Olembé et Japoma : 400 milliards engloutis, deux stades toujours inachevés au Cameroun
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Olembé et Japoma : 400 milliards engloutis, deux stades toujours inachevés au Cameroun :: CAMEROON

Plus de 400 milliards de FCFA mobilisés. Deux complexes sportifs inaugurés en grande pompe. Et pourtant, plusieurs années après les cérémonies officielles, ni Olembé ni Japoma ne sont réellement terminés. Le Cameroun a un problème structurel avec ses grands chantiers publics.

Deux mégaprojets, une même dérive

Le complexe sportif d'Olembé à Yaoundé et le complexe multisports de Japoma à Douala devaient incarner la modernité infrastructurelle du Cameroun à l'occasion de la CAN 2021, organisée finalement en janvier 2022. Les deux projets cumulent plusieurs centaines de milliards de FCFA de dépenses publiques et d'endettement extérieur.

Olembé a été lancé en 2015 avec le groupe italien Piccini pour un contrat initial de 163 milliards de FCFA. Japoma a démarré en 2017, confié au groupe turc Yenigün, pour un coût estimé entre 140 et 232 milliards de FCFA selon les sources, financé à 85 % par Türk Eximbank. Deux chantiers, deux entreprises étrangères, deux logiques d'endettement. Un même résultat : des infrastructures livrées politiquement avant d'être achevées techniquement.

Olembé : le chantier qui coûte deux fois

L'histoire d'Olembé est celle d'un projet qui a changé d'entreprise en plein vol. Piccini est évincé en 2019 après des désaccords financiers profonds. Le groupe canadien Magil Construction prend le relais avec un nouveau contrat d'environ 55 milliards de FCFA supplémentaires. Le Cameroun paie ainsi deux fois pour un même ouvrage inachevé.

La bousculade mortelle du 24 janvier 2022, qui fait 8 morts et des dizaines de blessés lors d'un match de la CAN, révèle publiquement les failles du site. Le récit d'un complexe ultramoderne s'effondre en quelques heures. Selon Afrique XXI, le complexe n'était achevé qu'à environ 40 % au moment où plusieurs centaines de milliards avaient déjà été consommés. Le coût global a progressivement dépassé les 200 milliards de FCFA, sans livraison complète à l'horizon.

Une dérive systémique

Le syndrome des grands projets publics au Cameroun se définit comme la tendance à inaugurer des infrastructures avant leur achèvement technique, pour satisfaire une échéance politique plutôt qu'un critère de livraison réel. Olembé et Japoma en sont l'illustration la plus documentée.

Des mécanismes alimentent cette dérive. D'abord, une conception surdimensionnée : hôtels cinq étoiles, centres commerciaux, piscines olympiques, espaces VIP sans modèle économique d'exploitation crédible derrière. Ensuite, une dépendance totale aux entreprises étrangères pour l'ingénierie, la conception et l'exécution, qui rend chaque conflit contractuel bloquant pour le chantier entier. Enfin, une opacité financière structurelle : avenants successifs, coûts réévalués sans transparence, absence de sanctions réelles en cas de retard.

À Japoma, la pelouse suscite une polémique continentale dès la CAN 2022. Des matchs sont délocalisés à cause de l'état du terrain. Un stade presque neuf, construit pour des centaines de milliards, présente déjà des problèmes de maintenance lourde. C'est le signal d'une gestion sans stratégie d'entretien durable.

Des enjeux budgétaires et réputationnels immédiats

Les éléphants blancs sportifs camerounais génèrent des coûts d'entretien récurrents sans recettes proportionnelles. L'exploitation reste partielle, les équipements annexes incomplets, et de nouvelles enveloppes budgétaires continuent d'être sollicitées pour des chantiers officiellement « terminés ». Une dette additionnelle de 24 milliards de FCFA a déjà été contractée pour achever certaines parties de Japoma.

Le risque est celui d'une dévalorisation accélérée de ces infrastructures. Sans modèle économique viable : événements réguliers, exploitation commerciale des annexes, maintenance professionnalisée , Olembé et Japoma suivront la trajectoire classique des grands projets inachevés en Afrique : coûteux à entretenir, peu rentables, progressivement dégradés. La réputation du Cameroun comme hôte fiable de compétitions continentales en sortira durablement fragilisée.

Quand inaugurer ne veut plus dire terminer

Les infrastructures CAN 2022 au Cameroun posent une question que les chiffres rendent inévitable : à partir de quel seuil de dépenses publiques une démocratie exige-t-elle des comptes sur la livraison réelle de ses chantiers ? Des centaines de milliards ont été mobilisés, de la dette internationale contractée, des entreprises étrangères recrutées et remplacées. Le résultat est deux complexes partiellement fonctionnels, entourés de controverses persistantes.

Le modèle camerounais du « on inaugure d'abord, on termine ensuite » a une limite : il finit par éroder la confiance dans la capacité de l'État à conduire ses grands projets. Jusqu'à quand le pays pourra-t-il se permettre de confondre cérémonie d'inauguration et livraison effective ?

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