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© Camer.be : Paul Moutila
- 10 Apr 2026 18:36:12
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Tribalisme politique au Cameroun : Hamadou Babba dénonce 34 ans d'équilibre stérile :: CAMEROON
34 ans au perchoir, zéro route : le bilan accusateur d'un opposant camerounais
Trente-quatre ans. C'est la durée pendant laquelle Cavayé Yéguié Djibril a présidé l'Assemblée nationale du Cameroun. Son village natal, Mada, dans l'Extrême-Nord, reste aujourd'hui enclavé. Cet écart entre pouvoir occupé et développement local est au cœur d'une tribune politique percutante publiée en 2026.
Qui parle, et de quoi : une tribune d'opposition signée et datée
Abdouraman Hamadou Babba, président national du Rassemblement pour le Développement et la Défense de la République du Cameroun (RDDRC), a publié une tribune ciblant ce qu'il appelle l'équilibre tribal du régime Biya-RDPC. Son propos central : la redistribution tribale des postes de responsabilité au Cameroun constitue un frein structurel au développement national. Cette prise de position intervient dans le contexte de la révision constitutionnelle du 4 avril 2026, qui a suscité une vive controverse politique dans le pays.
Hamadou Babba vise directement la logique de nomination pratiquée depuis des décennies au sommet de l'État camerounais. Il soutient que confier la présidence de l'Assemblée nationale à un ressortissant de l'Ouest ou celle du Sénat à un ressortissant du Nord ne profite ni à l'Ouest ni au Nord.
Pourquoi ce modèle perdure : la logique du contrôle politique
L'équilibre tribal se définit, dans la terminologie politique camerounaise, comme la pratique consistant à répartir les postes institutionnels entre les grandes régions et ethnies du pays pour préserver une apparence d'inclusion nationale. Hamadou Babba conteste la sincérité de ce mécanisme.
Selon lui, les personnalités ainsi nommées sont sélectionnées non pour leur compétence mais pour leur capacité de soumission aux logiques du régime. Leur rôle réel serait de contrôler les aspirations politiques de leurs communautés respectives, non de les représenter. La conservation du pouvoir primerait ainsi systématiquement sur l'émergence économique du Cameroun.
Il cite un exemple précis : la route reliant Maroua à Kousseri, dans la région de l'Extrême-Nord, est en quasi-disparition malgré des décennies de présence de cadres de cette région au sommet des institutions nationales.
Comment le système se reproduit : un mécasnisme hérité de la période coloniale
Hamadou Babba situe l'origine de cette approche villageoise de la gestion du Cameroun dans l'ère coloniale. Il affirme qu'elle a été perpétuée par les dirigeants postindépendance, et qu'elle structure encore aujourd'hui les nominations au sein du régime Biya-RDPC. La mécanique est décrite ainsi : nommer des obligés politiques à des postes souvent vidés de leur substance réelle, en échange de leur loyauté et de leur capacité à neutraliser toute contestation dans leurs régions d'origine.
Le résultat, selon lui, est un système où le partage des postes se substitue au partage des ressources. Il oppose explicitement ces deux logiques : l'une produit des dividendes politiques pour le régime, l'autre produirait du développement pour les populations.
La récente révision constitutionnelle adoptée par un Parlement dont les présidents sont issus de l'Ouest et du Nord illustre selon lui comment des cadres régionaux peuvent orchestrer des décisions contraires aux intérêts de leurs propres communautés, dès lors qu'ils sont intégrés à la logique du régime.
Une critique qui s'inscrit dans le cycle électoral à venir
À court terme, cette tribune s'inscrit clairement dans une stratégie électorale. Hamadou Babba appelle explicitement à remporter les prochaines élections législatives et municipales au Cameroun pour retirer au régime en place sa base de légalité institutionnelle. La fenêtre électorale des prochains mois rend ce discours immédiatement opérationnel sur le plan politique.
