AFRIQUE :: Longévité au pouvoir : Mo Ibrahim s’en prend aux potentats africains
AFRIQUE :: Longévité au pouvoir : Mo Ibrahim s’en prend aux potentats africains
 
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  • Mutations : Cyril Marcel Essissima
  • mardi 23 juillet 2019 10:59:00
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AFRIQUE :: Longévité au pouvoir : Mo Ibrahim s’en prend aux potentats africains

Le milliardaire iconoclaste soudanais ne cache pas son antipathie vis-à-vis des dirigeants qui s’éternisent à la tête de leurs pays.

« Trop de chefs d’État africains se croient irremplaçables et veulent rester éternellement au pouvoir, au mépris des lois et des institutions ». Cette phrase forte est du milliardaire anglo-britannique, Mohamed « Mo » Ibrahim, lors d’une interview accordée au magazine panafricain Jeune Afrique, dans sa parution de cette semaine. D’une froideur indicible, l’homme d’affaire critique avec véhémence certains dirigeants et systèmes politiques de plusieurs États africains, y compris le Soudan, son pays d’origine. À propos, il se satisfait du renversement de l’ancien président Omar el-Béchir dont le « régime islamiste était corrompu de toutes parts ». Pour lui, « cela a été merveilleux », dit-il, « en Algérie comme au Soudan, des gens se sont levés pour dire qu’ils en avaient assez. Je n’ai pas été surpris, parce que cela était devenu inévitable, mais j’ai été impressionné par la maturité politique des manifestants ».

Il ajoute que si les nouvelles autorités de Khartoum se montrent incapables de « juger » Béchir, « il faudra l’envoyer devant la Cour pénale internationale (Cpi) ». S’agissant de la République démocratique du Congo (Rdc), « Mo » considère que l’élection du 30 décembre 2018 « est une honte », estimant que « le vrai vainqueur, Martin Fayulu, a été écarté ». Dans le même ordre d’idées, l’anglo-soudanais prétend que « Joseph Kabila a choisi son président en la personne de Félix Tshisekedi et il continue de contrôler bon nombre de leviers du pouvoir, notamment le sénat ». Au Bénin, Patrice Talon en prend pour son grade car « il s’est transformé en dictateur », observe avec déception l’homme d’affaires.

Les bons grains

Néanmoins, tout n’est pas sombre en Afrique, à en croire Mo Ibrahim. Il salue au passage la gouvernance menée en Côte d’Ivoire par Alassane Ouattara qui « a vraiment fait du bon travail ». À ses yeux, le Rwanda de Paul Kagame fait partie des pays « qui affichent les meilleures performances économiques ». La particularité de ces deux pays est qu’ils ont connu une longue période de crise. Allusion faite ici à la guerre civile en Côte d’Ivoire et le génocide rwandais de 1994. Mais dans l’ensemble, le tableau n’est pas très reluisant en Afrique. Ce d’autant plus que « beaucoup de présidents tentent de faire de bonnes choses, mais choisissent les mauvais moyens pour parvenir à leurs fins », relève celui qui a bâti sa fortune dans les télécommunications. Il regrette par ailleurs « que de très vieilles personnes président encore aux destinées de ce continent ». Raison sans doute pour laquelle en douze ans, seulement cinq anciens chefs d’État se sont vus décerner « le prix Ibrahim pour la bonne gouvernance ».

Né en Nubie, au Soudan, en 1946, Mohamed Ibrahim mène sa s’est établi à Londres depuis 1974, d’où sa nationalité britannique. Avec une fortune estimée à 1,1 milliard de dollars (près de 980 millions d’euros), selon le magazine britannique Forbes, Mo est un ingénieur en électronique, pionnier du réseau de la téléphonie mobile en Europe et en Afrique, à travers sa société Celtel International. En 2006, il crée la Fondation Mo Ibrahim pour soutenir la bonne gouvernance et le leadership de qualité sur le continent africain. Ce richissime homme d’affaires à une vision immatérialiste et éphémère de la vie. D’où son proverbe fétiche : « les linceuls n’ont pas de poche. Tu nais nu, tu mourras nu. Une chose est sûre : je n’emmènerai pas ma Mastercard dans la tombe ! ».

23juil.
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