Cameroun : Un sous-préfet supplie la foule lors d'une manifestation contre les coupures
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Cameroun : Un sous-préfet supplie la foule lors d'une manifestation contre les coupures :: CAMEROON

Au Cameroun, l'électricité disparaît régulièrement, mais l'interdiction de manifester reste parfaitement alimentée. Une scène inhabituelle vient pourtant de se produire à Mutenguene, dans le Sud-Ouest : un sous-préfet suppliant une foule en colère de suspendre sa protestation contre les coupures d'électricité. Un moment de basculement qui révèle les véritables rapports de force dans le pays.

Quand l'obscurité devient un mode de gouvernance

Les coupures d'électricité au Cameroun ne sont plus un dysfonctionnement technique : elles constituent un système. Un système qui ruine les petits commerces, détruit les stocks périssables, paralyse les hôpitaux et transforme chaque soirée en incertitude.

Pourtant, jamais ces pannes ne sont qualifiées de troubles à l'ordre public. Jamais un communiqué officiel ne déclare l'obscurité illégale. Le message implicite est transparent : souffrir en silence est toléré, protester ne l'est pas.

L'ordre public à géométrie variable

Lorsque les populations excédées descendent dans la rue, la réponse administrative suit un schéma prévisible : interdiction de manifester pour "risques de troubles à l'ordre public". Mais quelle est la véritable menace à l'ordre public ? Une route temporairement bloquée ou une économie locale asphyxiée par l'absence chronique d'électricité ?

Un citoyen de Mutenguene résume la situation : "Ils disent que la manifestation dérange. Mais c'est notre vie qu'ils ont déjà dérangée."

Le jour où l'autorité a reculé

La scène restera marquante. À Mutenguene, un sous-préfet, censé incarner l'autorité de l'État, ne menace pas. Il supplie la foule de suspendre son mouvement. Et pour la première fois, l'administration sort une arme qu'elle garde habituellement dissimulée : une promesse concrète de rétablissement de l'électricité sous 72 heures.

"S'ils n'étaient pas sortis, personne ne serait venu nous promettre quoi que ce soit", confie un notable local. Ce moment est politiquement révélateur : il prouve que l'État peut agir, mais choisit souvent de ne pas le faire tant que la pression populaire ne devient pas insoutenable.

Un responsable local analyse avec amertume : "Quand on se plaint seuls, on nous ignore. Quand on se lève ensemble, on nous négocie."

La peur de la mobilisation citoyenne

Ce que le pouvoir redoute réellement n'est pas le désordre, mais la démonstration de force collective. Une population mobilisée découvre une vérité inconfortable pour le système : l'autorité n'est pas toute-puissante. Elle est négociable.

Voilà pourquoi les manifestations sont interdites plus rapidement que les coupures ne sont réparées. Voilà pourquoi on préfère criminaliser la colère plutôt qu'en corriger les causes. La rue rappelle à l'État ses obligations, et cette mémoire est jugée subversive.

Les enseignements de Mutenguene

L'épisode de Mutenguene livre une leçon politique claire : les droits ne tombent pas du ciel, ils s'arrachent au sol. Ce n'est pas le silence qui éclaire les foyers, mais la pression collective organisée.

Les habitants du Sud-Ouest ont compris que l'obscurité n'était pas seulement technique, mais aussi politique. Que la pénurie n'était pas une fatalité, mais parfois un choix d'inaction. Et que face à l'indifférence institutionnelle, la mobilisation reste le dernier recours efficace.

Quand l'État plonge régulièrement ses citoyens dans le noir, peut-on encore lui reprocher que la rue devienne leur seule source de lumière ?

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