Maritxu Darrigrand " Miser sur l’art, puissant levier de prévention contre le cancer du sein"
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FRANCE :: Maritxu Darrigrand " Miser sur l’art, puissant levier de prévention contre le cancer du sein"

Aux côtés d’artistes et d’organisations résolument engagés dans la lutte contre cette maladie, la présidente de l’association Keep a Breast Europe, déjà présente à Marrakech, prend part du 4 au 10 février à la 7 édition de la 1-54 Contemporary African Art Fair. À cette occasion, la question du cancer du sein, enjeu majeur de santé publique, s’imposera comme l’un des axes centraux et les plus attendus de cette rencontre internationale, où l’art devient un puissant vecteur de sensibilisation, de solidarité et d’espoir.

Que représente pour vous cette rencontre internationale, vous qui avez fait du combat contre le cancer du sein un engagement majeur ?

Il est important d’être ici parce qu’il y a un rayonnement d’artistes. C’est un événement qui draine des foules et des délégations venues des quatre coins de la planète. Il est donc question de nous positionner afin de mettre en avant notre association et surtout le travail que nous faisons. Faire partie du off de la foire va en droite ligne de ce que nous essayons de développer dans tous les pays. Nous saisissons cette opportunité de la 7ᵉ édition de la 1-54 pour présenter la puissance de notre engagement assumé dans la lutte contre le cancer du sein, à travers l’exposition A(rt)Wareness qui décline les univers d’artistes qui nous accompagnent dans cette noble cause. Il est établi qu’il n’y a pas assez d’actions de prévention en Afrique. C’est donc la suite logique de ce que nous faisons aux États-Unis, au Mexique ou en Europe, de venir ici, sur le continent africain, et d’essayer de sensibiliser un maximum de jeunes femmes à la pratique de l’autopalpation.

Quelles attentes concrètes nourrissez-vous à l’issue de cette foire d’idées et d’actions contre cette maladie, aussi bien sur le plan de la sensibilisation que de la mutualisation des énergies ?

Notre présence à la foire démarre en 2024, à la suite de rencontres avec Valérie Barkowski. Nous avons décidé de mouler des femmes marocaines, et également un homme, parce qu’il existe aussi des cancers du sein chez les hommes. Ces femmes ont accepté de se prêter au jeu parce qu’elles croient en la cause. Le message que nous ferons passer pendant la foire, c’est la pratique de l’autopalpation, qui est la base de tout. Pour ne pas développer un cancer, le remède, c’est la prévention. En pratiquant l’autopalpation, si jamais on découvre quelque chose, à ce moment-là, on peut être soigné. Il existe des protocoles qui, dans certains pays, sont évidents. Peut-être qu’en Afrique, ce n’est pas toujours le cas.

S’agissant de la sensibilisation, nous avons développé une application qui montre exactement comment pratiquer l’autopalpation. Ce sont des gestes simples et ludiques. Nous voudrions que ce geste soit pratiqué régulièrement, non pas pour trouver quelque chose, mais avant tout pour connaître son corps, penser à soi, à son corps, à peut-être mieux manger, faire du sport, donner de bonnes notions d’hygiène aux jeunes, entre autres. En parallèle de notre exposition, une partie de l’équipe va faire de la sensibilisation dans des associations féminines.

Pourquoi avoir fait de l’art un levier central de votre combat contre le cancer du sein, un enjeu crucial de santé publique ?

L’art est un outil de prévention et sensibilisation. Pour l’association Keep  Breast, il est très important de travailler autour de l’art et avec des artistes. Nous nous en sommes rendu compte il y a longtemps. La création de l’association est venue de l’idée inspirée par l’artiste Frida Kahlo. Les fondatrices de Keep a Breast avaient cette image de Frida Kahlo avec ce buste en plâtre. Une amie de Shaney Jo Garden la fondatrice, était atteinte d’un cancer du sein. Elle était enceinte, donc elle ne pouvait pas se faire soigner et allait décéder. Cheyney a eu l’idée, en pensant à Frida Kahlo, de la mouler, de mouler son buste en plâtre. Le mari de cette jeune femme était un artiste de street art à Los Angeles, dans le milieu de Shepard Fairey, etc. Il a immédiatement décidé de customiser le buste. À partir de là, de nombreux artistes ont souhaité participer et faire partie de cette histoire. Nous nous sommes rendu compte que, pour toucher les jeunes et faire de la prévention afin que, très tôt, les femmes apprennent à pratiquer l’autopalpation, parce qu’on dit toujours qu’un cancer pris à temps est un cancer qui se soigne, il était essentiel de rencontrer ces femmes également motivées pour nous aider. La deuxième étape a été la rencontre, par ce biais, d’artistes marocains essentiellement, qui ont accepté de prêter leur art et de le poser sur les bustes. C’est quelque chose de formidable de voir toutes ces rencontres se créer autour d’une cause importante pour tout le monde, car chacun a dans son entourage quelqu’un qui a été touché par la maladie.

