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© Camer.be : Paul Moutila
- 12 Jul 2026 04:30:21
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Pillage de l’or camerounais : Dubaï connaît les noms :: CAMEROON
Ce n’est pas une « fraude fiscale ». C’est un vol. 44 tonnes d’or parties vers Dubaï, 148 kg déclarés, 2 000 milliards de pertes et des noms qui dorment dans les archives douanières émiraties.
Quoi ? 44 tonnes d’or camerounais ont été exportées illégalement vers Dubaï entre 2021 et 2025. Qui ? L’avocate Alice Nkom, figure de la société civile, dénonce un « vol » et non une « fraude ». Quand ? Les chiffres ont été rendus publics par le directeur général de la Sonamines le 25 mai 2026. Où ? L’or extrait illégalement dans l’Est et l’Adamaoua atterrit à Dubaï, où il est parfaitement déclaré. Pourquoi ? Parce qu’un système permet à 200 entreprises étrangères d’opérer sans titre minier pendant que l’État déclare zéro gramme exporté.
Imaginez. Vous possédez une maison. Chaque jour, des inconnus entrent, prennent des pièces, les emportent. Et quand vous portez plainte, on vous répond : « Ce n’est pas un vol, c’est une perte de loyer. »
C’est exactement ce que l’on raconte au Cameroun. L’État, dit-on, aurait « perdu des recettes fiscales ». Cent soixante-cinq milliards par an, murmure-t-on, comme si le drame tenait dans une ligne comptable.
« Je refuse ce vocabulaire. Il est faux », écrit Me Alice Nkom. « Cet or ne nous a pas été sous-payé. Il nous a été volé. »
Le vocabulaire du crime
On nous raconte le pillage de notre or comme on raconte une erreur de caisse. L’État, dit-on, aurait « perdu des recettes fiscales ». Cent soixante-cinq milliards de francs CFA par an, murmure-t-on, comme si le drame tenait dans une ligne comptable.
« Je refuse ce vocabulaire. Il est faux, et sa fausseté n’est pas innocente : elle est le premier voile jeté sur le crime », écrit Me Alice Nkom, avocate et militante des droits humains, dans une tribune qui secoue le sérail.
Car enfin, de quoi parle-t-on ? Quand une entreprise sans titre minier arrache l’or de notre sol, elle ne fraude pas le fisc. Elle vole. Le sous-sol du Cameroun n’appartient ni aux ministres, ni aux intermédiaires, ni aux avions spéciaux : il appartient au peuple camerounais, et à lui seul.
Des chiffres qui donnent le vertige
Les données sont publiques. Elles ont été prononcées à la télévision nationale par le directeur général de la Sonamines lui-même.
Entre 2021 et 2025, 44 tonnes d’or en provenance du Cameroun ont été enregistrées à Dubaï. Sur la même période, les exportations officiellement déclarées par le Cameroun ne totalisent que 148 kilogrammes.
| Période | Exportations officielles Cameroun | Or réceptionné à Dubaï | Écart |
| 2021-2025 | 148 kg | 44 tonnes | × 297 |
| 2024 | 3,8 kg | 12,2 tonnes | × 3 210 |
| 2024 | 0 kg | 8,4 tonnes | Infini |
L’écart est tellement vertigineux qu’il en devient sidérant. Près de 2 000 milliards de FCFA l’équivalent du budget annuel de la Santé publique pendant cinq années consécutives ont quitté le pays sans laisser de trace dans les comptes de l’État.
Et ce n’est pas un accident. En 2025, le Cameroun déclare zéro gramme d’or exporté. Zéro. Pendant que Dubaï en réceptionne 8,4 tonnes.
« Un pays qui n’exporte rien, un émirat qui reçoit tout : voilà l’arithmétique de notre République », écrit Me Alice Nkom.
Une histoire qui commence avant 2021
Ce pillage a une histoire. Dès 2021, Interpol alertait : entre 2008 et 2018, 73 tonnes avaient déjà pris le même chemin, représentant plus de 3 300 milliards de FCFA aux cours actuels. Et ce n’est que ce que l’on sait.
Au total, ce sont 117 tonnes d’or qui ont quitté clandestinement le Cameroun. Emportées valise après valise, avion après avion.
La Sonamines avait pourtant alerté les autorités dès 2022, après l’exploitation des conclusions d’un rapport d’Interpol consacré à l’orpaillage illégal. Interpol avait classé le Cameroun parmi les pays les plus affectés par les circuits illicites de commercialisation du métal précieux en Afrique subsaharienne.
Trois ans plus tard, le phénomène n’a fait que s’aggraver.
L’ironie qui devrait nous tenir éveillés
Et voici l’ironie qui devrait nous tenir éveillés la nuit. Cet or, volé à 100 % chez nous, est parfaitement en règle là-bas. Les acheteurs de Dubaï l’ont déclaré. Ils l’ont dédouané. Ils ont payé, eux, ce qu’ils devaient à leur État. « Le receleur est en règle ; c’est le propriétaire qui n’a rien. »
Mais cette ironie contient une clé. Car on n’importe pas de l’or anonyme. Chaque déclaration d’importation porte un nom, une origine, une valeur. Les registres émiratis contiennent les noms de ceux qui ont vendu notre or.
« Ces noms existent. Ils dorment dans des archives douanières, à quelques heures d’avion de Yaoundé, à portée d’une simple demande de coopération judiciaire. »
Alors la question que tout le monde évite : Dubaï connaît les noms. Qui, à Yaoundé, refuse de les demander ?
L’argument du « voisin » : une porte de sortie
On objectera la réponse officielle : une partie de cet or viendrait des pays voisins, exporté « au nom du Cameroun ». Soit. Examinons l’argument.
Explique-t-il les 94 sites sur 101 visités par la mission gouvernementale d’octobre 2025 qui opèrent sans aucune autorisation ? Non.
Explique-t-il les zones aéroportuaires interdites à nos propres douaniers ? Non.
Explique-t-il qu’en 2025 le Cameroun déclare zéro gramme exporté quand Dubaï en réceptionne plus de huit tonnes ? Non.
« L’argument du voisin n’est pas une explication : c’est une porte de sortie. Et je note que ceux qui l’empruntent ne demandent pas, eux non plus, les noms. »
200 entreprises illégales, un système
Près de 200 sociétés illégales d’extraction artisanale d’or, pour la majorité étrangères, ont été identifiées au Cameroun. Plus de 95 % d’entre elles sont des entreprises étrangères chinoises, américaines, canadiennes, soudanaises.
Le ministre des Mines, Fuh Calistus Gentry, les a sommées d’arrêter sans délai l’exploitation. Mais la réalité est plus complexe. « Derrière chaque entreprise illégale, il y a une élite politique haut placée », explique l’écologiste Justin Landry Chekoua. « Les opérateurs ne veulent même pas laisser l’accès aux agents de l’État pour les contrôles, car ils se trouvent être plus puissants que le ministre. »
VII. Le prix à payer : des écoles, des hôpitaux, des routes
« Je ne mets en cause aucun individu que la justice n’a pas désigné. Je mets en cause un système, et je le fais avec les seuls chiffres de l’État lui-même : ceux de la Sonamines, ceux de l’ITIE, ceux d’Interpol. »
Chaque tonne partie sans titre est une école qui ne sera pas bâtie, un hôpital qui ne soignera pas, une route qui ne désenclavera rien. Le peuple camerounais n’a pas perdu un impôt. On lui a pris son bien.
« Les noms sont à Dubaï. La loi est à Yaoundé. Il ne manque que la volonté de les faire se rencontrer. »
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