SNH : Moudiki absent, sa femme dirige-t-elle le pétrole camerounais ?
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SNH : Moudiki absent, sa femme dirige-t-elle le pétrole camerounais ? :: CAMEROON

À 88 ans, affaibli par la maladie et absent des conseils d'administration depuis près de trois ans, Adolphe Moudiki reste officiellement à la tête de la SNH mais c'est son épouse, Nathalie Moudiki, qui tient désormais les rênes du premier contributeur au budget de l'État camerounais, dans une opacité qui interroge la gouvernance du secteur stratégique des hydrocarbures.

Le 24 juillet 2024, les grilles de la Société nationale des hydrocarbures sont fermées. Les administrateurs convoqués en conseil extraordinaire se heurtent à une porte verrouillée. À l'intérieur, un ordre : celui d'Adolphe Moudiki, 85 ans à l'époque, qui refuse de céder son fauteuil .

Trois heures plus tard, au palais présidentiel de Yaoundé, où le conseil a été délocalisé par Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence, le verdict tombe : Moudiki garde son poste . Paul Biya lui-même aurait arbitré en faveur de son vieux compagnon .

Mais une question persistait déjà, et elle n'a fait que s'intensifier : l'homme qui signe encore les éditoriaux de « SNH Infos » est-il le même que celui qui dirige réellement l'entreprise ?

Depuis près de trois ans, Adolphe Moudiki n'est plus apparu en public. Ni conférence de presse. Ni conseil d'administration. Ni forum international . En octobre 2024, alors que le Cameroun accueillait la session annuelle de l'Organisation des pays africains producteurs de pétrole, c'est un ministre qui a dû représenter le pays parce que le patron de la SNH n'était pas là .

À sa place, une femme. Son épouse. Nathalie Moudiki.

Le magazine officiel de la SNH publie régulièrement des éditoriaux au nom d'Adolphe Moudiki. Ils vantent la « coopération », la « souveraineté », la « bonne gouvernance ». Mais ces mots, comme le souligne une lettre ouverte cinglante du fondateur de Transparency International Cameroun, « portent un nom, mais pas l'homme » .

Dans les faits, le contraste est saisissant. Le Cameroun a vu s'interrompre son aventure dans le gaz naturel liquéfié. Les recettes d'exportation de GNL ont chuté de 30,6 milliards de FCFA en 2025 , après une baisse déjà de 210 milliards en 2023 . Des projets structurants accumulent retards et incertitudes.

Alors, qui rédige vraiment ces éditoriaux ? Qui engage la responsabilité de la SNH sur les dossiers stratégiques ? Et comment une entreprise aussi cruciale pour les finances camerounaises peut-elle être dirigée par une signature sans visage ?

L'Homme qui n'est plus là

Adolphe Moudiki, magistrat de formation, est à la tête de la SNH depuis 1993. Trente-trois ans. Un règne sans précédent à la tête du premier contributeur au budget de l'État camerounais .

Mais les années ont passé. Les témoins le décrivent aujourd'hui comme un homme de 88 ans, « affaibli par la maladie » . Depuis près de trois ans, il n'a été vu nulle part .

Ni lors d'une conférence de presse. Ni lors d'un conseil d'administration. Ni au seul forum où sa présence n'est pas facultative : la session annuelle de l'Organisation des pays africains producteurs de pétrole (APPO), tenue en octobre 2024 dans la capitale camerounaise .

Le Cameroun a dû envoyer un ministre. La SNH, elle, a envoyé Nathalie Moudiki.

Une succession de fait

« Ce n'est pas une succession. Ce n'est pas une délégation. C'est une vacance déguisée en direction », écrit le fondateur de Transparency International Cameroun dans une lettre ouverte qui secoue le sérail .

Nathalie Moudiki, née Ada Engamba, est bien plus qu'une épouse. Juriste et experte en ingénierie d'entreprise, elle a intégré la SNH le 18 août 1998 et cumule 27 ans d'expérience au sein de l'institution . En janvier 2026, elle a été nommée Conseiller n°2 à la Direction générale, devenant la première femme à occuper ce poste .

