Moloundou : Deux localités coupées du reste du pays
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Les villages Ntongo’o et Adjali de cette unité administrative sont isolées depuis deux années. Le bac qui assure la traversée du fleuve Ngoko est en panne.

Ntongo’o et Adjali, deux localités de l’arrondissement de Moloundou sont totalement coupées du reste du                  pays.Pour raison, le bac qui assure la navigation sur le fleuve Ngoko est en panne depuis deu xans. En effet, ces deux localités camerounaises sont entourées par deux fleuves : la Ngoko,côté camerounais et la Sangha, côté congolais. Et depuis deux ans, les populations sont comme prises en otage faute de bac, car l’ouvrage a cessé d’effectuer la rotation entre la côte (Moloundou) et ses localités à cause des défaillances mécaniques.

« Depuis plus de deux ans nous sommes prisonniers ici. Il est difficile de nous rendre à Moloundou, la traversée n’est plus aisée et cette situation nous a totalement paralysés », laisse entendre François de Paul Osséla, 1er notable à la chefferie de Ntongo’o. Les localités enclavées disposent pourtant plusieurs services administratifs à l’instar de l’école primaire, un centre de santé, un poste de gendarmerie, un poste de douane, un poste agricole et bien d’autres. Certaines de ces structures sont carrément cadenassées alors que celles qui fonctionnent souffrent d’un manque de personnel et de matériel.

« Il est impossible d’assurer une bonne prise en charge à un malade ici, le centre n’a rien même pas le moindre thermomètre », indique Blaise. A, chef du centre de santé d’Adjali. Le technicien explique par la suite au reporter du journal Le Jour : « Le non fonctionnement du centre de santé est l’une des causes du taux de mortalité élevé qu’on enregistre ici. À cela s’ajoute l’absence des médicaments dans la localité car il n’y a pas de pharmacie. Il y a aussi les difficultés d’évacuation des malades que nous référons à Moloundou,plus de la moitié décède à la traversée. Ce tableau sombre est identique dans le secteur de l’éducation. À l’école publique primaire à cycle complet la cinquantaine d’élèves est encadrée par le Directeur de l’école et son épouse. À eux se greffe un maître des parents :

« C’est très difficile. Nous sommes trois, mon épouse est au niveau 1, le maître des parents est au niveau2, et moi je m’occupe du niveau3 », explique Olembé le directeur de l’école publique. Il ajoute : « l’école fonctionne, mais on a des difficultés liées à nos candidats au CEPE. L’année dernière nos enfants ont eu du mal à passer les épreuves physiques et sportives au CEPE ». Les populations riveraines essentiellement agricoles n’arrivent pas à écouler leurs produits sur les grands marchés, elles sont obligées de se reconvertir à la pêche. Tom Gervais, un riverain du village Adjali raconte : « nous ne cultivons plus les grandes surfaces par ce que la demande est faible. Les plantations nous permettent seulement de ravitailler nos familles, nous préférons faire la pêche par ce qu’on peut fumer le poisson et le conserver longtemps jusqu’à l’arrivée des acheteurs ».

La traversée à pirogue

La non activité du bac a favorisé le développement d’une activité très florissante malgré son risque. Il s’agit de la traversée par pirogue. Ici, ce sont les jeunes garçons dont l’âge varie entre 15 et 30ans qui assurent la traversée des populations à l’aide des pirogues moyennant une somme qui varie entre 2000 et2500 Fcfa.  « Le coup de la traversée n’est pas à la portée du citoyen moyen ici, dépenser 5000 Fcfa pour aller et revenir n’est pas à la portée de tout le monde car le pouvoir d’achat des populations est très faible », explique Jérôme Harlequin Fouda le chef de poste agricole. Les piroguiers trouvent le maximum de leurs clients parmi les riverains et ils gagnent bien leurs vies car l’activité nourrit son homme.

« Le gain en fin de journée dépend de la fréquence des personnes qui vont à Moloundou poursuivre leurs dossiers, c’est facile de faire 20000 à 30000 Fcfa de recette par jour. Bref, tout dépend de la fréquence des clients, je peux vous dire qu’on ne se plaint pas », confesse Jean Pierre Ndjiha un piroguier. Ces derniers, sur les 50 minutes que dure la traversée bravent de nombreux risques mais, ils ne désarment pas. Jean Pierre confie : « c’est vrai que de temps en temps il y a des accidents, certaines pirogues se renversaient quand on utilisait des pagaies. Depuis que nous utilisons des pirogues à moteurs personne n’a encore chaviré ».

Des bailleurs de fonds

A la délégation départementale des travaux publics de la Boumba et Ngoko, c’est le mutisme total. Personne n’ose aborder le sujet avec le reporter de Le Jour. Une jeune dame, pensionnaire de ce service qui requiert l’anonymat nous lance en passant:  «le fait que le bac ne fonctionne pas profite à beaucoup de personnes dans cette maison car, ce sont ces personnes qui ont injecté les pirogues à moteurs pour assurer les traversées ».Une assertion que semble confirmer Jean Pierre Ndjiha:  «Il y a des personnes qu’on appelle bailleurs de fonds qui nous soutiennent dans l’acquisition des moteurs pour monter nos pirogues », avoue sans autre explication le piroguier. Au vue des sommes d’argent que les uns et les autres brassent du fait de la non opérationnalité du bac, tout laisse présager que la remédiation de la panne n’est pas pour demain car cette situation profite à certains au détriment de l’intérêt de toute la société.

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