Cabral Libii contre son ex-allié : La guerre des preuves est déclarée
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Accusé d'avoir perçu un milliard de francs CFA pour cautionner la réélection de Paul Biya, le président du PCRN, Cabral Libii, a porté plainte contre son ancien collaborateur Jacques Bertrand Mang, réclamant 50 millions d'amende contre la chaîne Cameroun Investigation et une interdiction d'exercer le journalisme pendant cinq ans – une affaire qui divise l'opposition camerounaise et dont le procès est renvoyé au 20 août 2026.

Un milliard de francs CFA.

C'est la somme que Jacques Bertrand Mang, ancien cadre du PCRN, accuse publiquement son ex-président Cabral Libii d'avoir reçue.

Pour quoi ? Pour "valider la fausse victoire" de Paul Biya à l'élection présidentielle d'octobre 2025, au détriment du candidat Issa Tchiroma Bakary.

Une accusation explosive. Une trahison, selon l'accusateur. Une calomnie, pour le mis en cause.

Aujourd'hui, Cabral Libii ne répond plus sur les réseaux sociaux. Il répond devant les tribunaux.

Il réclame 50 millions de francs CFA à la chaîne Cameroun Investigation. Une interdiction d'exercer le journalisme pendant cinq ans.

Et son ancien collaborateur ? Il affirme détenir une vidéo.

Qui dit vrai ? La justice devra trancher le 20 août 2026.

Mais en attendant, cette affaire ébranle déjà toute l'opposition camerounaise.

Les faits : une accusation qui secoue la classe politique

Tout commence le 22 décembre 2025. Ce jour-là, Jacques Bertrand Mang, alors encore cadre du Parti camerounais pour la réconciliation nationale (PCRN), s'exprime sur la chaîne en ligne Cameroun Investigation.

Ses propos sont d'une gravité rare : Cabral Libii, son propre président de parti, aurait perçu un milliard de francs CFA pour ne pas reconnaître la victoire d'Issa Tchiroma Bakary à la présidentielle d'octobre 2025.

L'accusation est claire : le chef de l'opposition aurait été "acheté" par le régime de Paul Biya.

Quelques semaines plus tard, le 19 janvier 2026, Mang réitère ses accusations sur Jambo FM, dans l'émission LE BIG MORNING. Il affirme cette fois détenir une vidéo montrant Cabral Libii en discussion avec Grégoire Owona, secrétaire général adjoint du RDPC, autour de cette supposée transaction.

"J'ai une vidéo qui m'a été envoyée de manière anonyme par un Camerounais qui travaille dans le cabinet de M. Grégoire Owona", déclare-t-il alors.

L'onde de choc est immédiate.

La riposte judiciaire de Cabral Libii

Le 26 janvier 2026, le cabinet de Maître René Roger Bebe, avocat de Cabral Libii, publie un communiqué annonçant des poursuites judiciaires.

"Depuis plusieurs semaines déjà, le nommé MANG Jacques, ex-militant du PCRN, se répand dans des médias et les réseaux sociaux à travers des affirmations d'une extrême gravité", écrit l'avocat.

Le président du PCRN, qui avait jusqu'ici observé une certaine réserve, décide de traduire son accusateur en justice pour diffamation publique et propagation de fausses nouvelles.

Mais la plainte ne vise pas que Jacques Bertrand Mang.

Sont également poursuivis :

- Aymard Brice Fometio, le directeur de publication de Cameroun Investigation, pour "complicité"

- La chaîne Cameroun Investigation elle-même

Les réquisitions : 50 millions et cinq ans d'interdiction

Dans sa plainte, Cabral Libii ne fait pas dans la demi-mesure.

