Gabon, les coulisses du coup d’état raté
Gabon, les coulisses du coup d’état raté
 
GABON :: POINT DE VUE
  • mondafrique : Jocksy Ondo Louemba
  • vendredi 08 novembre 2019 08:09:00
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Gabon, les coulisses du coup d’état raté

Le 7 Janvier 2019, le Lieutenant Kelly Ondo Obiang à la tête d’un petit commando lance un appel à l’insurrection sur les ondes de la Radiodiffusion publique du Gabon. Un an plus tard, Mondafrique revient ce qui s’est réellement passé ce jour-là.

Lundi 07 Janvier 2019, le Gabon se réveille avec la gueule de bois. Des militaires de la Garde Républicaine . La garde prétorienne du régime ont pris d’assaut la « Maison Georges Rawiri » le complexe qui abrite la radio et la Télévision et annoncent par la voix de leur chef de 24 ans le Lieutenant de la Garde Républicaine (et commandant adjoint de la Garde d’Honneur) Kelly Ondo Obiang « L’instauration d’un conseil national de la restauration » pour « sauver la démocratie en péril ». Ces militaires appartiennent au « Mouvement patriotique des jeunes des Forces de défense et de sécurité du Gabon » et par la voix de leur leader demandent aux militaires « De se procurer par tous les moyens une arme et des munitions », « de prendre le contrôle de toutes les casernes » et de tous les endroits stratégiques du pays et aux civils en particulier aux jeunes de « prendre le contrôle de rue ». Le fait n’est pas inédit mais la dernière fois que les militaires étaient passés à la radio pour annoncer un changement de régime, c’était le 18 Février 1964 et rare sont les gabonais qui s’en souviennent.

Un commando de 4 hommes…

Contrairement aux chiffres annoncés, le commando du lieutenant Kelly Ondo Obiang n’était composé au départ que de 4 hommes en plus de lui-même : des adjudants Dimitri-Wilfried Nze Mekom, Estimé Bidima et du Sergent Etienne Nze tous de la Garde Républicaine.

Ce sont ces hommes qui vont à 4h du matin neutraliser sans effusion de sang les gendarmes responsables de la sécurité de la télévision et prendre le contrôle de la Radio.

Ne trouvant aucun technicien sur place et ne sachant pas utiliser le matériel de la radio, Le lieutenant Kelly Ondo Obiang et ses hommes devront attendre l’arrivée des techniciens à 5h15 et pouvoir diffuser leur message à 5h30. A 6 heures, Kelly Ondo Obiang – entre-temps rejoint par l’adjudant de gendarmerie Simon Pierre Ekong – ordonne à ses hommes de prendre position. Deux restent avec lui et deux (L’adjudant Simon Pierre Ekong et le Sergent Etienne Nze Cekirge) prennent position sur le toit. L’ancien élève du Prytanée militaire de Libreville sait sa position intenable mais il espère que les militaires répondront à son appel. Il pense alors que l’enjeu est de tenir la position comme un signe d’engagement et aussi de ralliement. Mais il se trompe, aucun militaire ne le suivra.

La réaction des loyalistes

Dès 5h du matin, les autorités militaires du Gabon sont au courant de l’action du Lieutenant Kelly Ondo Obiang et de ses hommes, dans une réunion d’état-major elles décident d’un plan qu’elles soumettent aux autorités civiles. Participant à cette réunion de crise et particulièrement affecté par cette action menée par des éléments de la garde républicaine ayant à leur tête un ancien enfant de troupe d’un établissement fondé par Ali Bongo lui-même, le Lieutenant-Colonel Frédéric Bongo décide de prendre part activement à l’assaut qui est décidé.

A 6h30 des blindés du Groupement Blindé d’Intervention quittent leur base à proximité de l’aéroport et prennent position autour du Centre de Radiodiffusion et de télévision du Gabon. Ils sont accompagnés des éléments de la gendarmerie du Gabon, de la police et de la garde républicaine notamment de l’Unité d’intervention avec dans ses rangs le Directeur Général des Services Spéciaux en personne. Dès leur arrivée, les blindées appuyés par des hélicoptères de la Garde Républicaine ouvrent le feu et tentent de déloger le commando positionné au tour de l’édifice par des tirs à l’arme lourde en direction du bâtiment, sans tentative de négociation, sans aucune sommation et malgré la présence du personnel civil à l’intérieur de l’édifice, en toute violation des règles d’intervention en cas de trouble et de proportionnalité dans l’usage de la force armée.