Mais son influence déborde largement ce titre officiel.

Elle a représenté le Cameroun à l'APPO. Elle a présidé le conseil d'administration de CSTAR à Dubaï. Elle a accueilli le vice-président de la République de Guinée équatoriale. Elle a rencontré des responsables de Transparency International .

Selon des sources concordantes, elle est aujourd'hui « la véritable patronne de fait du géant pétrolier » . « Physiquement fragilisé, Adolphe Moudiki s'appuie de plus en plus sur son épouse », confirme Jeune Afrique .

Le verrouillage du clan

Ce n'est pas un phénomène récent. En juillet 2024, lors du bras de fer avec la présidence, c'est le clan Moudiki qui a imposé sa loi. Adolphe Moudiki avait ordonné la fermeture des grilles de l'entreprise, interdisant l'accès aux administrateurs qui venaient discuter de son éventuel remplacement .

Le conseil a dû se tenir à la présidence de la République. Et Paul Biya a arbitré en faveur de son vieux compagnon .

Plus récemment, un remaniement interne présenté comme technique a révélé un « resserrement méthodique du pouvoir autour de Nathalie Moudiki, désormais au cœur de l'appareil décisionnel du groupe pétrolier public camerounais » . Sur six nominations au directoire, cinq femmes ont été promues à des postes clés .

« Le clan Moudiki a verrouillé son emprise sur la SNH », titre Jeune Afrique .

Les conséquences économiques

Pendant que cette gouvernance fantôme s'installe, les résultats parlent d'eux-mêmes.

Le secteur gazier, joyau stratégique du Cameroun, est en crise. Les recettes d'exportation de gaz naturel liquéfié ont chuté de 30,6 milliards de FCFA en 2025 . En 2023, elles avaient déjà baissé de 210 milliards .

L'usine flottante de liquéfaction « Hilli Episeyo », opérée par Golar, a quitté les eaux camerounaises . Selon la SNH, ce retrait constitue « une conséquence commerciale naturelle de l'épuisement du gisement » . Mais pour de nombreux observateurs, cette explication ne masque pas l'absence de stratégie alternative.

Le projet de raffinerie de Kribi, censé être opérationnel en 2028, accumule les incertitudes . Les coûts ont été révisés à la hausse 372 milliards de FCFA   et les délais de mise en service restent flous.

« Supportée par les exportations de gaz naturel liquéfié, la production nationale de gaz s'élève à plus de 1,8 milliard de m³ », indique la SNH . Mais ces chiffres peinent à masrer un constat : les promesses de développement gazier peinent à se concrétiser.

Les éditoriaux de l'ombre

Au cœur du paradoxe : les éditoriaux signés Adolphe Moudiki dans le magazine officiel « SNH Infos ».

Ces textes vantent la « coopération », la « souveraineté », la « bonne gouvernance » et les « exigences éthiques ». Ils évoquent les échanges avec Transparency International, les accords gaziers transfrontaliers de Yoyo-Yolanda avec la Guinée équatoriale, le projet de raffinerie de Kribi.

Pourtant, comme le souligne la lettre ouverte de Transparency International Cameroun, « un éditorial porte le nom d'Adolphe Moudiki. Mais il ne porte pas l'homme » .

Qui rédige réellement ces orientations stratégiques ? Qui engage effectivement la responsabilité de la société sur les grands dossiers énergétiques du pays ?

Ces questions demeurent sans réponse officielle.

Une pratique plus large

Cette gouvernance par procuration ne se limite pas à la SNH. Elle s'inscrit dans une pratique plus large observée au sommet de plusieurs institutions camerounaises .

Mais lorsqu'elle concerne l'entreprise qui administre les principales ressources pétrolières et gazières du pays, les conséquences prennent une dimension économique majeure.

La SNH n'est pas une entreprise comme les autres. Elle est « le poumon économique du Cameroun », dont les recettes « alimentent une part significative du budget de l'État » . C'est aussi une entreprise au cœur d'un scandale retentissant : celui du trader anglo-suisse Glencore, condamné pour corruption et pots-de-vin versés à de hauts dirigeants camerounais .

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