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© Camer.be : Paul Moutila
- 18 Jul 2026 02:04:03
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Paul Biya à Genève, le Cameroun sans président :: CAMEROON
Parti pour un « court séjour privé » le 7 juin 2026, le président camerounais prolonge son absence alors que le pays attend des décisions majeures et que la nouvelle Constitution crée un vide juridique inquiétant.
Paul Biya est absent du Cameroun depuis quarante jours. Quarante jours sans que les Camerounais n'aperçoivent physiquement leur chef de l'État sur le territoire national. Quarante jours pendant lesquels le pays, lui, n'a pas pris de vacances.
Le 7 juin 2026, le président quitte Yaoundé pour un « séjour privé » en Suisse, accompagné de son épouse Chantal Biya. Une absence qui devait être courte. Elle s'étire. Pendant ce temps, à Genève, c'est tout le clan Biya qui s'est installé. Une réunion familiale que Jeune Afrique a documentée dans une enquête exclusive.
Mais derrière ces retrouvailles privées se cache une question autrement plus lourde : que se passe-t-il quand le chef de l'État est absent depuis plus d'un mois, que la nouvelle Constitution a réintroduit le poste de vice-président, mais que personne n'a encore été nommé ?
40 jours d'absence : ce que dit le calendrier
Parti le 7 juin 2026, Paul Biya a quitté le Cameroun pour un séjour à Genève, en Suisse. Selon plusieurs sources, le président de 93 ans y reçoit des soins dans une clinique privée, après un malaise survenu lors de la fête nationale du 20 mai.
Le séjour, initialement prévu pour deux semaines, a été prolongé. Fin juin, Actu Cameroun annonçait un retour « d'ici la fin du mois ». Mi-juillet, le président est toujours à Genève. Depuis son départ, seuls des décrets liés aux Forces de défense ont été signés. Aucune signature sur les dossiers économiques, sociaux ou administratifs.
« Où est passé Paul Biya ? Absent du Cameroun depuis près de quarante jours, le chef de l'État brille par le silence assourdissant », s'est interrogé l'homme politique Aristide Mono sur Equinoxe Radio.
Une réunion de famille qui interroge
Le 1er juillet 2026, Jeune Afrique révélait : Paul Biya a réuni toute sa famille en Suisse. L'hôtel InterContinental de Genève est devenu, le temps d'un séjour, la résidence secondaire de la République.
Autour du président : la Première Dame Chantal Biya, leurs enfants Junior et Brenda Biya, la gouvernante Mama Medoulou. Et surtout révélation lourde de sens dans le contexte des luttes de clans Céline Ngoh Ngoh, l'épouse de Ferdinand Ngoh Ngoh, Secrétaire général de la présidence.
Plus inattendu encore : Pierre Meba, frère cadet de Paul Biya, a également été hospitalisé à Genève, tandis que sa fille Cathy Meba, vice-présidente du Conseil régional du Sud, est sur place. Une double hospitalisation le président et son frère sur laquelle le cabinet civil de la présidence oppose une discrétion totale.
Le 31e anniversaire de Junior Biya a été célébré à l'InterContinental avec un certain retentissement. Objectif, selon Jeune Afrique : « faire taire les rumeurs persistantes sur l'état de santé de Paul Biya ».
Le Cameroun en état de veille
Pendant que Genève s'anime, Yaoundé tourne au ralenti. L'administration est en état de veille. Les nominations, les arbitrages, les décisions majeures s'accumulent sur le bureau présidentiel.
Les élections municipales et législatives de 2027 approchent. Le remaniement ministériel, annoncé à trois reprises, est toujours dans le tiroir des « prochains jours ». Le procès de l'assassinat du journaliste Martinez Zogo se poursuit devant le tribunal militaire de Yaoundé. Les scandales liés à l'or et aux finances publiques continuent d'alimenter les conversations.
Et la nomination d'un vice-président, prévue par la révision constitutionnelle d'avril 2026, reste une énigme.
Le piège constitutionnel que personne n'a vu venir
C'est là que se situe le problème et l'angle que les médias ont trop peu exploré.
En avril 2026, le Parlement camerounais a adopté une révision constitutionnelle réintroduisant le poste de vice-président, supprimé depuis plusieurs décennies. Le président Biya a promulgué la loi. Selon le nouveau texte, le vice-président devient le successeur constitutionnel du président en cas de vacance du pouvoir.
Mais à ce jour, le vice-président n'a pas encore été nommé.
Et c'est là que le bât blesse. Sous l'ancienne Constitution, en cas de vacance, c'était le président du Sénat qui assurait l'intérim pendant 90 jours, le temps d'organiser une élection. Avec la nouvelle Constitution, seul le vice-président peut saisir le Conseil constitutionnel pour faire constater la vacance.
Mais si le vice-président n'a pas été nommé, qui saisit le Conseil constitutionnel ?
Un universitaire résume la situation : « Imaginez une vacance du pouvoir alors que le vice-président censé saisir le Conseil constitutionnel n'existe pas encore. La procédure est bloquée. Le pays peut sombrer dans une crise constitutionnelle. »
Ce vide juridique, qu'un « vrai-faux décret » de nomination a récemment révélé, montre la crainte d'une crise institutionnelle si une vacance survenait maintenant.
Le poids de l'âge et l'ombre de la succession
À 93 ans, Paul Biya est aujourd'hui le plus vieux chef d'État au monde. Il vient d'entamer son huitième mandat présidentiel. Sa santé est fréquemment au cœur des polémiques.
Les questions de succession n'ont jamais été aussi pressantes. Malgré l'adoption de la révision constitutionnelle, le président n'a jamais dévoilé les contours de son héritage politique. Deux camps s'affrontent dans l'attente d'une succession dont les termes restent vagues.
« L'enjeu central serait donc la manière dont Biya choisirait d'organiser le renouvellement du pouvoir au Cameroun », analyse le think tank Timbuktu Institute.
Genève ou Yaoundé : où se gouverne le Cameroun ?
Ce qui inquiète aujourd'hui les Camerounais, ce n'est pas qu'un père de 93 ans retrouve ses enfants. C'est qu'au même moment, tout un peuple cherche encore son président.
La photo publiée par Jeune Afrique montre une famille réunie. Mais elle rappelle surtout qu'un pays entier attend toujours le retour de celui qui en dirige officiellement les destinées.
Car un État ne se gouverne pas seulement par des décrets publiés au Journal officiel. Il se gouverne aussi par une présence, une parole, une proximité avec le peuple qui vous a confié son destin.
À Genève, le clan Biya célèbre un anniversaire. À Yaoundé, les Camerounais attendent des réponses. Le contraste est saisissant.
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