Emulation : « Mamy Nyanga », la réussite au bout de l'audace
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Cheffe d’entreprise à succès, Françoise Puéné, de son vrai nom, se distingue par des concepts innovants de formation en faveur des femmes et des jeunes.

Un pantalon jeans enfilé dans des bottes, assorti d’une ceinture qui le réunit à une chemise à carreaux. Du haut de ses 1,86 mètre, les lunettes fixées sur sa chemise, Françoise Puéné alias « Mamy Nyanga » nous accueille avec un large sourire. Elle honore ainsi le rendez- vous pris la veille. Avant nous, la cheffe d’entreprise a reçu tour à tour des personnes venues solliciter son accompagnement dans des projets, des conseils pour des investissements. Françoise Puéné est une femme d’affaire de la place de Yaoundé, du Cameroun. Sa réputation s’étend au-delà des frontières du pays. En plus des affaires, elle a fait de l’entrepreneuriat son cheval de bataille. 

L’honnêteté, la clé de la réussite!

Mamy Nyanga s’est lancée dans les affaires il y’a plus de trois décennies. Elle est classée parmi les plus grandes réussites féminines au Cameroun et en Afrique. Elle livre le secret de sa réussite : « La clef du succès c’est l’honnêteté. Je m’appuie sur mon expérience. Quand je me suis lancée dans les affaires, il y’a plus de 30 ans, si j’ai réussi c’est  parce que j’ai rencontré des personnes honnêtes. Ma richesse est fondée essentiellement sur le travail mais surtout sur l’honnêteté. Quand j’ai commencé à vendre les beignets au village, j’ai prospéré dans cette voie parce que j’étais honnête. Ma clientèle était des voyageurs et je manifestais de l’honnêteté. Ceci m’a permis de fidéliser les clients et de voir mon activité s’accroitre. » Elle renchérit :

« C’est pourquoi, je dis très souvent aux jeunes, on ne ment pas trois fois. La première fois, les gens vous font confiance, la deuxième fois, les gens ne sont pas au courant et à la troisième tentative, vous êtes démasqués et vous ne pouvez plus rien. C’est ce qui fauche les jeunes aujourd’hui. » Pour elle, il existe  un problème d’amour du prochain, de générosité surtout en Afrique centrale. Ce constat est à l’origine d’un concept de formation dénommé « Mamy Nyanga tour ». « C’est le premier concept de formation que j’ai mis sur pied en 2015. Les vendeuses manquent d’honnêteté. Je visais deux choses essentielles : l’honnêteté pour arriver à la fidélisation et à la multiplication de leurs revenus », explique-t-elle.

L’entrepreneuriat, le sens de ma vie !

L’année 2015 constitue un autre tournant dans la vie de Françoise Puéné. « Je ne me suis pas renfermée dans mes connaissances, dans ce mur de conformisme. Je suis d’ailleurs rentrée à l’école pour me faire former de nouveau. Aujourd’hui, j’ai sanctionné ma formation d’un Master en Business administration que j’ai obtenu cette année (2020 ndlr). Plus de 27% de la population au féminin font des affaires mais celles qui franchissent le cap raisonnable des affaires restent derrière ce mur de conformisme, elles ne veulent plus prendre des risques », pense-t-elle. Elle met sur pied plusieurs concepts dans le domaine de l’entrepreneuriat : Mamy Nyanga tour, Mamy Nyanga master class, de 0 à milliardaire etc… 

« S’il est dur d’échouer, il est plus difficile de n’avoir pas essayé », c’est une maxime qui résume l’engagement de Françoise Puéné. C’est cette détermination qui l’a encouragé dans la formation des jeunes et des femmes, leur accompagnement et leur autonomisation. Le « Mamy Nyanga tour » est réservé aux « Bayam sellam ». La formation se déroule dans les marchés çà et là et connait un succès retentissant. Le « Mamy Nyanga master class » intervient à la demande des jeunes. L’écho de ces différents concepts entraine un partenariat avec le ministère de la Jeunesse et de l’Education civique dans le cadre du projet « Youth connekt Cameroun». 

La convention est signée en décembre 2019, faisant de Françoise Puéné l’ambassadrice. Avec la survenue de la pandémie à coronavirus, c’est finalement au mois de juillet 2020 que le projet se matérialise. Une première cuvée de 30 jeunes a été outillée dans l’entrepreneuriat. « Je l’ai accepté parce que j’étais ravie de savoir que finalement l’Etat veut donner une autre vision à l’entrepreneuriat en impliquant les acteurs clés que sont les chefs d’entreprise comme moi. Jusque-là d’autres partenaires, les Nations unies géraient ce projet entre eux. L’exemple à suivre ce sont des modèles pratiques, c’est pourquoi j’ai accepté avec beaucoup d’intérêt le fait que le Minjec me choisisse pour apporter plus de lumière à ce projet qui tient à coeur au président de la République. Je suis très intéressée parce que ça convient à ce que je fais aujourd’hui », estime la femme entrepreneure. 

