Sanou Domba : Une virtuose burkinabé de la kora encore méconnue
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Burkina Faso :: Sanou Domba : Une Virtuose Burkinabé De La Kora Encore Méconnue

 

Désigné par ses pairs « maître de kora », il maitrise le jeu, la science et l’histoire de cet instrument qu’il utilise pour soigner des âmes malades.

Plus connu sous le nom de Tiekorkora, le Burkinabé Sanou Domba, est un musicien né, un joueur et innovateur de kora. Pas très connu en Afrique si non au Burkina-Faso, Tiekor manie la kora avec dextérité et virtuosité. Son doigté particulier allie  les couleurs et modes du Mali, de la Gambie, du Sénégal et des deux Guinées (Bissau et Conakry). 

A l’occasion de la cérémonie d’ouverture de la 16e édition de la Rencontre internationale de l’art contemporain -Gnanamaya, le 22 janvier dernier à la Maison de la culture de Bobo Dioulasso, Sanou Domba a confirmé tout le bien que l’on connait de lui. Entre deux allocutions, la kora résonnait pour bonifier la cérémonie. Après la phase protocolaire, tous les participants devraient se prêter au jeu des présentations. A son tour, Tiekord l’a fait avec sa kora. Cela donnait l’impression d’un message qui a été cerné par tous. Il s’exprime aussi en plusieurs langues (français, djoula) qu’il le fait également avec cet instrument à cordes. Il le dit de ses propres mots : « la kora c’est la langue ». 

Né dans une famille de forgerons, de fabricants d’instruments et de griots, son histoire avec la kora commence en 1997. Il est membre d’une fratrie de six enfants (deux filles et quatre garçons), tous des artistes dans différentes expressions (danse, cinéma, musique). Lui-même acteur dans le film « De plus en plus loin », produit par Canal+. 

Tiekord innove dans la fabrication de la kora. Généralement, la kora est constituée d'une grosse demi-calebasse de 40 à 60 cm de diamètre, évidée et percée d'un trou de 10 cm de diamètre en guise d'ouïe (dans la partie supérieure droite). Deux autres trous (au-dessus et en dessous) permettent de faire passer le manche à travers la calebasse. Les cordes nylon reposent sur un grand chevalet en bois, maintenu sur la peau par la seule pression des 21 cordes. Tiekord indique qu’au départ, il y en avait 22 cordes ; mais cette 22e est enlevée pour rendre hommage au maitre de la kora.

Ayant fait le tour des koras existantes, il arrive à monter à en monter celles à deux ou à trois manches il y a 20 ans de cela. Tiekord déclare être allé à l’Oapi breveter cette innovation, mais regrette de n’avoir pas été soutenu dans cette démarche par des autorités d’alors du Burkina-Faso. Il se réjouit tout de même d’avoir exposé sa création au Musée de la musique et d’avoir été approché par le Snc pour proposer des œuvres et où il a déposé par la suite ses créations au bureau des droits.

Améliorations techniques

Un temps passé avec Tiekord permet de connaitre comment cet instrument a évolué dans sa fabrication. Dans sa facture traditionnelle, l’instrument se trouve limité par sa modalité fixe. La kora ne connaît pas de mécanique permettant le passage d'une tonalité à une autre : il faut jouer d'un bout à l'autre dans une gamme donnée. Ainsi, des améliorations techniques ont été réalisées par le frère bénédictin Dominique Catta de l’Abbaye de Keur Moussa pour permettre cette évolution de l'instrument.

De 1974 à 1982, le père Dominique Catta a effectué des modifications sur le profil de la hampe. Celle-ci a dû être allongée pour pouvoir disposer les 21 clés nécessaires. Après 1982, des mécanismes de guitare sont ajoutés à la hampe pour régler la tension des cordes avec précision. Les clés de violon sont remplacées par des mécaniques de guitare à bain d'huile. Ces ajouts donnent la possibilité d’une kora « chromatique ». Aujourd’hui, un système permet de changer chaque corde d’un demi-ton.

Mais selon la légende, la première kora était l’instrument personnel d’une femme-génie qui vivait dans les grottes de Missirikoro au Mali. Impressionné et ému par la musique de l’instrument, un grand chef de guerre, Tiramakhan Traore, décida d’en déposséder la femme-génie. Aidé de ses compagnons de chasse, Waly Kelendjan et Djelimaly Oulé Diabaté, il récupéra l’instrument qui échut à Djelimaly, le griot du groupe. Djelimaly la transmit à son fils Kamba. Et ainsi elle passa de père en fils jusqu’à Tilimaghan Diabaté qui l'introduisit au Mali.

Jeux de la Francophonie

Grâce à la kora, Tiekord a tourné dans plusieurs pays du monde pour des concerts et des spectacles.  Il a été surtout aux côtés de son frère ainé dans plusieurs shows live aux Etats-Unis et en Europe. Il se souvient comme si c’était hier, des jeux de la Francophonie de 2024, où avec son groupe, ils ont été classés 3e dans la catégorie danse, derrière le Cameroun (1er) et le Canada (2e). 

Il compte désormais parmi les grands joueurs de kora d’Afrique. L’on peut citer des devanciers tels que Lamine Konté, qui est le griot qui a le plus popularisé la musique mandingue, Djelimady Sissoko, Toumani Diabaté, Ballaké Sissoko, Ablaye Cissoko, Soriba Kouyaté, Seckou Keita, Sekou Kouyate (le « Jimi Hendrix de la kora »12), Papa Susso, Ba Cissoko, Foday Musa Suso, Prince Diabaté, Yancouba Diebaté ou des virtuoses de la nouvelle génération telles que Sidiki Diabaté, fils de Toumani Diabaté ; Ali Boulo Santo qui a rajouté des pédales d'effets (wah wah, flanger) sur son instrument, ainsi que Djeli Moussa Diawara, qui a 32 cordes à son instrument, sans oublier Ousmane Kalil Kouyaté, Kandia Kouyaté du groupe Kanjha kora, et Zoumana Diarra, qui a 44 cordes à son instrument. Comme interprète féminine peut être citée Sona Jobarteh.

45 villages du Cameroun

Les décès du père en 1998 et de la mère en 2003, ouvrent la voie à d’autres réalités de la vie. Il fallait travailler pour subvenir aux besoins de la famille. Le comptable informaticien de formation est rattrapé par la tradition. Il n’arrive pas à se défaire du choix des ancêtres porté en lui pour perpétuer et prendre le relai des liens séculaires. « Si tu refuses la forge, elle te rattrapera », indique-t-il. Il devra également dans la pure tradition, se mettre à la fabrication de la lance, « pas pour déclarer la guerre, parce qu’on est détenteur des pouvoirs mystiques de soins et aussi des chantres de la paix ». Il ajoute que « nous sommes gardiens des lieux sacrés de Bobo Dioulasso (2e plus grande ville du Burkina-Faso, dans la région des Hauts-bassins). 

Tiekord devra donc renoncer aux tournées internationales avec sa kora pour se lancer à la recherche des plantes médicinales. Il précise avoir parcouru à cet effet, plus de 45 villages du Cameroun et plusieurs aussi dans d’autres d’Afrique.

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