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© Camer.be : Avec Griot
- 12 Apr 2026 00:16:49
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CAMEROUN :: Députée Nourane Foster : quand le discours souverainiste cache une économie chinoise assumée :: CAMEROON
Indignation ou hypocrisie ? Le double langage d'une élue camerounaise
La souveraineté économique ne se décrète pas sur Facebook. Quand une députée camerounaise dénonce l'influence chinoise le matin et vend des perruques importées de Canton le soir, le fossé entre le discours et les actes mérite d'être mesuré. C'est précisément ce que révèle la réplique publique de l'écrivaine Ernis à la député Nourane Foster.
Ce qui s'est passé : une indignation qui se retourne contre son auteure
La député Nourane Foster a publié une prise de position critiquant la capitalisation économique des Chinois et des Libanais sur le sol camerounais. La sortie a circulé rapidement, générant adhésion et applaudissements dans une partie de l'opinion publique.
L'écrivaine Ernis, connue sous le pseudonyme Griote, a répondu point par point. Sa réplique, diffusée sur les réseaux sociaux, pose une question centrale : peut-on dénoncer une dépendance économique structurelle tout en en étant soi-même un maillon actif ?
Perruques, lampadaires et conflit d'intérêts : l'anatomie d'une contradiction
Ernis soulève deux faits précis.
Premier fait : Nourane Foster commercialise depuis plusieurs années des perruques d'origine chinoise auprès de jeunes Camerounaises. Chaque vente réalisée à Douala correspond, selon l'écrivaine, à un emploi créé à Canton et un emploi détruit au marché de Mboppi. Le made in Cameroon brille par son absence dans ce modèle commercial.
Second fait : pendant la campagne présidentielle, la députée aurait importé de Chine des lampadaires destinés à ses activités politiques. L'acte finance directement l'industrie chinoise, sans transfert de technologie ni retombée pour l'ingénierie locale.
La critique dépasse l'anecdote. Elle pointe un conflit d'intérêts structurel : une élue dont le modèle économique personnel contredit le discours nationaliste qu'elle tient en public.
Le vrai déficit : l'absence de bilan législatif
Ernis va plus loin que la simple contradiction personnelle. Elle interroge le rôle institutionnel de la députée.
Combien de propositions de loi ont été déposées sur le chômage des jeunes, la politique industrielle ou le droit de séjour des étrangers au Cameroun ? Combien d'auditions, de travaux en commission, d'amendements concrets ? Ces questions restent, à ce stade, sans réponse publique documentée.
Le salaire minimum au Cameroun est inférieur à 45 000 francs CFA. L'indemnité parlementaire d'une députée représente environ vingt fois ce montant. L'écart illustre la distance entre gouvernants et gouvernés une distance que ni les posts Facebook ni les émotions performatives ne comblent.
Fiscalité opaque et privilèges douaniers : un système qui mérite débat
L'écrivaine soulève également la question des avantages fiscaux dont bénéficient certains élus pour importer des marchandises. Un vendeur informel paie ses taxes au prix fort. Un député-commerçant opérerait, selon Ernis, dans un cadre moins contraignant.
La réforme fiscale constitue ici un enjeu démocratique direct. Si des élus cumulent mandats politiques et activités commerciales protégées par des exonérations douanières, la séparation entre intérêt public et intérêt privé devient fragile. C'est précisément pour éviter ce type de confusion que les régimes parlementaires modernes encadrent strictement les conflits d'intérêts.
Enjeux immédiats et structurels pour le Cameroun
À court terme, l'échange entre Foster et Ernis révèle une demande sociale croissante de transparence législative. Les citoyens camerounais ne se contentent plus des prises de parole émotionnelles. Ils exigent des bilans chiffrés, des textes soumis, des votes documentés.
À moyen terme, la question posée dépasse le cas individuel. Le Cameroun dispose d'un tissu artisanal et manufacturier que les importations massives fragilisent durablement. Tant que des acteurs politiques, y compris ceux qui dénoncent la dépendance étrangère, continueront d'alimenter cette dépendance par leurs propres pratiques commerciales, aucune politique d'industrialisation nationale ne trouvera de base crédible.
La cohérence entre le discours et l'acte n'est pas une exigence morale abstraite. Elle conditionne la confiance des citoyens dans leurs institutions. Sans cette confiance, les réformes restent lettre morte.
La question qui reste ouverte
Le patriotisme économique camerounais passera-t-il un jour du slogan à la loi ? Et si oui, qui en sera l'auteur ceux qui le proclament ou ceux qui en paient le prix chaque jour ?
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