La question de la gouvernance tribale au Cameroun devient inséparable de celle de la succession présidentielle. Si la réforme constitutionnelle du 4 avril 2026 s'applique, un Vice-président nommé lui-même produit de logiques de désignation pourrait incarner demain la continuité d'un système que ses opposants décrivent comme fondé sur la médiocrité organisée.
Le développement contre l'identité : un faux choix que les urnes devront trancher
Hamadou Babba pose une question que les partis d'opposition camerounais répètent depuis des années sans parvenir à en faire le moteur d'une alternance : les Camerounais sont-ils prêts à voter contre le sentiment d'appartenance communautaire au profit d'un projet de développement national ? La réponse appartient aux électeurs. Les prochaines élections législatives et municipales en seront le premier test mesurable.
À quoi sert le fait d’avoir un frère du village à la tête d’une institution sensée être républicaine ?!
Comment expliquer qu’en 2026, la principale carte politique jouée par le régime Biya-RDPC se base toujours sur la redistribution tribale des postes de responsabilité au détriment des impératifs de développement ?!Que gagnent les ressortissants de l’Ouest d’avoir un des leurs à la tête de l’Assemblée Nationale ou ceux du Nord d’avoir un des leurs à la tête du Sénat ? Assurément rien du tout ! Même pas un radier !
Pour s’en convaincre, il suffit de voir dans quel état se trouve la région de l’Extrême-Nord avec la quasi-disparition de la route reliant Maroua à Kousseri ou bien le niveau de développement de Mada, le village de l’honorable Cavayé Yéguié Djibril qui a cumulé 34 ans au perchoir à l’Assemblée Nationale.
Un bonne partie de ceux qui se réclament « Ékang », malgré leur souffrance et le piteux état actuel du Cameroun, trouvent une certaine satisfaction de savoir que c’est l’un des « leurs » qui dirige le Cameroun, au point d’être prêts à risquer la destruction de ce pays pour le maintenir à la tête de l’État...
De manière générale, les faits ont toujours prouvé que les frères du village qui sont nommés ne travaillent pas pour le village mais pour les clans qui ont facilité leurs nominations et dont les préoccupations sont toujours très éloignées de celles des pauvres populations.
L’exemple le plus récent concerne la violation de la Constitution par l’Assemblée Nationale et le Sénat respectivement dirigés par des fils de l’Ouest et du Nord qui ont orchestré la plus grossière et la plus dommageable des manipulations institutionnelles qu’a connu le Cameroun depuis ce qu’on a considéré comme indépendances en 1960 ! Ceci contre la volonté manifeste d’une écrasante majorité des Camerounais parmi lesquels une écrasante majorité des fils et des filles de l’Ouest et du Nord.En réalité, nul n’a besoin d’avoir son frère du village nulle part au sein des institutions républicaines pour se sentir épanoui en tant que Citoyen camerounais !
Au lieu de nommer des personnes compétentes capables de bien diriger et de bien administrer le Cameroun pour créer des richesses à redistribuer équitablement à tous, le régime Biya-RDPC a toujours privilégié un équilibre tribal stérile fondé sur des considérations purement politiciennes.
Cet équilibre qui consiste à faire semblant d’associer certaines tribus à la gestion du Cameroun en nommant à des postes de responsabilité des personnes soigneusement sélectionnés pour leur capacité de soumission et donc pour la médiocrité dont ils peuvent faire preuve n’a en réalité pour but que la conservation du pouvoir, au détriment l’émergence du Cameroun.
Le vrai partage c’est celui des ressources aux populations et non le partage des postes, très souvent vidés de leur consistance, à des obligés politiques qui n’ont pour seul objectif que de contrôler les aspirations politiques de leurs communautés respectives.
Il faut donc mettre fin à cette approche villageoise de la gestion du Cameroun instituée par les colons et pérennisée par leurs héritiers actuellement au pouvoir. Pour cela, nous devons travailler davantage pour remporter les prochaines élections législatives et municipales afin de retirer à ce régime le semblant de légalité qui lui a permis de confisquer le Cameroun pendant des décennies.
Abdouraman Hamadou Babba
Président National du Rassemblement pour le Développement et la Défense de la République du Cameroun (RDDRC)
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