CAMEROUN :: Vient de paraître, Enoh Meyomesse: La question linguistique et l'unité de la nation :: CAMEROON
CAMEROUN :: Vient de paraître, Enoh Meyomesse: La question linguistique et l'unité de la nation :: CAMEROON
 
CAMEROUN :: LIVRES
  • Camer.be : Avec l'auteur
  • lundi 16 septembre 2019 16:01:00
  • 6219

CAMEROUN :: Vient de paraître, Enoh Meyomesse: La question linguistique et l'unité de la nation :: CAMEROON

Lorsqu’en 1961, au lendemain de la réunification, le gouvernement, afin de « préserver le double héritage colonial » franco-britannique, décrétait le Cameroun « pays bilingue », il était loin d’imaginer qu’il venait de créer un outil de discorde qui, à la longue, allait inéluctablement diviser le pays, en faisant du partage colonial du 4 mars 1916, un acte à la fois définitif et sacré, et entérinait finalement ainsi la création de deux nations distinctes sur les décombres de l’ex-Kamerun qui n’en comportait qu’une seule. Il n’avait guère compris que la langue étant l’outil principal d’identification et de différenciation des peuples, celle-ci allait finir par s’ériger en grand mur entre les deux parties du pays, et, à long terme, mettre en péril la réunification qui venait de se produire.

………………………..

Chapitre IV :

Foumban : un Etat deux langues et deux peuples.

Beaucoup d’encre a coulé sur la Conférence Constitutionnelle de Foumban, présentant cette rencontre comme le fondement de la contestation en cours dans le Nord-ouest et le Sud-ouest camerounais. Selon le sens commun, les « Anglophones » auraient été dupés au cours de celle-ci. Ou encore, l’entente conclue a été violée par la suite.

A – Conférence constitutionnelle et non culturelle.

En fait, la Conférence Constitutionnelle de Foumban a sonné le glas définitif du Kamerun. Le pays d’avant 1916 est définitivement mort dans cette ville en 1961. Ce n’étaient pas les « Kameruner » qui s’étaient rencontrés, à savoir le peuple de 1884 à 19-16 parlant la même langue, partageant

la même histoire, présentant les mêmes références culturelles, mais plutôt désormais deux peuples distincts au mental différemment moulé par deux régimes coloniaux eux-mêmes différents, voire opposés.

Cette rencontre avait clairement précisé son objet : l’élaboration d’une constitution, et rien de plus. C’était une conférence juridique, et rien d’autre. Pourtant, c’est d’une « Conférence culturelle » dont avait réellement besoin la population camerounais appelée à vivre de nouveau ensemble, après une séparation de 45 ans, soit pratiquement un demi-siècle.

Les délégués des deux parties ont maladroitement, mais innocemment, proclamé leur désir de préserver le double héritage culturel colonial. Ce faisant, ils ont purement et simplement reconduit la division du 4 mars 1916, par-delà l’unification juridique, à travers une constitution commune. L’unité juridique ne pouvait en aucune manière entraîner ipso-facto l’unité culturelle, autrement dit, l’unité des âmes.

La langue, et par-delà elle, la culture, demeurait présente, contre les deux Cameroun, et sa nuisibilité n’allait faire que croître d’année en année, plus on allait s’éloigner du mois de juillet 1961. A Foumban, nul n’y a songé.

Il ne s’agissait guère de « préserver » l’héritage culturel issu du double régime colonial britannique et français, mais plutôt, bel et bien, à défaut de l’abolir, de le fondre en le mélangeant au propre héritage culturel ancestral national. Il fallait créer une nouvelle culture, qui fut désormais camerounaise, nationale, non pas une juxtaposition de deux cultures de domination et d’asservissement de la camerounaise. C’est une âme nouvelle et unique qu’il fallait commencer à bâtir, et non un dérivé de deux âmes antagoniques. Avait-on oublié que les Français et les Anglais avaient mené une guerre de 100 ans par la passé, et qu’en 1961, les Anglais continuaient à se sentir supérieurs aux Français et à les mépriser ouvertement ? La juxtaposition de leurs deux cultures ne pouvait-elle pas augurer d’une résurrection de cet antagonisme au Cameroun ? Nul n’avait à l’époque, songé à mener la réflexion à ce niveau, enthousiasmés qu’étaient les gens de débattre des positions

qu’ils allaient occuper dans la République Fédérale en construction.

Pour tout dire, la conférence de Foumban a uni juridiquement deux peuples désunis par la culture, et tout particulièrement par la langue. Elle a conçu de ce fait un attelage précaire…

B – Modèle américain et nigérian inadaptés.

A Foumban, les conférenciers ont bâti un Etat calqué sur le modèle américain, sur l’initiative de John Ngu Foncha, et en imitation du régime nigérian où prévalait le fédéralisme depuis 1954. Ce faisant malheureusement, ils n’avaient guère compris que le fondement du fédéralisme aux USA, c’est un peuple uni à 80% par la race blanche, et à 100% par la langue anglaise. Que le fondement de celui du Nigéria, c’était la colonisation britannique et la langue anglaise, seule langue administrative du pays.

Le Cameroun, quant à lui, en 1961, était caractérisé par deux populations, finalement deux peuples, séparés, voire opposés, par le « double héritage colonial à préserver ».

L’histoire de l’humanité ne fournit que peu d’exemples de pays où des langues différentes coexistant ne divisent pas la population. La fédération russe a fini par voler en éclat à cause de la langue. Tous les peuples qui s’y étaient retrouvés ne parlaient pas la même langue, à savoir le russe. Les Ukrainiens avaient la leur, les Lituaniens, les Estoniens, les Lettoniens, etc.

Le Canada et la Belgique ne sont pas exempts de conflits. Des mouvements indépendantistes n’y manifestent régulièrement. Le seul cas au monde où la coexistence de plusieurs langues se déroule de manière à peu près harmonieuse, est la Suisse.

…………………

Introduction

Chapitre I :

La langue : un outil d’identification et de différenciation

A – Un outil d’identification

B – Un outil de différenciation

Chapitre II :

Un outil d’influence, de solidarité et de domination

A – Un outil d’influence et de solidarité

B – Un outil de domination

Chapitre III :

De « Kameruner » à « Anglophones »

A – 1916-1961 : « Kameruner »

B – Apparition des « Anglophones »

Chapitre IV :

Foumban : un Etat deux langues deux peuples

A – Conférence constitutionnelle et non culturelle

B – Modèle américain et nigérian inadaptés

Chapitre V :

La difficile unité d’une nation divisée par la langue

A – 1972 : culture unitaire plutôt qu’Etat unitaire

B – L’impératif dépassement du « bilinguisme »

Pour acquérir le livre, cliquer sur : https://www.amazon.fr/s?k=la+question+linguistique+et+l%27unité+de+la+nation%2C+Enoh+Meyomesse&__mk_fr_FR=ÅMÅŽÕÑ&ref=nb_sb_noss 

16sept.
Lire aussi dans la rubrique LIVRES

canal de vie

Vidéo