Vers une nouvelle autorisation d’importation des découpes de poulets congelés ?
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CAMEROUN :: Vers une nouvelle autorisation d’importation des découpes de poulets congelés ? :: CAMEROON

Deux jours seulement après l’enterrement de Bernard Njonga, le Ministre camerounais de l’élevage, des pêches et des industries animales (MINEPIA) a signé une lettre très controversée à l’intention de l’ambassadeur du Brésil au Cameroun portant « Agrément pour l’importation des produits aviaires ». 

Cette lettre suscite beaucoup d’interrogation au moment où la filaire avicole au Cameroun reprenait progressivement son envol après de multiples péripéties. En effet, cette filière brasse annuellement un chiffre d’affaires d’environ 300 milliards et emploie près de 110 000 personnes. Elle représente de source officielle environ 35% de la production totale de viande au Cameroun et environ 2% du PIB national. Une menace dans ce secteur impacterait donc directement l’économie camerounaise. La question qui nous préoccupe est donc de savoir ce qu’implique la lettre du MINEPIA datée du 22 mars 2021.

Comme vous le savez, l’ACDIC assure le suivi-évaluation des mesures de justice prise en 2006 par un autre MINEPIA pour lutter contre la concurrence déloyale que menaient les produits importés à la filière nationale. Il va de soi qu’une telle lettre du MINEPIA ne peut que nous intriguer.

Intrigue N°1 : A ce jour, les inputs n’étaient pas interdits d’importation au Cameroun. D’où vient-il que le MINEPIA se retrouve à écrire une lettre à l’Ambassadeur du Brésil pour marquer un quelconque Accord. Côté MINEPIA, ils disent avoir écrit cette lettre à la demande de l’Ambassade. What for ? Quel est l’usage que va en faire l’Ambassade du Brésil ? Pour rappel, les découpes de poulets congelés qui entraient au Cameroun provenaient de 19 pays dont le Brésil. Question : Pourquoi le Brésil a-t-il besoin d’une lettre spécifique ? Une chose est sûre ; c’est que le MINEPIA a agi sous pression. Affaire à suivre de près !

Intrigue N°2 : Le MINEPIA a laissé un flou artistique sur ce qu’il entend par « produits et sous-produits aviaires ». Côte MINEPIA, il s’agit de ce qu’on appellerait « matières premières (input) » : Vous pouvez y mettre les œufs à couver (OAC) ou poussins d’un jour par exemple. Mais, rien en l’état ne permet de savoir si les découpes de poulets congelés ne font pas partie des produits aviaires autorisés. Une clarification s’impose !

Intrigue N°3 : Quelle est la valeur d’une lettre dans la hiérarchie des normes juridiques ? Surtout que dans la même lettre, le MINEPIA rappelle à l’Ambassadeur les conditions d’obtention de l’agrément dont le fameux « avis technique ». Finalement, à quoi renvoie ce fameux « Accord » donné par le Ministre ? Quelle est la raison d’être de la Lettre ? Tout est flou.

Vous voyez qu’il y a au moins trois points à éclaircir. Le problème avec ce MINEPIA depuis sa mauvaise gestion de la grippe aviaire de Mars 2016, est qu’il prend des décisions disproportionnées, inopportunes et à la limite du droit. En d’autres termes, ses actes sont souvent en violation des principes de légalité, de proportionnalité et d’opportunité qui gouvernent la décision publique. En l’état, sa lettre a une valeur juridique très discutable. C’est pourquoi, nous ne pouvons que formuler une mise en garde citoyenne.

Mise en garde 

La décision N°0028 MINEPIA du 16 mars 2006 portant interdiction des importations de poulets congelés, renforcée par la décision N°00164 MINEPIA du 25 juillet 2006, a été le fruit d’une très longue lutte sociale. Elle s’appuyait sur la loi N°98/012 du 14 juillet 1998 contre le dumping et la loi N°98/13 du même 14 juillet 1998 instituant la concurrence (loyale). Cette décision patriotique avait été prise au plan sanitaire parce que 83,5%  des poulets congelés étaient impropres à la consommation humaine, 25%  étaient porteurs de salmonelles et 23% de Campylobacter selon une analyse bien documentée du Centre Pasteur  de Yaoundé. Au plan économique, cela permettait au Cameroun de gagner 18 milliards dans les pertes en devises. Cette décision est considérée au Cameroun comme étant un acquis social, économique et politique. Le fait de revenir sur une telle décision serait une menace grave à la stabilité sociale au Cameroun. Ce soir, l’ambiance n’était pas très sereine au sein de l’Interprofession avicole (IPAVIC). Les interprétations de la lettre du MINEPIA étaient diverses. Il est urgent pour le Ministre d’affiner sa communication et d’y apporter des précisions nécessaires. La question est simple : le poulet congelé fait-il partie des produits avicoles autorisés ? 

Juste à titre de rappel, un autre MINEPIA très arrogant avait déjà été limogé suite à cette affaire de poulets congelés. On ne le souhaite plus à personne car, la filière semble dire encore qu’elle ne se laissera pas faire.

Recommandation 
Comme vous le savez déjà, le moins cher est cher. Il convient pour le gouvernement camerounais de prendre une fois pour toute des mesures structurelles nécessaires pour le développement local de l’aviculture camerounaise. Aucune solution durable ne viendra de l’extérieur ! Soyons courageux et attaquons le mal à la racine. Investissons chez nous. Cessons de croire que la malbouffe est la solution pour la sécurité alimentaire au Cameroun.
 
Nous restons entièrement disponibles pour apporter notre contribution citoyenne à l’édification de l’économie nationale.

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