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© Camer.be : Paul Moutila
- 05 Feb 2026 12:01:55
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Niger vs Orano : le procès pour l'uranium met à nu une crise post-coloniale
L'affrontement entre le Niger et le géant nucléaire français Orano entre dans une nouvelle dimension, judiciaire et environnementale. La junte au pouvoir à Niamey a annoncé porter plainte contre la multinationale pour "désastre écologique", pointant près de 400 barils de déchets toxiques. Cette contre-attaque survient après la nationalisation forcée de la filiale locale d'Orano et des mois de bras de fer autour d'une précieuse cargaison d'uranium.
La nationalisation et l'otage de 300 millions d'euros
Le conflit s'est cristallisé en juin avec la nationalisation de la Somaïr, la société exploitant la mine d'Arlit, détenue à 63,4% par Orano. En réponse, le groupe français a engagé plusieurs procédures d'arbitrage international. La crise a pris une tournure concrète fin novembre lorsqu'un chargement d'au moins 1 000 tonnes de concentré d'uranium (yellowcake) a quitté la mine pour se retrouver bloqué à l'aéroport de Niamey. Orano évalue ce stock à 300 millions d'euros et a juré de poursuivre "quiconque voudrait mettre la main" dessus, lançant un avertissement clair à d'éventuels acheteurs.
Le bras de fer géopolitique et le piège logistique
Cette cargaison immobilisée est le symbole d'une souveraineté nigérienne encombrante. La junte, qui a opéré un virage stratégique vers la Russie depuis le coup d'État de 2023, veut vendre elle-même cette ressource sur le marché international. Mais le Niger, pays enclavé en rupture avec ses voisins côtiers comme le Bénin et le Nigeria, se heurte à un casse-tête logistique quasi-insurmontable. Exporter cet uranium sans corridors sécurisés relève de la gageure, transformant ce trésor en otage géopolitique.
Un procès pour réécrire l'histoire
Face à cette impasse, Niamey change de terrain. En engageant un procès pour destruction environnementale, la junte cherche à renverser le narratif historique. Elle instrumentalise les séquelles de l'exploitation minière terres souillées, déchets radioactifs pour légitimer sa rupture avec l'ancienne puissance coloniale et présenter Orano en prédateur plutôt qu'en partenaire. Cette judiciarisation agressive vise aussi à créer un levier de négociation sur le stock bloqué.
Derrière ce conflit se cache une vérité économique : la dépendance française à l'uranium nigérien a largement diminué. Orano diversifie ses sources, notamment au Kazakhstan où les coûts sont bien inférieurs, et vient même d'obtenir 900 millions de dollars des États-Unis pour un projet d'enrichissement. Pour le Niger, en revanche, l'enjeu est vital. Sa production a chuté, et sans expertise et investissements étrangers, l'avenir de sa filière uranium est incertain.
Cette bataille judiciaire marque-t-elle l'émergence d'une nouvelle justice économique post-coloniale, ou n'est-elle qu'un instrument de pouvoir dans un bras de fer géopolitique où la souveraineté se heurte à la dure réalité des marchés et des alliances globales ?
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