Motaze sort du silence : les téléphones frauduleux doivent être bloqués maintenant
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Dans une lettre datée du 4 juin 2026, le ministre des Finances Louis Paul Motaze met en demeure MTN et Orange de bloquer automatiquement tout terminal mobile importé frauduleusement dès sa connexion au réseau deux mois après une concertation restée sans suite.

Il existe au Cameroun des milliers de téléphones qui sonnent, qui scrollent, qui filment et qui, selon l'État, n'auraient jamais dû franchir la frontière.

Achetés dans les marchés informels de Douala ou de Yaoundé, importés en contrebande, jamais déclarés en douane, ces terminaux circulent librement sur les réseaux MTN et Orange comme si de rien n'était. Jusqu'à présent.

Le 4 juin 2026, le ministre des Finances Louis Paul Motaze a franchi un cap décisif : il exige des deux opérateurs qu'ils les coupent. Automatiquement. Dès la connexion au réseau.

La question n'est plus de savoir si le blocage aura lieu. La question est : combien de Camerounais vont se retrouver sans réseau ?

Le Minfi passe à l'action contre les téléphones frauduleux : MTN et Orange en ligne de mire

Le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, a adressé le 4 juin 2026 une correspondance officielle aux opérateurs de téléphonie mobile MTN Cameroun et Orange Cameroun, les sommant de procéder sans délai au blocage automatique des téléphones et tablettes importés frauduleusement sur le territoire national.

Cette directive intervient deux mois après la concertation du 22 mai 2026, réunion tripartite entre le Minfi, la Direction générale des Douanes et les opérateurs télécom, au cours de laquelle des mesures concrètes avaient été actées. Parmi elles : le blocage, à compter du 1er avril 2026, de tout terminal mobile non déclaré en douane, dès lors qu'il tente de se connecter à un réseau local.

Un accord sans lendemain

Deux mois se sont écoulés. Rien n'a bougé. Dans sa lettre, le Minfi le note avec une certaine sécheresse : les opérateurs et la Douane n'ont "pas suivi à ce jour" les diligences convenues. La date butoir du 1er avril 2026 est passée dans l'indifférence générale du moins dans l'indifférence des acteurs censés l'appliquer.

La correspondance de Motaze ne laisse plus de place à l'ambiguïté : le dispositif technique de blocage automatique doit être activé.

Deux enjeux majeurs invoqués

Pour justifier l'urgence de la mesure, le ministre articule sa directive autour de deux risques distincts.

Le premier est fiscal. L'importation massive de terminaux non déclarés représente un manque à gagner direct pour l'État camerounais sur les droits et taxes douaniers. Dans un contexte de pression budgétaire, chaque téléphone de contrebande est une recette perdue pour le Trésor public.

Le second relève de la sécurité nationale. Des terminaux non enregistrés, dont l'identité est inconnue des services de l'État, peuvent constituer un vecteur de communications non traçables une préoccupation sécuritaire que les autorités camerounaises prennent de plus en plus au sérieux, notamment dans le contexte des crises en cours dans le Nord-Ouest, le Sud-Ouest et l'Extrême-Nord.

Comment fonctionne le dispositif ?

Techniquement, le mécanisme repose sur le système IMEI le numéro d'identification unique de chaque terminal mobile. Tout téléphone dont l'IMEI n'est pas enregistré dans la base de données douanière camerounaise serait automatiquement détecté et bloqué dès sa tentative de connexion au réseau.

Ce type de système existe dans plusieurs pays africains, dont le Rwanda, le Ghana et la Tanzanie, avec des résultats variables selon la robustesse de la coordination entre opérateurs, douanes et régulateur télécom.

Au Cameroun, c'est l'Agence de Régulation des Télécommunications (ART) qui joue en théorie le rôle de coordination technique même si son positionnement dans cette nouvelle directive reste, pour l'heure, peu visible.

Le marché informel sous pression

La mesure, si elle est effectivement mise en œuvre, pourrait bouleverser un pan entier du commerce informel camerounais. Les marchés de téléphones d'occasion de Yaoundé et Douala sont largement alimentés par des terminaux importés hors circuits officiels depuis la Chine, le Nigeria ou les pays de la sous-région à des prix très inférieurs à ceux des enseignes agréées.

Des centaines de revendeurs, mais aussi des millions d'utilisateurs qui ont acheté ces appareils de bonne foi, pourraient se retrouver avec un téléphone devenu inutilisable du jour au lendemain.

La question de la communication publique préalable et d'une éventuelle période de régularisation reste entière.

Les opérateurs face à leurs responsabilités

Pour MTN et Orange, l'équation est délicate. En tant que concessionnaires de service public, ils ont l'obligation de se conformer aux injonctions de l'État. Mais la mise en œuvre technique d'un tel blocage de masse exige une infrastructure robuste et une coordination précise avec les bases de données douanières.

Contactés par plusieurs médias ces derniers jours, les deux opérateurs n'ont pas encore fait de déclaration publique sur le sujet.

Et maintenant ?

La balle est désormais dans le camp des opérateurs et de la Douane. La lettre du 4 juin marque un tournant dans le rapport de force entre l'État camerounais et les acteurs de la chaîne télécom informelle. Elle est aussi un test de crédibilité pour l'État lui-même : après un premier engagement non respecté, une deuxième injonction sans suite serait un signal difficile à ignorer.

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