-
© Camer.be : Avec Jean Bruno Tagne
- 26 Mar 2026 12:40:12
- |
- 353
- |
Cameroun post-Biya : l’inquiétant vide politique des successeurs putatifs :: CAMEROON
L’État en suspens
Le Cameroun fait face à une succession de Paul Biya qui s’annonce comme un vide programmatique. Alors que le président, âgé de 93 ans, a passé plus de 42 ans au pouvoir, aucune figure émergente ne présente de vision structurée pour l’après. Les prétendants à la magistrature suprême se font connaître non par des projets de société, mais par des manœuvres visant à verrouiller le système existant.
La mécanique d’une captation
L’analyse des comportements politiques révèle une course à la récupération de l’État. Le système Biya se définit comme un modèle de gouvernance où les institutions sont confondues avec la préservation des intérêts personnels des proches du pouvoir. Les héritiers putatifs ne proposent aucune feuille de route pour l’administration publique. Leur unique carburant est la continuité d’une culture de la jouissance acquise pendant près d’un demi-siècle.
Face aux questions concrètes, les candidats à la relève restent muets. Interrogés sur la revitalisation de la démocratie ou la réconciliation nationale, ils n’offrent aucune réponse. L’absence de diagnostic sur la corruption, les détournements ou l’enrichissement illicite est totale.
La constitution comme outil de continuité
Les stratagèmes juridiques constituent le mécanisme central de cette stratégie. Les successeurs putatifs envisagent des tours de passe-passe constitutionnels pour garantir l’impunité et maintenir leur accès aux ressources nationales. Ces manipulations institutionnelles visent à prolonger un état de fait où l’éthique publique est absente.
L' après-Biya est ainsi menacé avant même d’avoir commencé. Ceux qui se positionnent pour prendre la relève ne conçoivent pas le pouvoir comme un levier de reconstruction, mais comme un prolongement de leurs privilèges. Ils ne peuvent promettre des réformes qui les condamneraient eux-mêmes.
L’absence de projet
La reconstruction du Cameroun nécessite des bras courageux et patriotes. Or, le vivier politique actuel ne produit pas d’hommes d’État capables de mettre de côté leurs différends personnels pour l’intérêt général. Le constat est sévère : après 41 ans de règne, l’absence de successeurs crédibles atteste d’un échec profond de transmission.
Les chantiers urgents sont pourtant identifiés. Infrastructures routières en ruine, déficit en eau et électricité, diplomatie moribonde avec des ambassadeurs inutiles maintenus à leurs postes. L’immobilisme contraste avec l’urgence des besoins d’une population qui subit un ensauvagement sans précédent du vivre-ensemble.
L’engrenage d’une transition bloquée
À court terme, dans les six à douze prochains mois, le vide politique risque d’accélérer les luttes intestines au sein de l’appareil d’État. Les défections et les tentatives de mainmise sur les institutions fragiliseront davantage l’administration, déjà paralysée par l’attentisme.
L’absence de préparation à l’alternance pourrait plonger le pays dans une instabilité chronique. Sans bases saines pour la reconstruction, le Cameroun, déjà décrit comme dangereusement penché, risque de rester couché. Le système verrouillé empêche l’émergence de nouvelles élites porteuses d’une vision démocratique et économique alternative.
L’héritage impossible
Un chef se reconnaît à la qualité de ses héritiers. Sous ce prisme, Paul Biya a produit des régents, non des bâtisseurs. L’histoire jugera l’œuvre, mais le Cameroun ne peut attendre. L’occasion historique de reconstruire sur des bases saines ne se reproduira pas indéfiniment. Elle exige des bras volontaires, libérés de la seule logique de la jouissance héritée.
Mais face à l’incapacité des prétendants à articuler un projet cohérent, une question demeure : d’où viendront ces forces vives capables de penser la reconstruction avant de convoiter les dépouilles ?
Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp
Lire aussi dans la rubrique POINT DE VUE
Les + récents
La révision constitutionnelle pour verrouiller la succession de Paul Biya
Théodore Datouo brise 30 ans de système : Cavaye sommé de vider les lieux
Cameroun post-Biya : l’inquiétant vide politique des successeurs putatifs
Gims arrêté à Roissy : blanchiment, 118 villas et un empire financier sous enquête
Conférence ministérielle de l’OMC à Yaoundé: Un exercice de tromperie collective
POINT DE VUE :: les + lus
Cameroun,33 ans de pouvoir: Les 33 péchés de Paul Biya
- 10 November 2015
- /
- 106635
LE DéBAT
Afrique : Quel droit à l'image pour les défunts au Cameroun ?
- 17 December 2017
- /
- 231506
Vidéo de la semaine
évènement
