECAFOOT n'a pas communiqué publiquement sur les critères de sélection des personnalités figurant sur ces fresques. Cette opacité est elle-même un signal. Lorsqu'une institution refuse d'expliciter ses choix mémoriels, elle valide implicitement l'hypothèse que ces choix ne résisteraient pas à un examen rationnel.

Le problème structurel est plus profond. En Afrique, les fédérations sportives nationales cumulent souvent les fonctions d'organisateur des compétitions, de gestionnaire des contrats et de gardien de la mémoire historique. Cette concentration de pouvoir sans contre-pouvoir indépendant crée les conditions d'une mémoire officielle du football africain partielle, orientée, potentiellement révisionniste.

La crédibilité de la FECAFOOT sur la sellette

La polémique fragilise l'image de la fédération auprès des supporters et de la communauté footballistique camerounaise. Dans un pays où le football constitue un vecteur d'identité nationale puissant, effacer un capitaine emblématique revient à toucher un nerf collectif sensible.

La pression publique, amplifiée par les réseaux sociaux, pourrait contraindre la FECAFOOT à réviser ses fresques ou à publier les critères de sélection ayant présidé à ces choix. Les deux options l'exposent : réviser signifie admettre l'erreur, publier les critères risque de les rendre indéfendables.

Cette affaire pose une question de gouvernance fondamentale. Si la mémoire sportive officielle peut être instrumentalisée pour régler des comptes personnels, quel message est envoyé aux prochaines générations de footballeurs camerounais ? Que l'excellence sportive ne suffit pas si elle s'accompagne d'une parole libre ?

La légende peut-elle survivre à l'institution qui l'ignore ?

L'histoire du sport mondial offre une réponse partielle : les institutions oublient, les supporters se souviennent. Vincent Aboubakar reste dans la mémoire de millions de Camerounais pour ses buts, ses dribbles et son leadership sur le terrain.

Mais la mémoire populaire et la mémoire institutionnelle ne se valent pas. L'une est vivante et volatile. L'autre est gravée dans les murs, transmise aux générations suivantes, enseignée comme vérité officielle.

La vraie question reste entière : une fédération sportive a-t-elle le droit moral d'écrire l'histoire à sa convenance, au mépris des chiffres et des faits qui lui échappent ?

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