Audit généralisé : que cachent les ministères et les entreprises ?
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Le nouveau président de l'Assemblée nationale, Théodore Datouo, a ordonné un audit physique qui a découvert 150 agents fictifs 97 dans le cabinet de son prédécesseur Cavayé Yéguié Djibril, 53 au secrétariat général dans un système de clientélisme institutionnalisé qui, selon les observateurs, ne serait que la partie émergée d'une pratique généralisée dans les ministères et les entreprises publiques.

Le 14 avril 2026, Théodore Datouo, nouveau président de l'Assemblée nationale du Cameroun, a pris une décision que personne n'avait osé prendre depuis 33 ans. Il a ordonné un audit. Pas un audit sur papier, comme on en fait depuis des décennies. Un audit physique. Un comptage. Un par un.

Le résultat est tombé comme un couperet : 150 agents fictifs. Des noms sur les fichiers. Des comptes bancaires actifs. Des salaires versés chaque mois. Et pourtant, aucune présence physique. Aucune mission réelle. Aucune justification.

97 de ces fantômes étaient rattachés au cabinet de Cavayé Yéguié Djibril, l'homme qui a régné sur le perchoir de 1992 à 2025. Les 53 autres étaient logés au Secrétariat général.

Ce n'est pas une anomalie. C'est un système. Un système qui a prospéré pendant trois décennies, sous le regard bienveillant d'une administration qui n'a jamais rien vu, rien voulu voir, rien osé dire.

Et la question qui brûle les lèvres de tous les Camerounais est simple : si l'Assemblée nationale cache 150 fantômes, que cachent les ministères ? Que cachent les entreprises publiques ?

Une opération coup de poing qui révèle l'indicible

L'audit de l'Assemblée nationale a été lancé moins d'un mois après l'élection de Théodore Datouo, le 17 mars 2026. Le principe est simple, presque brutal : vérifier physiquement la présence de chaque agent inscrit sur les fichiers du personnel. Voir si les visages correspondent aux noms. Si les bureaux sont occupés. Si les salaires sont justifiés.

Le résultat dépasse les scénarios les plus pessimistes.

150 agents fictifs.

Ils existaient sur les fichiers de l'Assemblée nationale. Leurs noms figuraient sur les registres du personnel. Leurs comptes bancaires recevaient des salaires et des primes chaque mois.

Mais ils n'existaient pas.

Ils ne venaient jamais au bureau. Ils n'occupaient aucun poste. Ils ne justifiaient d'aucune mission.

Et pourtant, l'argent des contribuables camerounais continuait de couler vers leurs comptes, mois après mois, année après année.

La géographie de la fraude

La répartition des agents fictifs est éloquante :

- 97 étaient rattachés au Cabinet de l'ancien président de l'institution, Cavayé Yéguié Djibril.
- 53 se dissimulaient au sein du Secrétariat général.

Cette concentration massive dans le Cabinet de Cavayé Yéguié Djibril ne doit rien au hasard. Elle dessine le profil d'un clientélisme organisé au sommet même de la représentation nationale.

Pendant 33 ans, Cavayé Yéguié Djibril a régné sur le Palais de Verre. 33 ans pendant lesquels il a tissé un réseau de fidèles, de courtisans, de soutiens politiques. 33 ans pendant lesquels des noms ont été ajoutés sur les fichiers, des comptes bancaires ont été ouverts, des salaires ont été versés sans que jamais une question ne soit posée.

« Le patron et son personnel sont un secret de polichinelle », résume un observateur.

Une mesure de contrôle radicale

Le 21 avril 2026, le secrétaire général de l'Assemblée nationale, André Noël Essian, a signé une note de service qui en dit long sur l'ampleur du malaise. Désormais, les personnels de l'institution doivent présenter une attestation de présence effective au travail avant de percevoir leur salaire.

