-
© Camer.be : Par Alain Ndanga
- 01 Apr 2026 09:39:19
- |
- 357
- |
FRANCE :: Festival Paris Music : Deux légendes africaines sous le feu des projecteurs de la 10e édition
Vincent Mambachaka et So Kalmery ont illuminé les 21 et 22 mars derniers le Donjon du Château de Vincennes avec Contes et Paroles d’Afrique, une expérience musicale immersive mêlant récits, sonorités blues et chant inspiré.
Il fait très froid à l’intérieur du Donjon du Château de Vincennes, le 22 mars dernier. Le thermomètre affiche à peine 3°C. Aucun dispositif de chauffage n’est prévu. L’atmosphère évoque une chambre froide. Pourtant, dans ce décor, les regards admiratifs convergent vers deux figures majeures de l’art africain : le conteur et metteur en scène centrafricain Vincent Mambachaka, et le musicien, auteur-compositeur congolais de Kinshasa, So Kalmery.
Le duo capte d’emblée l’attention du public de la 10e édition du Festival Paris Music. So Kalmery ouvre la scène avec ses sons agréable à l’oreille et à l’esprit. Il met en valeur sa voix profonde, ses mélodies entraînantes et sa maîtrise virtuose de la guitare. Deux titres issus de son riche répertoire suffisent à mettre les spectateurs aux pas. Il poursuit avec un instrument singulier — un tuyau en bambou de Chine, inspiré des traditions musicales aborigènes d’Australie — ajoutant une touche d’étrangeté et de fascination. Cette séquence presque mystique introduit l’entrée en scène de Vincent Mambachaka.
Le conteur déploie alors toute l’étendue et la maitrise de son art. Sa diction précise, ses gestes maîtrisés et son éloquence polymorphe donnent corps aux récits. La complicité évidente avec So Kalmery donne de l’épaisseur à la performance, offrant au public une expérience à la fois esthétique et profondément humaine.
Vincent Mambachaka enchaîne les textes avec une aisance remarquable. Ses récits, tantôt empreints d’humour, tantôt porteurs de sagesse, s’ancrent dans une transmission vivante des valeurs humaines. À travers contes et maximes, il tisse un lien subtile entre tradition et modernité.
L’un des passages marquants, extrait de La Traversée, retient particulièrement l’attention : « La poule pond des œufs. Le serpent avale la poule. La mangouste mange le serpent. L’homme tue la mangouste. Mais la mort anéantit l’homme. »
Ce texte, repris et parfois anticipé par des enfants assis sur des coussins à même le sol, crée une interaction saisissante. On croirait à une répétition soigneusement orchestrée. « C’est ça la force des contes », confie un spectateur, visiblement conquis.
Le spectacle joue également avec les attentes du public. Ainsi, un adage bien connu — « La raison du plus fort est toujours la meilleure » — est ici déconstruit avec audace. Vincent Mambachaka propose une lecture inversée : « La raison du plus fort n’est jamais la meilleure », invitant à une réflexion critique sur les rapports de pouvoir.
Dans un autre registre, le conteur évoque la Charte du Mandé, dont il synthétise certains principes fondamentaux. Parmi eux : « Toute vie est une vie. Il est vrai qu’une vie apparaît avant une autre, mais aucune n’est plus ancienne, plus respectable ou supérieure à une autre. » Un message universel, profondément humaniste, qui résonne avec une acuité particulière.
Enfin, il relate une anecdote saisissante autour du dirigeant ougandais Idi Amin Dada. Ce dernier, au cœur d’une nuit agitée, envisage de rebaptiser son pays à son propre nom (Idi). Lors du conseil des ministres, seule une voix ose s’opposer à cette idée, au risque de sa vie. Son argumentaire reposant sur le fait que l’on les appellera désormais des « Idiots », calqué sous l’appellation de Chypriotes pour les habitants de Chypre. Contre toute attente, cette audace sera saluée par le président lui-même, qui y reconnaît une preuve d’intelligence. Une leçon sur le courage face à l’autorité et la nécessité de dépasser la peur.
Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp
Lire aussi dans la rubrique MUSIQUE
Les + récents
Viols en série à Nkoabang : trois suspects arrêtés et présentés à la presse à Yaoundé
Criminalité financière au Cameroun :Interpol et la SRC déclarent la guerre aux 1000 milliards perdus
Yaoundé : une route bitumée en 48h révèle ce que nos dirigeants peuvent vraiment faire
Festival Paris Music : Deux légendes africaines sous le feu des projecteurs de la 10e édition
Constitution, REFORME, REVISION, TOILETTAGE: Le message de Shanda Tonme aux députes
LE DéBAT
Afrique : Quel droit à l'image pour les défunts au Cameroun ?
- 17 December 2017
- /
- 232081
Vidéo de la semaine
évènement