Il demande :

- La condamnation de Jacques Bertrand Mang au maximum des peines d'emprisonnement et d'amende

- La condamnation de Fometio Aymard Brice à des peines d'emprisonnement et d'amende

- La condamnation de la chaîne Cameroun Investigation au maximum de la peine d'amende prévue, soit 50 millions de francs CFA (article 64 al. 3 de la loi de 2010 sur la cybercriminalité)

- L'interdiction pour une durée de cinq ans d'exercer directement ou indirectement toutes les activités professionnelles liées au métier de journalisme (articles 64 al. 4 de la loi de 2010 sur la cybercriminalité et 84 (1) de la loi de 1990)

- La publication du jugement

Une offensive judiciaire d'une rare intensité.

L'ex-militant devenu accusateur : la rupture

Pour comprendre l'affaire, il faut remonter à la crise post-électorale qui a suivi la présidentielle d'octobre 2025.

Issa Tchiroma Bakary, candidat arrivé officiellement en deuxième position, s'est autoproclamé vainqueur.

Jacques Bertrand Mang, membre actif de la campagne du PCRN, a pris position sans équivoque en faveur de Tchiroma.

Sur sa page Facebook, il lance un défi public à son président : "Si Cabral Libii ne reconnaît pas la victoire du Président ISSA TCHIROMA, JE DÉMISSIONNE OFFICIELLEMENT DU PCRN".

Face au refus de son ex-patron politique, Mang claque la porte.

Dans sa lettre de démission, il écrit : "Vous avez choisi de vous ranger aux côtés de l'oppresseur, le camp de celui qui a triché et volé la victoire du peuple camerounais".

"À mes yeux, vous n'êtes donc plus digne de porter un quelconque projet pour protéger et libérer une quelconque énergie".

La rupture est consommée. Et les accusations commencent.

"La vérité est comme l'huile"

Les avocats de Cabral Libii voient dans cette procédure une opportunité pour leur client.

"L'occasion lui est enfin offerte de produire au juge saisi la fameuse vidéo qu'il affirme détenir" , écrivent-ils dans leur communiqué.

Autrement dit : Prouvez ce que vous avancez.

De son côté, Jacques Bertrand Mang maintient ses accusations et affirme détenir les preuves.

Comme le dit un proverbe camerounais cité par un média local, "la vérité est comme l'huile, elle finit toujours par remonter à la surface" .

Le renvoi du procès : une question de procédure

L'audience était initialement fixée au 18 juin 2026 devant le Tribunal de Première Instance de Douala-Bonanjo.

Mais le tribunal n'a pas examiné le fond du dossier.

Pourquoi ? Deux raisons, selon un communiqué de Fometio Aymard Brice, le directeur de publication de Cameroun Investigation :

1. Le non-versement de la consignation légale de 50.000 FCFA exigée pour toute citation directe

2. L'absence de production de l'original de l'acte de citation devant la juridiction

En l'état, aucune décision n'a été rendue sur le fond de cette affaire.

La prochaine audience est fixée au 20 août 2026.

Les enjeux : bien au-delà d'une simple affaire de diffamation

Cette affaire dépasse largement le cadre d'un simple conflit entre deux hommes.

Elle pose des questions fondamentales :

- La crédibilité de l'opposition camerounaise : un chef de parti peut-il être accusé de trahison sans que cela n'affaiblisse toute l'opposition ?

- Le rôle des médias : une chaîne comme Cameroun Investigation peut-elle être condamnée à 50 millions et interdite pour avoir diffusé des accusations ?

- La liberté de la presse : l'interdiction d'exercer le journalisme pendant cinq ans est-elle une mesure proportionnée ou une menace pour le journalisme d'investigation au Cameroun ?

- La vérité judiciaire : la fameuse vidéo existe-t-elle vraiment ?

Perspective : un procès sous haute tension

Le 20 août 2026, la justice camerounaise pourrait rendre une décision qui fera date.

Si Cabral Libii obtient gain de cause, ce sera un avertissement sévère envoyé aux médias et aux lanceurs d'alerte.

Si Jacques Bertrand Mang parvient à produire ses preuves, ce sera un séisme politique qui pourrait anéantir la crédibilité du président du PCRN.

Une chose est sûre : l'opposition camerounaise retient son souffle.

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