Coups d'État africains : le symptôme d'un mal que les dirigeants ont créé eux-mêmes
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AFRIQUE :: Coups d'État africains : le symptôme d'un mal que les dirigeants ont créé eux-mêmes

En Afrique francophone, les coups d'État militaires sont de plus en plus accueillis comme des délivrances populaires. Un phénomène qui révèle non pas une culture du putsch, mais l'échec structurel de dirigeants qui ont transformé la présidence en propriété personnelle et perpétuelle.

Quand les militaires arrivent au pouvoir, les foules sortent dans les rues.

Pas pour protester. Pour danser.

Ce n'est pas une anomalie africaine. C'est un signal d'alarme. Celui d'un continent où des millions de personnes en sont venues à voir un fusil pointé vers le palais présidentiel comme un acte de libération plutôt que comme une tragédie institutionnelle.

La question n'est pas : pourquoi les militaires font-ils des coups d'État ?

La vraie question est : que faut-il avoir fait à son peuple pour que celui-ci acclame ceux qui vous renversent ?

Coups d'État en Afrique francophone : les peuples applaudissent et ça dit tout

Depuis le Mali en 2020, le Burkina Faso en 2022, le Niger et le Gabon en 2023, la carte de l'Afrique francophone se recouvre progressivement de pays gouvernés par des juntes militaires. Et à chaque fois, le scénario se répète : des soldats s'emparent de la radio nationale, un communiqué annonce la suspension des institutions et dans les rues, une partie de la population célèbre.

Ce phénomène, aussi troublant soit-il pour les défenseurs des normes démocratiques, mérite une analyse honnête. Pourquoi des peuples entiers en viennent-ils à saluer la fin d'un régime civil par un régime militaire ?

Le pouvoir comme fin en soi

La réponse tient en un mot : durée.

Les présidents concernés Blaise Compaoré au Burkina (27 ans), Ali Bongo au Gabon (14 ans en continuité dynastique), Mamadou Tandja au Niger, et bien d'autres avaient en commun d'avoir transformé la présidence en héritage personnel, parfois transmissible par le sang. Le pouvoir n'était plus un mandat exercé au nom du peuple. Il était devenu un patrimoine à conserver, à transmettre, à défendre par tous les moyens.

Les constitutions ont été modifiées, les oppositions muselées, les élections organisées pour confirmer plutôt que pour trancher. Et quand des voix se sont élevées, elles ont parfois été réduites au silence de façon définitive.

Dans ce contexte, l'armée qui entre dans le palais n'apparaît pas comme une rupture démocratique. Elle apparaît comme la seule force qui restait encore capable de mettre fin à l'indéfinissable.

La thèse de l'ingérence étrangère : commode mais insuffisante

Il est tentant et souvent confortable d'attribuer les coups d'État africains à des puissances extérieures. La France, la Russie, les intérêts miniers, les bases militaires. Ces facteurs existent. Ils ne sont pas sans influence.

Mais ils ne suffisent pas à expliquer l'adhésion populaire.

Ces mêmes présidents renversés étaient, pendant des décennies, soutenus par ces mêmes puissances étrangères. Leur chute ne découle pas d'un changement de politique extérieure : elle découle d'une accumulation de frustrations internes qui a fini par rendre leur maintien au pouvoir intenable, y compris pour leurs anciens soutiens.

Pointer l'étranger comme unique responsable, c'est précisément absoudre les dirigeants de leur propre part de responsabilité et c'est souvent ce que ces dirigeants eux-mêmes tentent de faire jusqu'au bout.

Pourquoi le Ghana, le Nigeria, le Sénégal ne connaissent pas ces scénarios ?

La réponse est presque désagréablement simple : parce que l'alternance y existe.

Quand un président peut perdre une élection et que son successeur peut prendre le pouvoir pacifiquement comme au Ghana avec les alternances répétées entre NDC et NPP, ou comme au Sénégal en 2024 avec l'élection de Bassirou Diomaye Faye il n'y a pas de frustration accumulée au point de rendre un coup de force désirable.

Le putsch n'est pas une culture. C'est une pression qui cherche une sortie. Et là où des sorties institutionnelles existent, la pression se dissipe autrement.

Le Cameroun : une exception par défaut ?

Le cas camerounais mérite une analyse distincte. Avec Paul Biya au pouvoir depuis 1982, le Cameroun cumule tous les critères qui ont précédé les coups d'État dans les pays voisins : longévité extrême, espace politique réduit, armée structurée autour de la loyauté personnelle plutôt que de l'institution républicaine.

Pourtant, le scénario putschiste ne semble pas à l'ordre du jour non pas parce que le système est vertueux, mais précisément parce que l'armée camerounaise fonctionne comme une milice de fidélité plutôt que comme une institution républicaine autonome. Les soldats qui ont, à quelques reprises historiques, placé l'intérêt national au-dessus de la hiérarchie ont payé ce choix de leur carrière voire de leur liberté.

Ce n'est pas de la stabilité. C'est de l'immobilisme renforcé par la peur.

La suite : libération ou précipice ?

Le problème fondamental des coups d'État même les plus populaires est ce qui vient après.

L'histoire africaine récente offre les deux extrêmes. Le Mali post-putsch s'enlise dans une instabilité chronique et une dépendance aux forces Wagner. Le Burkina de Traoré navigue entre fermeté souverainiste et répression des voix critiques. D'autres transitions ont abouti à des élections relativement crédibles.

Tout dépend des hommes qui portent le coup d'État, de leurs intentions réelles, et surtout de leur capacité ou de leur volonté à remettre le pouvoir à des civils élus.

Ce que les peuples qui applaudissent savent déjà, au fond : ils ne sont pas en train de célébrer l'armée. Ils sont en train d'enterrer un régime qui les a épuisés.

La suite, c'est une autre histoire. Et elle s'écrit encore.

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