Me Ngouana dénonce un vice-président nommé, symbole d'une Constitution détournée
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Un pouvoir qui se perpétue sans vote

42 ans au pouvoir. Et une nouvelle révision constitutionnelle. Paul Biya vient de créer un poste de vice-président non élu au Cameroun. La manœuvre est validée par un parlement dont les membres n'ont pas été élus, mais prorogés. Me Mustapha Ngouana nomme ce système sans détour : un bouclier personnel, pas une loi fondamentale.

Ce qui vient de se passer

En 2026, l'Assemblée nationale camerounaise adopte une modification constitutionnelle instituant un poste de vice-président. Ce vice-président ne sera pas élu au suffrage universel. Il sera nommé par le président de la République. Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, pilote cette réforme depuis le sommet de l'État.

Le fait aggravant est institutionnel. Le parlement qui a voté cette révision n'est pas issu d'élections régulières. Ses membres y siègent grâce à une prorogation de mandat, c'est-à-dire une prolongation administrative décidée par le pouvoir exécutif. Me Mustapha Ngouana, avocat au barreau camerounais, qualifie cette assemblée d'illégitime. Le droit constitutionnel est formel : un organe prorogé n'a pas la même autorité démocratique qu'un organe élu.

Pourquoi cette réforme change tout

La création d'un vice-président nommé rompt avec les principes fondamentaux du suffrage universel. Dans les démocraties fonctionnelles, les postes de succession au pouvoir sont soumis au vote populaire ou à des mécanismes de contrôle indépendants. Ici, le président désigne lui-même son successeur potentiel.

Cette logique n'est pas nouvelle au Cameroun. Depuis 2008, la trajectoire est constante. La suppression des limites de mandats a ouvert la voie. Les révisions successives ont consolidé la concentration du pouvoir. Me Ngouana l'analyse comme un système cohérent : « Chaque modification législative semble taillée sur mesure. Ce n'est plus une Constitution pour le peuple, mais un bouclier pour un individu. »

Les mécanismes du verrouillage constitutionnel

Le verrouillage constitutionnel se définit comme le processus par lequel un pouvoir exécutif utilise les procédures légales pour se soustraire aux contraintes démocratiques. Au Cameroun, il opère en trois temps.

Premier temps : la prorogation des mandats parlementaires. Sans élection, l'Assemblée nationale devient un organe de validation, non de représentation. Deuxième temps : la révision constitutionnelle portée par cet organe fragilisé. Sa légitimité juridique est contestable, sa légitimité démocratique est nulle. Troisième temps : l'institution d'un vice-président nommé, qui concentre la logique de succession dans les mains du président sortant.

Me Ngouana identifie la cohérence de ce système. Chaque étape prépare la suivante. Le résultat est une architecture du pouvoir personnel construite pierre par pierre depuis 2008, dans les formes du droit, mais contre son esprit.

Ce que cela implique, maintenant et après

À court terme, la crise de légitimité institutionnelle s'accélère. Un parlement non élu qui modifie la Constitution produit une révision que de nombreux juristes estiment juridiquement fragile. Des recours sont possibles. Des contestations populaires aussi. La société civile camerounaise et la diaspora observent avec une attention croissante.

À moyen terme, l'enjeu est celui de la succession. Un vice-président nommé sans mandat populaire sera, le moment venu, perçu comme un héritier désigné plutôt qu'un dirigeant légitime. Cette fragilité originelle hypothèque la stabilité future du pays. 

Si aucun mécanisme de correction n'intervient, le Cameroun s'installe dans un régime hybride : les apparences formelles de la démocratie, la réalité d'un pouvoir personnel institutionnalisé.

La loi peut-elle encore protéger ce qu'elle est censée garantir ?

Me Ngouana pose la question en juriste. La réponse appartient au peuple camerounais. Une Constitution détournée de sa fonction première ne se répare pas par décret. Elle se répare par la mobilisation de ceux qu'elle est censée protéger. L'histoire africaine récente montre que ce chemin existe. Elle montre aussi qu'il est long, et rarement sans douleur.

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