CAMEROUN :: Mgr Jean Mbarga : « La religion dans une société est politiquement neutre » :: CAMEROON
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CAMEROUN :: RéLIGION
  • Cameroon Tribune : Propos recueillis par Azize MBOHOU
  • lundi 29 octobre 2018 08:45:00
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CAMEROUN :: Mgr Jean Mbarga : « La religion dans une société est politiquement neutre » :: CAMEROON

Mgr, vous avez suivi l’appel des dignitaires musulmans à la neutralité des leaders religieux en cette période électorale. Comment réagissez-vous à cet appel ?
Nous partageons avec la communauté musulmane cette conviction que la religion dans une société est politiquement neutre. On peut dire apolitique, pour la simple raison que la religion chrétienne, musulmane, ou autre, met les hommes, tous les hommes, chaque homme, en relation avec Dieu. Et pour jouer ce rôle de rassemblement des enfants de Dieu, il faut être tout à tous, comme dit Saint-Paul. Par conséquent, les clivages ou d’autres formes d’appartenance, ne doivent pas peser dans notre appréciation des hommes que nous rencontrons. Comme Dieu, tous les hommes sont les enfants de nos chapelles, de nos religions et nous sommes au service de toute l’humanité sans aucune discrimination. La politique étant généralement décomposée en partis, ce qui crée naturellement des esprits partisans, ne peut donc pas entrer dans la vision chrétienne du rassemblement des enfants de Dieu. Et la religion chrétienne devient par ce fait, une religion de neutralité politique.

Vous nous avez souvent enseigné que tout pouvoir vient de Dieu et que la voix du peuple est celle de Dieu. Au regard des résultats de la présidentielle, est-ce qu’il n’est donc pas temps de tourner cette page ?
La démocratie, c’est l’humanisation de la conquête et de la conservation du pouvoir. Dans les sociétés anciennes, c’était la guerre. C’était le plus fort qui aura tué l’autre qui régnait. Mais avec l’avènement de la démocratie, nous avons appris à humaniser le processus qui mène à la prise des responsabilités dans un pays. Et le Cameroun a voté des lois et des procédures qui humanisent et légalisent le processus d’accès aux postes de responsabilité notamment à la présidence de la République. A partir du moment où ce processus a joué son rôle, inéluctablement, la personne qui en sort élue est légalement constituée, et a droit à la reconnaissance de tous les citoyens. Une chose, c’est le temps des élections et une autre, c’est le temps de la vie nationale. Les tensions électorales finissent avec la proclamation des résultats. Et après elle, s’ouvre la vie nationale. C’est pour cela que nous pouvons dire que le responsable élu agit au nom de Dieu qui est un Dieu Rassembleur. Il mérite donc le soutien et l’appui des forces vives du pays et de tous les citoyens.

Qu’est-ce que l’église a fait pour véhiculer ce message de rassemblement et de respect des institutions ?
Nous avons tous suivi les règles du jeu, dans le processus électoral et nous y avons participé. On ne pouvait pas participer à une organisation que ne respections pas au départ. Donc, nous sommes fidèles et logiques dans notre démarche. Pour nous, tous les évêques du Cameroun ont écrit une lettre pour rappeler cette démarche légale des citoyens vis-à-vis de la République. C’est pour nous le texte de base qui a orienté l’éveil du civisme des citoyens camerounais. Ça veut dire que nous avons vraiment préparé le peuple de Dieu à prendre part à ce processus électoral et à respecter les institutions, parce qu’on reproche à l’Afrique d’être faible institutionnellement. Et pour peu qu’un pays se dote des institutions, il faut les soutenir. C’est vrai que la loi de la réforme des institutions est permanente. Mais tant que cette loi prévaut, il faut la respecter. Car, nul n’est au-dessus de la loi.

Vous avez suivi le Conseil constitutionnel qui était à sa première expérience dans le cadre d’une présidentielle. Quel commentaire ?
Tous les Camerounais ont fait la découverte de l’importance du Conseil constitutionnel, et même la pertinence de cette institution. Deux moments très importants : la gestion du contentieux et la proclamation des résultats. Je crois que les débats publics, transparents, ont donné de voir que c’était un haut niveau de débats juridiques et une instance décisive dans l’intelligence des questions.

Vider un contentieux comme celui-là avec des arguments de poids m’a paru être une réelle réussite de sa part. Pour ce qui est de l’audience de proclamation des résultats, c’était évidemment très digne et nous avons apprécié la majesté des gestes, la qualité de la prestation des orateurs, et la sérénité avec laquelle tout ce travail a été abattu. L'information claire et nette. Le Conseil constitutionnel a fait une entrée magistrale dans la scène politique et publique de notre pays et nous souhaitons qu’il continue à performer son expression surtout dans les débats au cœur du contentieux, pour que les gens comprennent un peu mieux les réponses qui sont données et leur portée. Parce qu’on sent qu’il y a encore une initiation à donner au peuple pour qu’il décrypte ce haut niveau de langage juridique.

29oct.
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