Quand le calendrier électoral devient l'arme d'un seul homme
CAMEROUN :: POLITIQUE

CAMEROUN :: Quand le calendrier électoral devient l'arme d'un seul homme :: CAMEROON

Au Cameroun, la démocratie a un problème d'agenda. Pas de programme, pas de date, pas de visibilité. Les élections législatives et locales promises au peuple camerounais semblent suspendues dans un vide institutionnel que ni la constitution ni la pression citoyenne ne parviennent à combler. La raison est simple, brutale, et rarement formulée aussi clairement : le calendrier électoral est devenu la propriété privée du pouvoir.

Biya ne convoquera pas les électeurs sans garanties politiques

La mécanique est désormais lisible. Le président Paul Biya ne déclenchera pas de processus électoral tant que l'équation politique ne lui sera pas favorable. Et au cœur de cette équation, il y a un acteur que le régime n'arrive pas à neutraliser : le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) de Maurice Kamto.

Le MRC reste, à ce jour, la principale force d'opposition structurée capable de transformer un scrutin en véritable confrontation politique. C'est précisément ce que le régime cherche à éviter. La stratégie n'est donc pas de gagner des élections, mais d'empêcher qu'elles aient lieu dans des conditions où elles pourraient être perdues.

Atanga Nji, le verrou du système

C'est là qu'entre en scène Paul Atanga Nji, ministre de l'Administration Territoriale, l'homme qui tient les clés du dispositif électoral camerounais. Sa mission non écrite est claire : trouver un mécanisme légal, réglementaire ou administratif permettant d'exclure le MRC du prochain cycle électoral.

Dissolution de parti, contentieux administratifs, obstacles à l'enregistrement des candidats, redécoupage de circonscriptions les outils ne manquent pas dans l'arsenal d'un régime qui a, depuis des décennies, perfectionné l'art de la manipulation institutionnelle. Mais jusqu'à présent, aucune de ces options n'a suffi à neutraliser durablement l'opposition.

Tant que cette neutralisation ne sera pas actée, les élections seront reportées. C'est la logique du système. Ce n'est pas une conspiration théorique : c'est la politique camerounaise dans sa réalité la plus nue.

Un État otage de sa propre survie

Ce mécanisme révèle une vérité profonde sur la nature du pouvoir à Yaoundé : la gouvernance camerounaise ne fonctionne plus selon un calendrier institutionnel, mais selon un calendrier de survie. Chaque décision, chaque report, chaque silence présidentiel s'inscrit dans une stratégie de conservation du pouvoir à tout prix.

Pour les citoyens, le coût est immense. Pas de représentation renouvelée. Pas de légitimité élective fraîche. Pas de débat public organisé. Les institutions se vident de leur substance pendant que les appareils de contrôle, eux, fonctionnent à plein régime.

Le report des élections n'est pas une parenthèse dans la vie démocratique camerounaise. C'est désormais la norme. Et cette norme a un visage, une signature, une adresse ministérielle.

Les enjeux dépassent le Cameroun

À l'heure où l'Afrique centrale traverse une série de crises de légitimité institutionnelle, le cas camerounais illustre une tendance lourde : la confiscation du processus électoral comme outil de maintien au pouvoir. Ce modèle, documenté par les observateurs régionaux et internationaux, inspire d'autres régimes et inquiète les partenaires de développement du pays.

La communauté internationale, qui ferme souvent les yeux sur les dérives de Yaoundé au nom de la "stabilité", devra tôt ou tard répondre à cette question : jusqu'où peut-on soutenir un régime qui utilise l'administration comme arme contre ses propres citoyens ?

La vraie question n'est pas de savoir si les élections auront lieu. Elle est de savoir si, lorsqu'elles auront lieu enfin, il restera encore une opposition pour les contester.

Dans un pays où l'État choisit ses adversaires avant de convoquer les électeurs, peut-on encore parler d'élections ?

Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp 

Lire aussi dans la rubrique POLITIQUE

Les + récents

partenaire

Vidéo de la semaine

évènement

Vidéo


L'actualité en vidéo