Manu Dibango : 6 ans après, le Soul Makossa résonne encore dans la musique mondiale
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Le 24 mars 2020, Manu Dibango mourait à l'hôpital de Melun, des suites du Covid-19, six jours après son hospitalisation. Il avait 86 ans. Six ans plus tard, l'œuvre du père du soul makossa continue de circuler sur les plateformes, dans les studios d'enregistrement et dans la mémoire collective de tout un continent.

Qui était Emmanuel N'Djoké Dibango ?

Né le 12 décembre 1933 à Douala, Manu Dibango grandit dans une famille protestante. Sa mère, couturière et professeur de chant à la chorale du temple, lui offre ses premières émotions musicales. Le gramophone familial fait découvrir au jeune Emmanuel la musique française, américaine et cubaine.

En 1949, à 15 ans, son père l'envoie en France pour des études « sérieuses ». Il débarque à Saint-Calais avec trois kilos de café pour payer son premier mois de pension. La musique prend vite le dessus sur les manuels scolaires. Ce fils de Douala devient l'architecte d'un son qui traversera les décennies.

De Paris à Bruxelles, de caves en cabarets, il fréquente la diaspora afro-caraïbéenne et la bouillonnante scène jazz de l'après-guerre. Il rencontre Joseph Kabaselé, dit « Grand Kallé », qui l'engage comme saxophoniste dans son orchestre African Jazz. Sa carrière internationale est lancée.

Soul Makossa : le groove qui a changé l'histoire

Le mécanisme de la légende de Manu Dibango se comprend par un seul titre. Soul Makossa n'était à l'origine que la face B d'un 45-tours sorti à l'occasion de la Coupe d'Afrique des Nations de 1972. Découvert par les pionniers new-yorkais du Disco, pillé par les plus grandes stars, cité et repris depuis près de cinquante ans, ce morceau est devenu un hymne mondial.

En 1982, Michael Jackson sort « Wanna Be Startin' Somethin' » sur l'album Thriller, reprenant le refrain de Soul Makossa sans autorisation. Manu Dibango engage une action en justice. Un accord à l'amiable est trouvé, reconnaissant la paternité du gimmick à l'artiste camerounais. Plus tard, Rihanna sample à son tour le morceau. Le groove africain s'impose comme une matière première de la pop mondiale.

Soul Makossa est aujourd'hui considéré comme l'un des morceaux les plus samplés de l'histoire de la musique. Michael Jackson, Rihanna, Kanye West et Akon comptent parmi les artistes ayant repris ou réinterprété son célèbre gimmick vocal.

Le makossa, patrimoine d'une civilisation musicale

Derrière le succès du titre se cache un mécanisme plus profond. Le makossa, genre musical camerounais popularisé par Dibango, est désormais reconnu comme un patrimoine culturel mondial. Il a influencé le zouk, le coupé-décalé, l'afrobeat et la pop urbaine.

Manu Dibango se riait des frontières : il sautait d'un continent à l'autre, d'une culture à l'autre, d'un genre à l'autre, d'un instrument à l'autre pour créer une musique universelle, qui était à la fois africaine et caraïbéenne, américaine et européenne.

Au fil des années, après avoir été nommé artiste de l'Unesco pour la paix en 2004, Manu Dibango investit son énergie à de grandes causes : lutte contre la faim, libre expression, lutte contre le réchauffement climatique. La musique comme engagement : c'est l'autre dimension de son héritage.

L'impact d'un géant sur les générations actuelles

La mort de Manu Dibango a suscité une onde de choc planétaire. Youssou N'Dour écrit alors : « Tu as été un grand frère, une fierté pour le Cameroun et pour l'Afrique toute entière. » Angélique Kidjo le décrit comme « le géant de la musique africaine et un être humain magnifique ».

Martin Meissonnier, producteur historique des musiques du monde, résume : « Son héritage, immense, va rester. Sa créativité était géniale, il faisait danser les gens avec une efficacité redoutable. »

Les plateformes de streaming enregistrent depuis 2020 une résurgence régulière des écoutes de Soul Makossa à chaque anniversaire. Les labels africains s'appuient sur son modèle pour promouvoir une nouvelle génération d'artistes camerounais sur les marchés occidentaux. La question des droits d'auteur dans les samples que Dibango a contribué à poser publiquement façonne aujourd'hui la législation musicale internationale. Son combat juridique contre Michael Jackson reste une référence dans les cursus universitaires de droit de la propriété intellectuelle.

Manu Dibango reste une source d'inspiration pour la jeunesse africaine : il a montré qu'il était possible de réussir sans renier ses racines, de s'ouvrir au monde tout en restant fidèle à son identité.

Ce que l'histoire retiendra

Six ans après sa disparition, Manu Dibango incarne une vérité simple : la musique africaine n'a pas besoin de validation extérieure pour dominer la planète. Son saxophone a précédé l'afrobeats de plusieurs décennies. Son courage judiciaire a ouvert la voie à des générations de créateurs africains exigeants face aux industries culturelles mondiales.

La vraie question que pose son anniversaire n'est pas de savoir si son œuvre survivra elle survit déjà. C'est de savoir si les industries culturelles africaines sauront enfin construire les structures nécessaires pour que le prochain Manu Dibango n'ait plus besoin d'aller à Paris ou New York pour faire danser le monde.

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