Il écrit à cet effet :

« En vue de fluidifier le traitement de la chaîne de la solde de l'institution, il est porté à la connaissance des personnels de l'Assemblée nationale que dans le cadre du paiement des salaires, il leur sera dorénavant exigé une attestation de présence effective valide, délivrée par les chefs des structures dont ils relèvent. J'attache un prix scrupuleux de cette mesure. »

Une mesure qui, dans toute administration normale, devrait aller de soi. Mais qui, à l'Assemblée nationale du Cameroun, est devenue une révolution.

La question qui fâche : qui touchait ces salaires ?

Un agent fictif se définit comme un individu inscrit dans les fichiers officiels de la fonction publique, percevant une rémunération régulière, sans exercer aucune fonction réelle.

Mais dans le cas de l'Assemblée nationale, les salaires ne se perdaient pas dans le vide. Quelqu'un les encaissait.

« Qui percevait les émoluments de ces 150 comptes ? »

L'audit administratif a identifié les noms. Il n'a pas encore désigné les bénéficiaires réels. C'est là que s'arrête le travail de la commission et que devrait commencer celui de la justice.

Étaient-ce des proches de Cavayé Yéguié Djibril ? Des hommes de main politiques ? Des soutiens électoraux récompensés ? Des membres de sa famille élargie ?

Les Camerounais attendent des réponses.

Le contexte plus large : une pratique généralisée

L'affaire de l'Assemblée nationale n'est pas un cas isolé. Elle s'inscrit dans un contexte plus large de gabegie financière.

En 2025, le Cameroun a recensé 20 000 fonctionnaires fictifs, impliquant une perte de 46 milliards FCFA chaque année pour l'État. Ces agents fantômes, disséminés dans toute l'administration, représentent un trou noir budgétaire colossal.

En 2024, le ministère de la Fonction publique et de la Réforme administrative (MINFOPRA) informait que 1 172 agents publics avaient été rayés des effectifs, portant le total à 4 027 agents publics radiés.

L'Assemblée nationale, qui vote la loi et contrôle l'exécutif, reproduit les pratiques qu'elle est censée surveiller. Une contradiction qui interroge la crédibilité de l'institution tout entière.

Et si on faisait le même audit ailleurs ?

C'est la question qui hante tous les Camerounais : si un audit physique était réalisé dans tous les départements ministériels, que trouverait-on ?

La réponse, pour beaucoup, est évidente : le même constat, voire pire.

Dans notre pays, des ministres occupent le même poste depuis plus de 20 ans. Le cas de la SNH, la Société nationale des hydrocarbures, est emblématique : son directeur général, Adolphe Moudiki, est en place depuis 33 ans. La loi nº 99-16 du 22 décembre 1999 limite pourtant les mandats des directeurs généraux des sociétés à capital public à 9 ans. Une loi largement ignorée.

Dans les entreprises publiques, le phénomène est généralisé. Sur 112 entités publiques analysées, 71 présidents de conseil d'administration sont en situation d'illégalité, soit 63,39 %.

« Le Cameroun est mal parti depuis des dizaines d'années », résume un observateur.

Ce que révèle l'audit de l'Assemblée

L'audit de l'Assemblée nationale est plus qu'une révélation sur une institution. C'est le symptôme d'un mal profond qui ronge l'administration camerounaise.

La radiation de ces 150 agents fictifs allège mécaniquement la masse salariale de l'Assemblée nationale. Les économies mensuelles représentent plusieurs dizaines de millions de FCFA.

Mais au-delà de l'aspect financier, c'est la confiance des Camerounais dans leurs institutions qui est en jeu. Une confiance déjà fragile, déjà ébranlée par des décennies de gabegie et d'impunité.

L'espoir d'un changement ?

Théodore Datouo a eu le courage de regarder la vérité en face. En ordonnant cet audit physique, il a fait ce que personne n'avait osé faire en 33 ans.

C'est une rupture. Un signal. Un premier pas vers la transparence.

Mais la question est désormais : qui aura le courage de faire le même audit dans les ministères ? Dans les entreprises publiques ? Dans toutes les administrations de l'État ?

Le Cameroun est mal parti. Mais peut-être que ça commence à changer.

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