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- 11 May 2026 07:05:56
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CAMEROUN :: La dette d’Alain Didier Ntamag : un roman qui accroche :: CAMEROON
Never say never. Jamais cela ne lui avait traversé l’esprit, à Kelta, dans ses vies de fille, jeune femme et femme, qu’il lui arriverait un jour d’entretenir un homme. Et pourtant… Tout était parti d’un rendez-vous comme un autre.
Un rendez-vous manqué, finalement, du fait d’un malheureux accident arrivé à Kenny alors qu’il roulait plein gaz sur l’axe Limbé-Douala, filant à la rencontre de Kelta, qui jusque-là ne lui connaissait ni de lèvres ni de dents, la jeune femme n’ayant encore jamais rencontré le soupirant. Il se trouve que Kelta avait reçu un appel anonyme, d’un inconnu (Kenny), qui l’avait priée de bien vouloir accepter son invitation à dîner. Dans la suite de l’histoire, on eût presque dit « à quelque chose malheur est bon », si seulement il n’y avait pas eu mort d’homme à l’issue de cet accident (la mort d’une petite fille notamment, percutée par Kenny au volant de son auto). Car Kenny s’étant retrouvé en garde-à-vue à la gendarmerie, puis en prison, Kelta prise de remords va se sentir obligée envers le jeune homme. C’est ainsi qu’elle va se dévouer corps et âme pour la cause de Kenny, convaincue que c’est en partie à cause d’elle, parce qu’il courait à sa rencontre que ce malheur lui était arrivé. Elle ne ménagera aucun effort pour lui porter assistance ou pour œuvrer à sa libération. Lors même que tous ses proches l’auront abandonné à son triste sort (y compris son avocat et sa famille), Kelta serait encore là pour Kenny, entêtée, sourde aux conseils de ses amies qui la mettaient en garde d’en faire un peu trop, en sacrifiant ses études, ses modestes revenus et ses propres intérêts pour un homme qu’elle ne connaissait pas. Le premier tête-à-tête qui était censé se tenir dans un restaurant chic de Douala se tiendra finalement dans la salle de visite d’un établissement pénitencier de Buéa, où Kenny s’est retrouvé incarcéré en attendant le début de son procès. Présumé coupable d’homicide involontaire, Kenny pour sa part déclare qu’il n’a tué personne, qu’il est convaincu d’avoir roulé sur un carton qui traînait sur la chaussée – Hum !…

Un roman de l’absurde, La dette d’Alain Didier Ntamag. L’affaire même de Kenny n’est pas sans rappeler Le procès de Franz Kafka, avec des magistrats peu consciencieux qui semblent prendre un malin plaisir à faire traîner la procédure : « A chaque fois que son procès était programmé, c’était toujours la même rhétorique « affaire renvoyée au … » ; il en était au sixième renvoi depuis le 16 juin, date de la tenue de son tout premier procès. C’était comme si le sort s’acharnait contre lui... » Parfois l’auteur emprunte aussi les couloirs du paranormal, à l’image de l’autre Kafka (Kafka sur le rivage d’Haruki Murakami). C’est ainsi qu’il est arrivé à Kelta d’être poursuivie par des personnes bizarres à l’apparence chtonienne. Kenny pour sa part a eu une aventure avec une revenante. Du coup, on peut comprendre que la sorcellerie s’invite. Pour Aïcha, la diseuse de bonne aventure qui secoue les cauris, le pauvre Kenny est victime d’un mauvais sort. La gamine morte au cours de l’accident a en réalité été tuée par les mangeurs d’âmes de son village, et ils se sont servis de Kenny pour lui faire porter le chapeau. Mais en filigrane de tout ceci, La dette est aussi une histoire d’amour qui prend progressivement forme au fur et à mesure qu’on avance au fil des pages. Car finalement, c’était prévisible, même si Kelta s’en défendait au début, essayant de se convaincre qu’elle agissait par altruisme, si ce n’est pour dédouaner sa bonne conscience ; finalement, oui, Kelta tombe amoureuse de Kenny. A partir de là, le clou de l’intrigue devient chaud brûlant, on ne lâche plus le livre. Une question nous tarabuste qui demande instamment une réponse : la dette, Kenny va-t-il la payer ? Pour sortir Kenny de prison, Kelta a dû s’endetter lourdement pour financer les procédures d’obtention de liberté conditionnelle devant permettre à l’accusé de mieux préparer sa défense. Kenny avait promis de payer une fois libéré… L’autre dette est une dette morale : Kenny saura-t-il se montrer reconnaissant et aimant envers Kelta, elle qui a tout sacrifié pour sa cause ; ou donnera-t-il finalement raison aux amies de Kelta, qui l’avaient prévenue quant à l’ingratitude de l’Homme, et d’autant plus un homme que l’on ne connait pas ?... C’est sûr, La dette d’Alain Didier Ntamag est un amour de petit roman qui accroche.
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