Drame de Buea : La presse encore sur le banc des accusés
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Le porte-parole du gouvernement accuse les journalistes d’aggraver le climat socio-politique dans les régions en crise. Certains directeurs de publication s’indignent et dénoncent le fait qu’à chaque fois la presse soit prise pour cible par les autorités gouvernementales.

Le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi accuse certains médias de jeter l’huile dans le feu, en travestissant de manière ostentatoire les faits, dans le but de provoquer un soulèvement populaire, voire un chaos social. Sa sortie intervient 24h après le drame survenu ce 14 octobre 2021, incident au cours duquel à une jeune écolière de 6 ans a trouvé la mort sur le chemin de l’école. Ce fait macabre est survenu dans la ville de Buea dans le Sud-Ouest, une région en proie à une crise socio-politique depuis 2016.

La petite fille se rendait à l’école lorsqu’elle a été atteinte au niveau du crâne par une balle. Le responsable de la communication du ministère de la Défense, a évoqué le refus d’obtempérer du conducteur du véhicule de se soumettre à un contrôle d’un check point, avant de reconnaître que la réaction du gendarme était inappropriée et disproportionnée. Ce gendarme a ainsi ouvert le feu sur le véhicule et la fillette qui était l’une des occupantes a été mortellement atteinte. Suite à ce drame, le gendarme a été bastonné à mort par une foule en colère. Les autorités gouvernementales annoncent l’ouverture d’une enquête pour établir les responsabilités. Si le ministère de la Défense a qualifié ce drame de bavure causée par l’un de ses éléments, les associations de défense des droits de l’homme dénoncent ces nombreux cas des violations des droits de l’homme perpétrés par certains éléments de l’armée camerounaise.

Dans un communiqué de presse rendu public le 15 octobre 2021, le ministre de la Communication relève que : « le gouvernement condamne sans réserve cette dérive professionnelle qui transgresse les règles fondamentales de l’exercice du métier de journalistes, au moment même où, le monde entier célèbre la journée internationale de l’accès à l’information ». Le ministre ajoute dans son communiqué que le rôle de la presse est d’informer les populations sur les faits de la vie publique. Mais elle doit le faire en toute considération de la stricte véracité des faits et de la responsabilité sociale qui lui incombe, en matière de sauvegarde de la paix de la tranquillité publique.

Bien que le communiqué du ministre n’indexe aucun média, ce n’est pas la première fois que le gouvernement accuse certains organes de presse qui tentent de faire leur travail avec professionnalisme d’aggraver la situation dans les deux régions en crise par la qualité du traitement de l’actualité. En mars 2020, plusieurs organes de presse à l’instar d’équinoxe Tv, de Stv et le quotidien le Jour ont été accusés par le ministre Paul Atanga Nji de jouer un mauvais rôle dans la crise anglophone.

Le ministre de l’Administration territoriale accusait ces médias d’être de connivence avec certaines ONG des droits de l’homme pour déstabiliser le Cameroun. La sortie du ministre de la Communication est qualifiée par certains journalistes professionnels comme une atteinte à l’article 19 de la déclaration universelle des droits de l’homme qui dispose : « Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considération de frontières, les informations et les idées par quelques moyens d’expression que ce soit ».

Non à l’instrumentalisation

Christophe Bobiokono, directeur de publication de l’hebdomadaire Kalara ne tolère pas de voir la presse être prise chaque fois pour cible par certaines autorités gouvernementales : « C’est dommage de prendre la presse comme cible les réseaux sociaux ne sont pas la presse. Ce n’est pas la presse qui a créé l’évènement. Mais nous devions aussi reconnaître que certaines choses qui mérite un recadrage. Les autorités de régulation dans notre pays organisent chaque fois des cadres de discussion au cours desquels les solutions aux problèmes sont trouvées. Le ministère de la Communication, le Conseil national de la Communication et le ministère de l’Administration territoriale doivent éviter de parler à la presse en termes d’injonction. Les acteurs de la corporation doivent être associés à la recherche des solutions aux problèmes de dérives langagières dans la presse. Nous ne pouvons pas nier le fait que les dérives n’existent pas. Il est important qu’un cadre de discussion soit trouvée en interne pour en discuter », propose Christophe Bobiokono.

Le Syndicat des journalistes du Cameroun (SNJC), pour sa part crie à l’instrumentalisation de la presse par les autorités gouvernementales. Jean Patient Tsala, secrétaire général du SNJC pour le Centre affirme : « Le problème que nous avons dans notre secteur d’activité c’est le fait que les autorités ont réussi à instrumentaliser la presse. La presse instrumentalisée est au service du pouvoir et parfois on a du mal à distinguer à quelle presse s’adresse un membre du gouvernement.

Celle qui fait bien son travail n’a rien à se reprocher car elle travaille selon les règles de l’art. Cette presse n’est pas le relai passif de certains manipulateurs. Le syndicat organise chaque fois les formations pour sensibiliser ses membres aux règles de professionnalisme dans un contexte de crise. » « L’objectif du ministre était de faire comprendre aux journalistes le caractère sensible de ce drame au cours duquel nous avons perdu deux Camerounais.

Le ministre a fait cette sortie parce que certains confrères ont laissé entendre que le gendarme était sorti ce jour avec pour but de commettre un tel acte. L’objectif du ministre c’est d’éviter de remonter les populations contre l’armée à travers les parutions des journaux. L’objectif était d’appeler les journalistes à la mesure », explique Denis Ombga, directeur de l’Observatoire des médias et de l’Opinion au ministère de la Communication.

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