L’entrepreneuriat est la voie par excellence. « Les grandes puissances ne se sont pas caricaturées sur la fonction publique, alors que nos jeunes aujourd’hui veulent tous être fonctionnaires. On a environ 140 000 jeunes qui sortent dans les universités d’état chaque année. C’est pourquoi je m’implique à enseigner, à inviter les jeunes à investir en entreprenariat », laisse-t-elle entendre. 

Un concept de plus !

« J’ai un bébé entre mes mains. Il s’agit du Mamy Nyanga Cameroon Entrepreneurship network « Le Manycawe », annonce-t-elle les yeux reluisants. C’est une association qui ne recrute que des entreprises de femmes. Elle vise à donner de la visibilité aux femmes entrepreneurs. Elle compte actuellement environ 20000 membres à travers le Cameroun. Des responsables régionaux ont été installés dans toutes les régions. « Nous ne les recrutons pas individuellement mais celles qui sont dans les gics, les associations, les coopératives. Parce que les partenaires ont décrié le déficit des femmes en entreprise pour les 10 prochaines années. Ils veulent financer les femmes et le financement doit se passer uniquement sur des plateformes et avec des femmes en association. La Bad veut amener des femmes à la mutualisation », précise-t-elle. 

Inculquer l’esprit entrepreneurial

Françoise Puéné qualifie d’oeuvre humanitaire et de bénévolat ses actions. « Si je partais de ce monde à l’instant, je laisserai le meuble, les immeubles et même de l’argent en banque mais ce n’est pas ce que je veux laisser. Je veux laisser des jeunes, des femmes prospères. C’est pourquoi je suis déterminée à transmettre mes connaissances en entreprenariat. Tant que je n’ai pas fait entrer l’esprit entrepreneurial dans les cerveaux, je ne serai pas tranquille. Je me détermine à les former comme Socrate parce qu’il n’a pas écrit mais il a transmis. Pour laisser cette façon de faire l’entreprise à mon image », ambitionne l’entrepreneure. Des regrets, Françoise Puéné en a. « Je n’ai pas encore pu autonomiser les femmes et les jeunes comme je rêve le faire. C’est un chantier fastidieux, difficile, délicat mais plutôt noble. Je suis fière de servir que de me faire servir », se  désole-telle.

La voie par excellence du succès se résume pour Françoise Puéné dans ce conseil: « avoir confiance en soi, se donner de la valeur, croire qu’on vaut plus que ce que les autres croient. L’homme est essentiellement ce qu’il veut devenir. C’est vous qui décidez de ce que vous voulez devenir. Il faut croire en ses capacités. Croire qu’on peut arriver et vaincre la peur. » 

Un look particulier !

On ne saurait parler de Mamy Nyanga sans se référer à son look. Voici 20 ans qu’elle l’a adopté. « A la base, j’étais une femme du chef et là les femmes ne sont pas modernes, elles sont ancrées dans la tradition. A cette époque, je ne pouvais pas porter des vestes parce que je pesais plus de 115 kilos, j’ai décidé de maigrir et de rester mince et porter mes vestes (son poids oscille aujourd’hui entre 69 et 70 kg ndlr ) », se souvient-elle. Elle veille au grain sur sa silhouette, une discipline et de capacité à diriger. « Vous ne pouvez pas aller commander des gens si vous ne pouvez pas commander votre corps, c’est-à-dire que vous donnez à votre corps le poids que vous voulez, c’est ça être un chef », estime Mamy Nyanga. 

C’est son apparence particulière qui lui vaut d’ailleurs ce surnom. Au milieu de la multitude, elle se particularise. « Je suis toujours un peu différente des autres, je m’habille différemment. Je suis au masculin. Ce n’est pas tous les jours qu’on peut voir une femme qui s’habille au masculin au quotidien comme moi. C’est rare je le sais. Je sors un peu du commun. Je suis tout le temps bien sapée. Je suis aussi une adepte de la simplicité, je laisse les cheveux très courts, je ne mets pas de vernis, pas de superflu, je suis naturelle », raconte-t-elle. Et d’ajouter amusée : « je veux tout le temps être distinguée, être unique, être tout le temps tirée à quatre épingles. C’est pour cette raison que j’ai adopté un look propre à moi. J’ai vu quelques femmes essayé, elles ont vite fait d’abandonner. » Avec un look au masculin, Françoise Puéné se lance aussi dans des activités « au masculin ». 

« J’ai des amis qui me disent tu as décidé d’affronter les mecs, sois aussi capable d’encaisser des coups. J’en reçois tellement de coups. Nous sommes dans une société tellement au masculin. C’est le combat au coup de poing chaque jour avec les hommes », regrette-t-elle. 

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