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© Camer.be : Paul Moutila
- 17 Jul 2026 14:54:20
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Visa France : le Cameroun seul visé par de nouvelles règles :: CAMEROON
Paiement intégral de la scolarité exigé avant l'obtention du visa, manifestation devant l'ambassade de France à Yaoundé, et le Cameroun seul pays africain concerné par ces nouvelles règles la France justifie une décision qui fait polémique.
Ils ont étudié, postulé, été admis. Certains ont déjà payé des acomptes. Et puis, le couperet est tombé. Depuis le 9 juillet, les étudiants camerounais souhaitant étudier dans des écoles privées en France doivent désormais apporter la preuve du paiement intégral de leur scolarité ou disposer de la somme équivalente avant même d'obtenir leur visa. Une mesure qui, selon l'ambassade de France, répond à une « augmentation importante du nombre de fraudes ». Mais pour les familles et les étudiants, c'est un coup de massue. Surtout que le Cameroun est, jusqu'ici, le seul pays africain à se voir imposer ces nouvelles règles.
La nouvelle règle qui change tout
C'est une annonce qui a fait l'effet d'une douche froide pour des milliers de familles camerounaises. Depuis le 9 juillet 2026, les étudiants camerounais admis dans des établissements d'enseignement supérieur privés en France doivent, pour obtenir leur visa, apporter la preuve du paiement intégral de leur scolarité ou justifier qu'ils disposent de la somme correspondante sur un compte bloqué.
En clair : avant d'obtenir l'autorisation de partir étudier en France, il faut déjà avoir payé la totalité des frais de scolarité. Une somme qui peut atteindre 14 500 à 25 000 euros, selon les établissements.
Pour les familles camerounaises, qui avaient l'habitude de payer en plusieurs fois souvent après l'obtention du visa et l'arrivée en France cette nouvelle exigence est tout simplement insurmontable.
« La fraude est un vrai sujet » la justification de l'ambassade
Face à la polémique, l'ambassade de France au Cameroun a organisé une conférence de presse le jeudi 16 juillet pour justifier cette décision.
Muriel Piquet-Viaux, conseillère de coopération et d'action culturelle auprès de l'ambassade, a été claire : « La fraude est un vrai sujet ». Elle a énuméré les stratagèmes constatés dans les dossiers des étudiants camerounais admis dans des écoles privées en France :
« Ça peut être de fausses attestations, de faux relevés, un papier d'identité qui n'est pas le bon, une attestation comme quoi vous avez de l'argent bloqué mais ce n'est pas le bon... »
Face à la récurrence de ces irrégularités, les autorités consulaires françaises ont relevé leur niveau de vigilance. « Il y a énormément de possibilités de fraudes donc on a un service maintenant qui est très important et qui vérifie chaque pièce », a ajouté la conseillère.
La manifestation du 14 juillet la colère des étudiants
Mardi 14 juillet, plusieurs dizaines de personnes ont marché pacifiquement devant l'ambassade de France à Yaoundé pour dénoncer ces nouvelles modalités.
Parmi eux, Yvan Odjo, candidat en Master 2 droit public dans une université privée française, a été recalé par la nouvelle mesure. Il témoigne :
« On nous a demandé exactement avec les frais de procédures compris, 25 000 euros, une somme qui ne peut pas être couverte par la famille en fait. »
Un parent, sous couvert d'anonymat, raconte le cauchemar de son fils déjà inscrit dans une université privée à Lyon :
« L'enfant doit payer autour de 14 500 euros, on allait achever les paiements en traites au mois de mai et là nous étions préparés puisqu'on a payé 3 500 euros d'inscription exigés par l'université en question. »
Un sentiment de discrimination
Ce qui alimente la colère, c'est le sentiment que le Cameroun est singulièrement visé. Le Cameroun est en effet le seul pays africain à se voir imposer ces nouvelles règles par la France pour la mobilité de ses étudiants.
Salomon Ondoua, représentant du collectif pour l'accès aux projets d'études, a exprimé cette indignation :
« On doit prendre en compte les répercussions de cette décision-là, quitte à renvoyer cette décision l'année prochaine, ou tout simplement prôner l'équité pour tous les étudiants car il n'est pas normal qu'un étudiant camerounais ait plus de difficultés d'étudier en France qu'un étudiant ivoirien par exemple. »
Que deviennent les étudiants qui ont déjà payé des acomptes ?
Une question cruciale demeure : qu'advient-il des étudiants qui avaient déjà versé des acomptes dans des établissements français avant l'entrée en vigueur de cette mesure ?
Selon Muriel Piquet-Viaux, la réponse « dépend des établissements dans lequel l'argent a été versé ». Elle a précisé le mécanisme :
« Là il s'agit de bloquer une somme d'argent dans un compte. Quand le visa est accordé et l'enfant est accepté, cet argent est débloqué. »
Autrement dit, les sommes versées ne sont pas perdues, mais elles ne peuvent pas non plus être utilisées pour justifier du paiement intégral si elles ne couvrent pas la totalité des frais.
La position de Campus France
Campus France Cameroun a également communiqué sur le sujet, indiquant que des sessions d'information sont organisées pour accompagner les étudiants dans ces nouvelles démarches.
Mais pour les familles, ces explications ne suffisent pas. La question de fond reste entière : la France punit-elle tous les étudiants camerounais pour les fraudes d'une minorité ?
Une décision qui interroge
Si la lutte contre la fraude est une préoccupation légitime, la mesure adoptée apparaît disproportionnée. Elle pénalise des étudiants honnêtes, déjà engagés dans des parcours, et dont les familles ont parfois déjà consenti d'importants sacrifices.
Le Cameroun, pays francophone historiquement lié à la France, voit ainsi se dresser un nouvel obstacle sur la route de ses étudiants. Un obstacle que les étudiants d'autres pays africains n'ont pas à franchir.
La polémique est loin d'être éteinte. Et les familles camerounaises, elles, attendent des réponses et peut-être, un réexamen de cette décision.
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