Maxime Eko Eko menacé de mort : « J'espère être vivant demain »
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L'ex-patron des renseignements camerounais a brisé le silence au cœur du procès Martinez Zogo. Sa peur est-elle la preuve que ce dossier touche au plus haut sommet de l'État ?

À la barre du Tribunal militaire de Yaoundé, Léopold Maxime Eko Eko, 63 ans, ancien maître tout-puissant de la DGRE, a prononcé des mots qui ont glacé la salle d'audience. Face aux juges, l'homme qui a dirigé pendant treize ans le contre-espionnage camerounais a lâché, presque à voix basse : « J'espère être toujours en vie demain pour poursuivre ma comparution. »

La déclaration, rapportée par plusieurs sources présentes à l'audience de ce lundi 13 juillet 2026, n'est pas une simple formule. Dans la bouche d'un homme qui fut l'un des piliers du régime de Paul Biya, ces mots résonnent comme un aveu. Ou peut-être comme un signal d'alarme.

« Je reçois des menaces de mort »

Alors que les débats prennent une tournure particulièrement sensible, Eko Eko a affirmé recevoir des menaces de mort. Il n'a pas précisé leur provenance. Mais le contexte, lui, est éloquent.

Depuis l'ouverture de ce procès l'un des plus suivis de l'histoire judiciaire du Cameroun, les révélations s'accumulent. Les vidéos de torture de Martinez Zogo, projetées le 1er juin 2026, ont sidéré l'audience. Les expertises téléphoniques ont mis au jour des échanges compromettants entre les accusés. Et surtout, les témoignages évoquent désormais des liens entre la victime et le secrétaire général de la présidence de la République, Ferdinand Ngoh Ngoh.

Autant d'éléments qui, pris ensemble, dessinent un tableau bien plus vaste qu'un simple règlement de comptes.

> « L'affaire Martinez Zogo dépasse le cas d'un journaliste assassiné. Elle met à nu les rapports entre pouvoir, argent, médias et services secrets au Cameroun. »

Que sait Maxime Eko Eko ?

La question qui taraude l'opinion publique est simple : que sait l'ex-patron de la DGRE pour redouter ainsi pour sa vie ?

Arrêté le 31 janvier 2023, après avoir été convoqué pour un « entretien de routine » au Secrétariat d'État à la Défense (SED), Eko Eko a été piégé par ses propres subordonnés. Depuis, il croupit en détention préventive, avec Jean-Pierre Amougou Belinga, Justin Danwe et plusieurs autres coaccusés.

Sa défense, composée de huit avocats dont six du barreau camerounais et deux de Bruxelles, affirme que l'accusation s'effondre. Selon eux, les témoignages des responsables de la DGRE confirment l'existence d'une « cellule occulte » opérant en dehors de toute chaîne de commandement officielle.

Mais si Eko Eko n'était pas le commanditaire, qui l'était ?

La défense de l'ancien patron du renseignement dénonce une « coalition d'intérêts contre-nature » entre certaines parties au procès. Elle s'inquiète de l'introduction récente de documents qu'elle juge « non authentifiés et potentiellement manipulés ».

Un procès sous haute tension

Le 13 juillet 2026 marquait la reprise des audiences après plusieurs mois de suspension. Le contre-interrogatoire de l'expert en cybercriminalité Jean-Pierre Ouloumou, chargé d'analyser les téléphones des personnes mises en cause, était au cœur des débats.

Mais c'est la déclaration d'Eko Eko qui a volé la vedette.

Cet homme, qui fut pendant treize ans le « cerveau » des renseignements camerounais, sait où sont enterrés les secrets les plus sensibles du régime. Il a été le témoin privilégié des luttes d'influence, des compromissions et des arrangements qui façonnent la gouvernance camerounaise depuis des décennies.

Sa peur est peut-être la plus grande preuve que ce procès n'a pas fini de livrer ses secrets.

Chronologie des faits

- 17 janvier 2023 : Martinez Zogo est enlevé à Yaoundé
- 19 janvier 2023 : Son corps est retrouvé, atrocement mutilé
- 31 janvier 2023 : Maxime Eko Eko est arrêté au SED
- 7 février 2023 : Il est officiellement inculpé
- Décembre 2023 : Paul Biya le limoge et nomme son successeur à la DGRE
- 1er juin 2026 : Projection des vidéos de torture au tribunal
- 13 juillet 2026 : Eko Eko déclare craindre pour sa vie

Les zones d'ombre persistent

Malgré trois ans d'enquête et d'instruction, plusieurs questions restent sans réponse :

Qui a donné l'ordre d'éliminer Martinez Zogo ? Aucun nom n'apparaît clairement dans les éléments versés au dossier. Les expertises téléphoniques ont permis de restaurer des messages effacés, mais le ou les commanditaires demeurent dans l'ombre.

Pourquoi le procès a-t-il été suspendu à plusieurs reprises ? Les motions de la défense ont provoqué des reports successifs, certains observateurs y voyant une stratégie dilatoire.

Quel rôle joue Ferdinand Ngoh Ngoh dans cette affaire ? L'évocation du nom du secrétaire général de la présidence par l'expert en cybercriminalité a ouvert une piste que beaucoup jugent explosive.

Le procès qui pourrait ébranler le régime

L'affaire Martinez Zogo est devenue le symbole des dérives d'un système judiciaire où le droit « trinque face aux intérêts politiques ». Entre disparitions de procès-verbaux, promesses de postes dorés et contestation des aveux mêmes des exécutants, ce dossier cristallise toutes les tensions de la société camerounaise.

La déclaration de Maxime Eko Eko, ce lundi 13 juillet, pourrait bien être le signal que ce procès, loin de se refermer, s'apprête à livrer ses plus grandes révélations.

À moins que quelqu'un ne décide de le faire taire avant.

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