GABON :: Le féminisme dans "Secrets de femmes en héritage" de Jean Mathieu Angoué-Ondo :: GABON
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GABON :: LIVRES
  • Correspondance : Palabre Intellectuelle
  • dimanche 21 juillet 2019 10:48:00
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GABON :: Le féminisme dans "Secrets de femmes en héritage" de Jean Mathieu Angoué-Ondo :: GABON

"Secrets de femmes en héritage" de Jean Mathieu Angoué-Ondo, c’est la fabuleuse histoire de Marie-Paule Ondo – Apprentis psychanalystes, s’abstenir un peu ; ça peut arriver, une simple ressemblance ou coïncidence patronymique entre l’auteur et son héroïne.

Voici, messieurs, un livre qui pourrait vous amener à reconsidérer la question de la nature de vos rapports avec la gent féminine. Il se pourrait qu’en refermant cet ouvrage, vous en veniez à vous demander si c’est vous qui possédez votre femme (y compris dans l’alcôve), ou alors c’est elle qui vous possède. Au fait, comment dit-on encore "phallocratie" au féminin ?

Huhum. Ça sent le féminisme à mille lieux. Féminisme ? Euh… pas forcément ; du moins pas comme on veut l’entendre dans le monde moderne : intimidant, amazone, plus gracieux et intelligent que le mâle, prompt à coller l’étiquette de « porc » à ces hommes du Neandertal qui n’ont toujours pas compris que l’amour tout comme le désir et autre libido doit être aujourd’hui « politiquement correct ». Mais féminisme quand même. Disons un féminisme « soft » ; on serait tenté de dire un féminisme à l’africaine, ou mieux à l’ancienne, parce que les Africaines elles aussi évoluent avec le temps, voyez-vous. Ce féminisme-là qui consiste ou consistait à faire accroire à l’homme qu’il était le coq de la volière, alors qu’en vérité sa femme le menait par le bout du nez, ou du moins parvenait par des manœuvres douces et subtiles à lui faire faire exactement ce qu’elle voulait. Ça vaut aussi pour les maîtres du monde, les princes et les empereurs ?... Parce que dans ce cas il faudrait peut-être questionner la responsabilité de la femme dans les nombreuses guerres, fratricides pour certaines, que l’humanité a connues tout au long de l’Histoire.

Voici quelques extraits des « Secrets de femmes » de Jean Mathieu Angoué-Ondo (Bien-aimés bonshommes, soyez et restez toujours humbles devant les maîtresses de l’Univers) :

« C’est nous qui donnons la vie. Le spermatozoïde s’est à peine agrippé au tissu que, dès cet arrimage, nous assumons la charge éternelle et universelle de gérer l’embryon, de donner la vie et de la conserver dès sa naissance. Nous sommes le dernier rempart de l’Humanité. »

« Nous, femmes, avons le devoir, le pouvoir de rendre immaculé, brillant, étincelant, tout ce que nous touchons […] En tant que femme, tu portes en permanence sur ton dos un panier percé, dans lequel tu jettes tout ce dont tu veux te débarrasser… »

« Le pouvoir d’une femme est dans sa capacité à susciter le désir sans le provoquer. Aucune femme digne de ce nom n’a besoin de se dénuder pour exercer un quelconque attrait sur les hommes : ils portent en eux l’art d’imaginer. Alors, stimule leur imagination ! »

Vu sous un autre prisme, le roman de Jean-Mahieu Angoué-Ondo peut aussi apparaître comme un message d’espoir et d’encouragement à l’endroit de la femme, et notamment de la jeune femme, qui évolue dans un univers pas toujours à son avantage dès la tendre enfance. A travers cette merveilleuse « success story » de Marie-Paule, son héroïne de modeste naissance qui parvient à réaliser ses rêves les plus fous, jusqu’à la superfétation, malgré une expérience traumatisante vécue à la fleur de l’âge, l’auteur a peut-être voulu dire à ses lectrices que la femme qui veut vraiment se faire une place au soleil peut y arriver, à condition d’être pleinement consciente de ses atouts naturels et d’en faire bon usage à cet effet : grâce féline, intelligence, détermination, sens de la persuasion, sans oublier la bonne vieille intuition féminine. Cependant il faudrait peut-être, pour une jeune femme qui veut réussir, commencer par se poser les bonnes questions, comme Marie-Paule :

« J’ai une vie et le droit de vivre ! Pourquoi un féticheur disposerait-il de ma vie pour renforcer le "pouvoir" de quelqu’un d’autre ? Pourquoi mon père disposerait-il de ma vie pour me choisir un époux et se procurer une dot ? Pourquoi, ma maman disposerait-elle de ma vie pour sauver la sienne, au Paradis ?... »

On a souvent fait le reproche à certains auteurs masculins au style supposément efféminé d’écrire comme les femmes. Cette critique ne saurait cependant être justifiée dans ce contexte spécifique, où un écrivain homme, pour mieux rentrer dans la peau de son héroïne, narratrice de son roman, emprunte une voix féminine, pense et écrit comme une femme. C’est le pari de Jean Mathieu Angoué-Ondo dans son ouvrage. Y parvient-il ? Nous laisserons à chaque lecteur le soin d’en juger par lui-même. Contentons-nous de signaler quand même au passage l’autre caractéristique de la plume de Jean Mathieu Angoué-Ondo, c’est un penchant assez prononcé pour la philosophie. Son héroïne en tout cas fait de constantes allusions aux philosophes et à leurs pensées. Par endroits, des extraits d’ouvrages philosophiques s’étendant sur plusieurs paragraphes sont servis au lecteur.

Un dernier conseil : en ouvrant ce livre, rentrez-y comme si, invisible, vous rentriez discrètement dans un boudoir feutré où des bonnes femmes seraient trop occupées à deviser sur leurs secrets de femmes pour soupçonner votre présence. Une fois que vous en serez sortis, motus et bouche cousue sur les étrangetés ésotériques de la gent féminine que vous aurez apprises dans les Secrets de femmes en héritage de Jean Mathieu Angoué-Ondo, car la moindre indiscrétion pourrait vous valoir une fâcheuse malédiction. Rappelez-vous l’histoire de Zeus et Héra, contée par Elisabeth de Fontenay dans son œuvre intitulée Diderot ou le matérialise enchanté :

« Un jour que Zeus et Héra se querellaient sur la question de savoir qui, de l’homme ou de la femme, éprouvait le plus grand plaisir dans l’amour, ils décidèrent de consulter Tirésias. Celui-ci répondit que si la jouissance était composée de dix parties, la femme en avait neuf et l’homme seulement une. Ce fut alors qu’Héra, furieuse de voir divulguer le secret de son sexe, frappa Tirésias de cécité. »

Remerciements à l’équipe des GPAL qui a mis l’ouvrage à notre disposition ("Secrets des femmes en héritage" avait été retenu à l’édition 2018 des Grands Prix des Associations Littéraires, sur proposition de l’Union des Ecrivains Gabonais)

21juil.
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