Six cents milliards de francs CFA de dette, huit heures de délestage par jour, un réseau électrique
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Six cents milliards de francs CFA de dette, huit heures de délestage par jour, un réseau électrique à bout de souffle. C'est l'héritage qu'Antoine Ntsimi, 72 ans, doit assainir depuis sa nomination le 4 mai 2026 à la présidence du Conseil d'administration de la Socadel.

Un symbole de souveraineté retrouvée

La Société camerounaise d'électricité incarne la reprise en main nationale du secteur énergétique. Après des années de gestion concédée à l'opérateur privé Eneo, l'État camerounais a choisi la renationalisation de l'électricité comme levier de souveraineté. Nommer Antoine Ntsimi pour piloter cette transition n'est pas un acte anodin.

Un profil taillé pour la crise

Le curriculum vitae de Ntsimi tranche avec les nominations habituelles. MBA de la Chicago Booth. Ex-vice-président de la Boston Bank aux États-Unis. Ministre des Finances du Cameroun entre 1992 et 1994. Président de la Commission CEMAC de 2007 à 2012. Autant de postes qui forgent un homme rompu aux arbitrages financiers complexes et aux négociations institutionnelles.

Fils de la Lékié, il est réputé pour sa rigueur intransigeante et son franc-parler. Des qualités que le Président de la République a manifestement jugées indispensables pour piloter ce dossier explosif.

Un chantier colossal

La feuille de route est vertigineuse. La dette Socadel de 600 milliards de FCFA exige un plan d'apurement rigoureux. Le réseau de distribution, vieilli et sous-entretenu, nécessite une reconstruction profonde. Les 3 700 ex-agents Eneo absorbés par la nouvelle structure doivent être intégrés sans perturber la continuité de service.

À court terme, l'objectif prioritaire est d'éliminer les coupures chroniques qui paralysent ménages et entreprises. L'équation est simple : sans énergie fiable, pas de croissance industrielle possible.

La méthode Ntsimi, une doctrine en action

Son approche est connue sous le nom de méthode Ntsimi : discipline financière absolue, refus du compromis sur les délais, exigence de résultats immédiats et mesurables. Ce n'est pas un style de management, c'est une doctrine.

Face à des délestages qui coûtent chaque année des points de croissance au PIB camerounais, cette rigueur pourrait s'avérer décisive. Mais elle sera aussi soumise à l'épreuve de réalités structurelles que ni la volonté ni l'autorité ne suffisent à effacer.

Un enjeu qui dépasse les frontières

La réussite ou l'échec de la Socadel sous la direction d'Antoine Ntsimi enverra un signal fort à l'ensemble de la sous-région Afrique centrale. Plusieurs pays de la CEMAC observent ce modèle de reprise publique d'un secteur stratégique. Si le Cameroun parvient à redresser son système électrique, il pourrait inspirer de nouvelles politiques énergétiques à l'échelle régionale.

La question reste entière : un homme, aussi expérimenté soit-il, peut-il à lui seul transformer en profondeur un système électrique que des décennies de sous-investissement ont fragilisé ?

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