Les insurgés n’ayant en leur possession que des armes individuelles de type AK 47 et M14 répliquent et espèrent toujours recevoir un appui de leurs frères d’armes et de la population. Mais aucun militaire ne rejoint les insurgés et si des civils essaient d’ériger des barricades, celles-ci sont très vites détruites et la foule dispersée sans ménagement.

L’assaut final

A 9h30, l’assaut est donné. Appuyé par les tirs d’hélicoptères et des blindés, le Colonel Frédéric Bongo à la tête de l’unité d’intervention de la Garde Républicaine pénètre dans le bâtiment, suivie par le GIGN et des éléments de la BAC du Gabon. A l’intérieur, le lieutenant Kelly Ondo Obiang ordonne le repli vers la salle de réunion qui se trouve au cœur du bâtiment. Deux membres du commando y conduisent les gendarmes de la garde et le personnel de la radio.

L’unité d’intervention de la GR ayant investi le bâtiment, ne tarde pas à trouver la salle de réunion dans laquelle est regroupé deux membres du commando, l’ensemble des journalistes, et de 5 des six gendarmes présents. Tous sont sommés de sortir de la salle, les mains en l’air, ce qu’ils firent tous.

Les hommes en noir cagoulés de l’unité d’intervention de la GR tentent alors d’isoler les 2 membres du commando Putschiste présents afin de les exécuter. Ces derniers sont sommés de s’agenouiller les mains sur la tête, des armes pointées sur eux dans leur dos, ces derniers n’ont la vie sauve que grâce à l’intervention d’un colonel expatrié de la Garde Républicaine qui leur donne ordonne : « Ne faites pas cette bêtise, baissez vos armes, il y a des journalistes gabonais qui ont assisté à leur interpellation ».

Le Sergent Etienne Nze Cekirge de la garde républicaine et l’adjudant Simon Pierre Ekong de la Gendarmerie gabonaise ont moins de chance, rejoints par des éléments de l’unité d’intervention de la Garde Républicaine du Gabon, ils sont exécutés sommairement.

La traque du lieutenant

Après l’assaut, le Lieutenant Kelly Ondo Obiang, chef de du commando des insurgés est toujours introuvable. L’unité d’intervention de la GR, fouille minutieusement le bâtiment à la recherche du chef du commando, en vain.

Aux environs de 10h les deux membres du commando et certains journalistes sont conduit à la Direction Générale des Services Spéciaux dans l’enceinte du Palais présidentiel pour y subir des interrogatoires.

En réalité le Lieutenant Kelly Ondo Obiang n’a pas quitté l’enceinte du bâtiment, il se trouve à côté du transformateur dans l’enceinte de la « Maison Geeorges Rawiri ». De sa position, il observe observait tous les faits et gestes de ceux qui sont à sa recherche. Il possède toujours son fusil d’assaut de type M16 et de plusieurs chargeurs pleins mais n’en fait pas usage. Selon un agent de la GIGN « Kelly aurait pu abattre plusieurs membres de toutes les unités et semer la panique et même endommager l’hélicoptère volant à basse attitude au-dessus de sa tête ».

La Reddition du Lieutenant Kelly Ondo Obiang

Vers 12h, Le lieutenant Kelly Ondo Obiang décide de se dévoiler à un agent isolé de la Police afin d’assumer les conséquences ses actes. Il est aussitôt mis aux arrêts et conduit à la Direction Générale des Contres Ingérences et de la Sécurité Militaire « Le B2 ». Alors qu’on le présente à la télévision en compagnie de ce qu’il reste de ses hommes pour prouver qu’il n’est pas un mythe et qu’il est bien aux arrêts, le lieutenant Kelly Ondo Obiang officier brillant à la carrière prometteuse mais soldat perdu a étrangement le regard d’un homme libre…

08nov.
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