Johann Sitchom, porteur du faux décret : où est-il ?
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Le 12 juin 2026, un individu se présente à la CRTV avec un faux décret nommant un vice-président. L'enquête pointe vers Oswald Baboke, directeur adjoint du Cabinet civil. Plongée dans une affaire qui révèle les fractures de la succession de Paul Biya.

Un homme franchit les portes du siège de la CRTV, la télévision nationale du Cameroun. Il tient une enveloppe cachetée. À l'intérieur : deux décrets présidentiels. L'un nomme un vice-président de la République. L'autre annonce un remaniement gouvernemental complet. Les sceaux officiels de la Présidence y sont apposés. La signature attribuée à Paul Biya est là, impeccable.

Le document doit être lu au journal de 17 heures. Si la diffusion avait eu lieu, le Cameroun se serait réveillé avec un gouvernement fictif et un vice-président autoproclamé. Une crise institutionnelle majeure. Une panique générale. Et peut-être, selon certains observateurs, un coup d'État en douce.

Mais la CRTV a dit non. Et depuis, l'affaire secoue le sommet de l'État camerounais. Le porteur du pli, Johann Sitchom, a été arrêté. Les enquêtes du Secrétariat d'État à la Défense (SED) et de la Direction de la sécurité présidentielle (DSP) pointent vers une cible bien plus haute : Oswald Baboke, directeur adjoint du Cabinet civil de Paul Biya.

Où en est l'enquête ? Qui sont vraiment les acteurs de cette affaire ? Le présumé auteur bénéficie-t-il d'un conseil ? État des lieux d'une affaire qui pourrait redessiner les équilibres du pouvoir camerounais.

Chronique d'un coup d'État médiatique avorté

Le 12 juin 2026 : le scénario

Tout commence le 12 juin 2026, cinq jours après le départ de Paul Biya pour Genève, où il a ses habitudes médicales. Un choix de date qui n'a rien d'anodin. Selon les informations de Jeune Afrique, des conseillers américains avaient recommandé au chef de l'État de reporter ce déplacement, estimant que son absence du Cameroun « pourrait être exploitée par des groupes souhaitant imposer leur version du remaniement gouvernemental et leur favori à la vice-présidence ».

Ce jour-là, Johann Sitchom se présente au siège de la CRTV. Diplômé en sciences politiques de l'université de Soa, il demande à être orienté vers la direction des actions de souveraineté, affirmant avoir été mandaté par le palais présidentiel. Il est finalement conduit auprès d'Aimé Robert Bihina, cadre expérimenté de la CRTV.

Le piège est parfait. Le document arbore tous les attributs de l'authenticité : les sceaux officiels de la présidence, la signature attribuée au chef de l'État. Face à la portée explosive de telles annonces, le piège était prêt à se refermer.

Le réflexe qui a sauvé le Cameroun

C'est ici que le professionnalisme a fait la différence. Malgré la pression et le formalisme du document, Aimé Robert Bihina est pris d'un doute légitime. Rompu aux usages et aux circuits de transmission de la Présidence, il choisit de ne pas céder.

Le directeur général de la CRTV, Charles Ndongo, sollicite alors le directeur du Cabinet civil, Samuel Mvondo Ayolo, qui se trouve à Genève avec Paul Biya. La réponse est sans appel : le texte ne provient pas de la présidence.

« Sous son impulsion, une procédure judiciaire est depuis en cours, qui a mené à l'arrestation du porteur de la missive par la gendarmerie camerounaise », révèle Jeune Afrique.

Johann Sitchom est arrêté. Mais l'affaire ne fait que commencer.

L'ombre d'Oswald Baboke

En fouillant le dossier, les enquêteurs du SED font une découverte troublante : le nom qui figurait sur le décret original n'était pas celui de Sitchom. C'était celui d'Oswald Baboke, directeur adjoint du Cabinet civil, homme de l'ombre, proche de la Première Dame Chantal Biya.

Le 7 juillet 2026, Baboke est convoqué par la Direction de la sécurité présidentielle. Ce que les services de renseignement qualifient désormais de « tentative de coup d'État institutionnel » pourrait bien révéler une lutte sourde pour la succession du président Biya, 93 ans.

Jeune Afrique précise que deux structures distinctes mènent actuellement des investigations parallèles sur cette affaire : le Secrétariat d'État à la Défense (SED) et la Direction de la sécurité présidentielle (DSP). Les investigations sont coordonnées à Yaoundé par Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence.

La question centrale que les deux enquêtes cherchent à trancher est simple en apparence, redoutable dans ses implications : s'agit-il d'une véritable tentative organisée de déstabilisation institutionnelle ou de l'acte isolé d'un individu déséquilibré ?

Le portrait de Johann Sitchom : victime ou complice ?

La mère de Johann Sitchom, interrogée par les enquêteurs, a déclaré que son fils souffre de troubles dépressifs depuis plusieurs années, au point qu'il a effectué une « retraite spirituelle » de trois mois au sein de l'église de la famille.

Selon elle, quelqu'un aurait profité de son présumé état de vulnérabilité. Un homme l'aurait convaincu de télécharger une application permettant d'extraire un décret authentique, d'en conserver la signature et le cachet, puis d'en modifier le contenu. Sitchom se serait exécuté, puis s'est présenté à la CRTV.

Cette version, si elle était confirmée, ferait de Sitchom un instrument, non un commanditaire. Mais elle soulève une question cruciale : qui se cache derrière l'homme qui l'a manipulé ?

Le gouvernement sort du silence

Face à la polémique, le gouvernement camerounais s'est finalement fendu d'un communiqué, rappelant que « la diffusion des actes officiels dans notre pays obéit à des procédures strictes et réglementées ». Le porte-parole du gouvernement a également précisé que l'individu qui a déposé le faux décret à la CRTV ne travaille pas à la présidence.

Mais ce communiqué, sobre, n'a pas éteint les spéculations. Sur les réseaux sociaux et dans les médias, les analystes s'interrogent : ce faux décret est-il le symptôme d'une fragilité institutionnelle plus profonde ?

La bataille pour la succession

Cette affaire s'inscrit dans un contexte politique explosif. La révision constitutionnelle d'avril 2026 a réintroduit le poste de vice-président de la République. Mais la case reste vide.

« Celui qui contrôle le décret de nomination contrôle la succession », analyse Paul Mahel, journaliste camerounais. Cet épisode s'apparenterait alors à un « hold-up » ou un forcing d'un clan pour imposer son champion en court-circuitant les validations habituelles.

Les auteurs de cette manipulation l'ont compris : pour valider un récit aux yeux du peuple camerounais, il suffisait de pirater le vecteur ultime de la légitimité communicationnelle : le journal de 17 heures de la CRTV.

Où en est l'enquête aujourd'hui ?

Johann Sitchom est toujours entre les mains des autorités compétentes. Selon une source proche du dossier, les premières constatations révèlent un homme perturbé, qui a maille à partir avec le régime. Mais son instabilité ferait de lui quelqu'un de vulnérable, qui aurait donc pu être utilisé.

Oswald Baboke a été auditionné par la DSP le 7 juillet 2026. Aucune information officielle n'a filtré sur la suite donnée à cette audition. Ses proches dénoncent un « coup monté ».

Les commanditaires éventuels restent inconnus. Les investigations se poursuivent pour découvrir les motivations du porteur et ses éventuels commanditaires.

La question de l'assistance d'un conseil pour le présumé auteur n'a pas été officiellement confirmée ni infirmée par les autorités. Aucune information publique ne permet de savoir si Johann Sitchom bénéficie d'un avocat.

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