Bangoulap : une conférence pour sauver le raphia de la disparition
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Des acteurs de cette plante se sont retrouvés le, 26 novembre dans ce village pour réfléchir sur sa promotion et sa conservation.

Villa Boutanga de la Fondation Jean Félicien Gacha, logé dans le village Bangoulap, arrondissement de Bangangté, département du Ndé. Il est environ 17 heures, le 26 novembre dernier. La décoration et le décor de l’espace dédié à la conférence sont entièrement faits à base des produits et articles artisanaux issus du raphia. Il s’agit des objets fabriqués par des artisans de la localité et disposés sur la table du panel. L’on y retrouve des balais traditionnels, des pilons des canaris, des paniers, les pailles tissées, des cases miniaturisées et surtout du vin de raphia. La case de près de 100 places assises qui abrite la rencontre est archicomble. C’est une espèce de grande hutte avec des murs construits à l’aide des baguettes de bambous secs et reliés par des lianes cueillies sur des bambous frais.

Le sujet de promotion et de conservation du raphia est au goût du jour. La conférence-débat sur cette plante menacée de disparition, mobilise du beau monde. Figurent en bonne place, la présidente fondatrice de la Fondation Jean Félicien Gacha, Ly Dumas accompagnée de ses partenaires africains, occidentaux et asiatiques ; le président de l’Université des montagnes, Charles Owona Onana ; les sectoriels de l’Etat dans les domaines de l’environnement et l’agriculture ; des chercheurs des plantes médicinales, en l’occurrence, le Burkinabé, Jean Marie Compaoré Tibo et le Camerounais, Ibrahim Ndachingamndi ; des vignerons, des artisans entre autres.

Le but pour le responsable de l’Ong, William Kuihane, est de faire l’état des lieux de cette « mythique » plante. Il a été question notamment, d’évaluer à quel niveau la surexploitation du raphia inquiète. A cette préoccupation, la fondation a égrainé la batterie de mesures prises pour que de nouvelles forêts de raphia poussent à Bangoulap, village réputé pour la commercialisation du vin blanc. « Il était aussi important pour l’organisation de mettre sur pied une synergie d’action entre vignerons et artisans pour que l’activité économique qui se développe autour du raphia  (production des objets artisanaux et vin) puisse se faire de manière responsable », a déclaré William Kuihane.

Réactions

William Kuihane, Responsable de la Fondation Gacha: "Notre rôle est d’éduquer les acteurs à l’usage du bambou"

Depuis 20 ans, la fondation œuvre dans cinq grands domaines. Pour la célébration de ses 20 ans d’existence, nous avons maintenu le curseur sur un domaine sensible qu’est l’environnement, notamment du raphia qui tend à disparaitre. Etant un élément qui entretient l’écosystème des hautes terres de l’Ouest, le raphia est au centre de nos préoccupations. Nous travaillons depuis 2018 avec les vignerons dans la multiplication des plants et sur la nécessité du reboisement. Simplement parce que si nous ne menons pas des actions dans ce sens, il se fera trop tard. La sécheresse va s’intensifier. Nous sommes exposés aux conséquences du changement climatique. L’Ouest n’ayant pas de forêts, n’a que ces colonies de raphia pour protéger l’environnement. Il ne s’agissait pas uniquement de débattre sur la question. Nous devons continuer à accompagner techniquement les vignerons ; pour qu’ils comprennent l’enjeu de cette conférence. Les objets artisanaux fabriqués à l’aide du bambou font partie des ressources de l’économie locale. Le rôle de la fondation est d’éduquer les populations à l’usage du bambou. Il y a une manière de prélever des éléments du raphia. Pour le moment, des gens qui ne sont pas sensibilisés sur la coupe des bambous le font en désordre. Il est démontré que quand les bambous sont coupés selon les règles de l’art, le raphia s’étend et les jeunes plants se développent rapidement.

 Anibel Yvel Mbouche Pokam, conservatrice du Musée royal Baham: "Il faut que l’Etat établisse des lois interdisant la destruction de cette plante"

L’élément phare du raphia exploité à Baham (département des Hauts-plateaux, Ndrl) c’est le bambou. Nous avons monté des ateliers de fabrication des objets à usage domestique et pour une certaines classe de personne, notamment des notables. Il est inconcevable d’entrer chez un notable sans trouver des tabourets en bambou ou au moins  un mur recouvert de bambou raphia. A partir du moment où la demande augmente et en même tant  que les clairières du raphia disparaissent du  fait de l’activité de l’Homme, notre devoir est de renforcer la  sensibilisation du public local d’abord surtout les jeunes à s’intéresser aux métiers du bambou. Il est vrai que ces métiers ne leur donnent pas rapidement de l’argent que si c’était la moto taxi. Notre rôle est de leur faire comprendre que la récompense vient au bout de l’effort d’où un appel  au reboisement de cette plante, à la création des structures culturelles valorisant tous les éléments issus du raphia. Il faut que l’Etat établisse des lois interdisant la destruction de cette plante.

Martial Noukeu, vigneron "Il faut les moyens financiers pour le reboisement"

Dans notre regroupement des vignerons, nous travaillons de manière à sensibiliser les membres sur le reboisement des plants de raphia. L’objectif est d’avoir plusieurs champs de raphia. Nous avons actuellement environ 800 plants dans notre germoir prêts à mettre en terre. A mon niveau, je suis déjà à plus d’un demi-hectare planté. Le processus de production des jeunes plants est une épreuve d’endurance. Il faut à peu près 7 ans pour commencer à cueillir le vin sur un plant. On commence par récolter les graines sèches qui tombent des vieux arbres de raphia. Dès qu’une bonne quantité est récoltée, il faut y mettre du feu pour réveiller la dormance. On les met ensuite dans des sachets. Au bout de 7 mois, les premiers fruits entreront dans la phase de germination. Il faut attendre quelques mois encore avant de les planter. Sur la question de disparition, la principale cause  ce sont des jardiniers, avec les paniers qu’ils utilisent pour transporter la tomate vers les marchés. Notre réponse à cette menace est de trouver un champ communautaire au moins de cinq hectares pour planter ces arbres et nous assurer qu’ils ne disparaitront pas. Nous avons déjà démontré que le raphia étant un arbre qui pousse aussi bien dans des bas-fonds que sur les collines. Il faut les moyens financiers pour le reboisement.

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