-
© Camer.be : Paul Moutila
- 06 Feb 2026 09:52:22
- |
- 3152
- |
Cameroun : pourquoi le modèle économique actuel étouffe l'émergence du pays :: CAMEROON
Le Cameroun stagne. Malgré ses ressources et son potentiel, le pays affiche une croissance de 4% quand ses ambitions d'émergence exigeraient 8 à 10%. Le diagnostic est posé par Célestin Bedzigui, docteur en économétrie et président du PAL : le pays reste prisonnier d'un modèle économique obsolète.
Un modèle tourné vers l'intérieur, déconnecté du monde
Le Cameroun fonctionne encore selon la logique de substitution aux importations. Ce modèle privilégie le marché domestique, encourageant des productions locales destinées principalement à la consommation intérieure. Résultat : des unités de production de taille modeste, un volume d'emplois limité, et une économie qui tourne en vase clos. Dans un monde où la compétitivité se joue à l'échelle planétaire, cette stratégie devient un handicap majeur.
L'enjeu n'est pas de produire localement pour éviter les importations. L'enjeu est de produire pour exporter, pour s'insérer dans les flux qui irriguent l'économie mondiale. Or, le Cameroun n'a pas encore franchi ce cap.
Les chaînes de valeur mondiales, seule voie vers l'émergence
L'alternative existe et elle porte un nom : chaînes de valeur mondiales (CVM). Ce modèle repose sur l'intégration du pays dans les réseaux de production globaux, où chaque territoire se spécialise dans les segments où il présente un avantage comparatif. Ici, le marché cible n'est plus national mais global. Les unités de production doivent être de grande taille, capables de répondre aux exigences de flux tendu et de stock zéro imposées par les multinationales.
Pour y parvenir, une condition sine qua non : attirer massivement des investissements directs étrangers (IDE). Ces capitaux permettent de financer des infrastructures modernes, d'optimiser les chaînes logistiques et de créer des emplois industriels et manufacturiers à grande échelle. Sans cet afflux, l'émergence reste un slogan.
La quadrature du cercle camerounaise
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Le taux d'investissement actuel tourne autour de 12%. Pour basculer vers le modèle CVM, il faudrait le porter à 20 ou 25%. La croissance devrait doubler, passant de 4% à au moins 8%. Ces objectifs ne sont pas de simples indicateurs techniques. Ils traduisent un changement de paradigme, une rupture avec des décennies de politiques économiques insuffisamment tournées vers l'extérieur.
Le défi est colossal. Il suppose de repenser les priorités nationales, de créer un environnement favorable aux IDE, de moderniser les infrastructures portuaires, routières et numériques, et de former une main-d'œuvre qualifiée. Il suppose aussi de identifier les niches stratégiques où le Cameroun peut exceller : agroalimentaire, transformation du bois, industries extractives à forte valeur ajoutée.
Un choix existentiel
Célestin Bedzigui parle de « défi existentiel ». L'expression n'est pas exagérée. Le maintien du modèle actuel condamne le Cameroun à la marginalisation économique. L'adoption du modèle CVM ouvre la voie vers une croissance durable, créatrice d'emplois et génératrice de richesses. Mais cette transition ne se fera pas sans volonté politique forte, sans réformes structurelles profondes, et sans une mobilisation collective autour d'une vision claire.
Le temps presse. Pendant que le Cameroun hésite, d'autres pays africains franchissent le pas et s'imposent comme des acteurs incontournables des chaînes de valeur mondiales. La question n'est plus de savoir si le changement est nécessaire, mais combien de temps encore le pays peut se permettre d'attendre.
Le Cameroun saura-t-il saisir cette opportunité avant qu'il ne soit trop tard ?
Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp
Lire aussi dans la rubrique ECONOMIE
Les + récents
Elise Martin : une femme de cœur réalise le rêve des enfants de Touboro
Général Nkoa Atenga : l'adieu au soldat-lettré qui a marqué l'armée camerounaise
Scandale au Conseil régional du Sud : la gestion d'Emmanuel Mvé Elemva dans le viseur de l'État
Trump face à la guerre en Iran : la pression des prix du pétrole et des sondages qui change tout
La Nuit du Luxe Insolent : le raffinement camerounais séduit la Haute-Savoie
ECONOMIE :: les + lus
CICAM, SOSUCAM et CIMENCAM : Comment le sort d’Ahidjo a été scellé
- 26 December 2015
- /
- 126624
La fortune de Paul Biya fait débat
- 24 July 2016
- /
- 124840
LE DéBAT
Afrique : Quel droit à l'image pour les défunts au Cameroun ?
- 17 December 2017
- /
- 230447
Vidéo de la semaine
évènement
