Cameroun : pourquoi le modèle économique actuel étouffe l'émergence du pays
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Cameroun : pourquoi le modèle économique actuel étouffe l'émergence du pays :: CAMEROON

Le Cameroun stagne. Malgré ses ressources et son potentiel, le pays affiche une croissance de 4% quand ses ambitions d'émergence exigeraient 8 à 10%. Le diagnostic est posé par Célestin Bedzigui, docteur en économétrie et président du PAL : le pays reste prisonnier d'un modèle économique obsolète.

Un modèle tourné vers l'intérieur, déconnecté du monde

Le Cameroun fonctionne encore selon la logique de substitution aux importations. Ce modèle privilégie le marché domestique, encourageant des productions locales destinées principalement à la consommation intérieure. Résultat : des unités de production de taille modeste, un volume d'emplois limité, et une économie qui tourne en vase clos. Dans un monde où la compétitivité se joue à l'échelle planétaire, cette stratégie devient un handicap majeur.

L'enjeu n'est pas de produire localement pour éviter les importations. L'enjeu est de produire pour exporter, pour s'insérer dans les flux qui irriguent l'économie mondiale. Or, le Cameroun n'a pas encore franchi ce cap.

Les chaînes de valeur mondiales, seule voie vers l'émergence

L'alternative existe et elle porte un nom : chaînes de valeur mondiales (CVM). Ce modèle repose sur l'intégration du pays dans les réseaux de production globaux, où chaque territoire se spécialise dans les segments où il présente un avantage comparatif. Ici, le marché cible n'est plus national mais global. Les unités de production doivent être de grande taille, capables de répondre aux exigences de flux tendu et de stock zéro imposées par les multinationales.

Pour y parvenir, une condition sine qua non : attirer massivement des investissements directs étrangers (IDE). Ces capitaux permettent de financer des infrastructures modernes, d'optimiser les chaînes logistiques et de créer des emplois industriels et manufacturiers à grande échelle. Sans cet afflux, l'émergence reste un slogan.

La quadrature du cercle camerounaise

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Le taux d'investissement actuel tourne autour de 12%. Pour basculer vers le modèle CVM, il faudrait le porter à 20 ou 25%. La croissance devrait doubler, passant de 4% à au moins 8%. Ces objectifs ne sont pas de simples indicateurs techniques. Ils traduisent un changement de paradigme, une rupture avec des décennies de politiques économiques insuffisamment tournées vers l'extérieur.

Le défi est colossal. Il suppose de repenser les priorités nationales, de créer un environnement favorable aux IDE, de moderniser les infrastructures portuaires, routières et numériques, et de former une main-d'œuvre qualifiée. Il suppose aussi de identifier les niches stratégiques où le Cameroun peut exceller : agroalimentaire, transformation du bois, industries extractives à forte valeur ajoutée.

Un choix existentiel

Célestin Bedzigui parle de « défi existentiel ». L'expression n'est pas exagérée. Le maintien du modèle actuel condamne le Cameroun à la marginalisation économique. L'adoption du modèle CVM ouvre la voie vers une croissance durable, créatrice d'emplois et génératrice de richesses. Mais cette transition ne se fera pas sans volonté politique forte, sans réformes structurelles profondes, et sans une mobilisation collective autour d'une vision claire.

Le temps presse. Pendant que le Cameroun hésite, d'autres pays africains franchissent le pas et s'imposent comme des acteurs incontournables des chaînes de valeur mondiales. La question n'est plus de savoir si le changement est nécessaire, mais combien de temps encore le pays peut se permettre d'attendre.

Le Cameroun saura-t-il saisir cette opportunité avant qu'il ne soit trop tard ?

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