Quand on en parle à un artiste, la réponse est presque toujours positive. Pour moi, c’est avant tout une histoire de rencontres. Bien sûr, je suis très attirée par l’art, et pouvoir travailler à travers lui et multiplier ces rencontres est formidable. Dans certains pays d’Afrique, ce n’est pas toujours facile, mais la prévention reste primordiale pour nous. Quand les jeunes voient que ce sont des personnalités connues, comme une championne du monde de surf, une actrice ou une chanteuse, qui portent le message, celui-ci passe beaucoup mieux. Si c’est nous qui parlons du cancer du sein, ils ne veulent pas toujours en entendre parler et ne se sentent pas concernés. En revanche, lorsqu’un artiste ou un modèle s’exprime sur le sujet, notamment via les réseaux sociaux, le message circule beaucoup plus facilement. C’est pour cela que nous sommes la seule association à travailler véritablement autour de l’art. L’origine de Keep a Breast, ce sont aussi tous ces bustes que nous allons exposer pendant la foire.

L’artiste camerounais Barthélémy Toguo fait partie de l’exposition A(rt)Wareness. Pouvez-vous revenir sur la genèse de votre collaboration avec lui et expliquer comment s’est construit ce lien militant et artistique ?

Je suis française, mais née à Dschang (chef-lieu du département de la Menoua, région de l’Ouest-Cameroun, ndlr). J’habite à Biarritz (Sud-ouest de la France, ndlr). J’ai eu des échanges avec lui lorsque j’étais plus impliquée au sein de Keep a Breast. Je lui ai demandé de réaliser un buste. Il a accepté tout de suite, étant lui-même concerné par la maladie à travers sa sœur aînée, décédée des suites d’un cancer du sein. Nous lui avons envoyé deux bustes qu’il a customisés. Il en a conservé un dans son atelier à Paris. Nous présentons le deuxième à Marrakech dans le cadre de l’exposition A(rt)Wareness. Je suis donc très contente que Barthélémy Toguo ait pu réaliser ce buste, d’autant plus qu’il est magnifique. J’avais vu que le plasticien camerounais Barthélémy Toguo venait faire une intervention dans une école d’art à Biarritz, et qu’il présentait une projection de son projet dans son centre d’art, Bandjoun Station. J’avais trouvé son message fabuleux et inspirant. J’étais déjà admirative de son travail et de tout ce qu’il accomplit autour de Bandjoun Station et à travers le monde.

Quelles actions et quels projets structurants envisagez-vous de développer à court et moyen terme pour renforcer votre impact ?

Nous sommes en train de créer un fonds de dotation appelé Mama. Il s’agit d’un fonds d’accès à la santé mammaire, destiné en particulier aux pays à ressources limitées. Ce fonds permettra de mener des actions de prévention, de sensibilisation, de formation, de perfectionnement et de renforcement des compétences des personnels de santé, ainsi que le soutien, la préparation et la coordination de missions médicales ou chirurgicales de l’association d’oncologues-chirurgiens, entre autres.

Nous avons déjà opéré au Togo, à l’hôpital de Malte. Être sur le terrain et aider concrètement les femmes atteintes du cancer du sein est un véritable credo pour nous. C’est un objectif central pour notre association. Nous continuons également le développement du volet prévention. Nous comptons actuellement 57 000 utilisatrices de l’application. Il est essentiel de la faire connaître et de faire en sorte qu’un maximum de femmes et d’hommes pratiquent l’autopalpation afin de détecter, le cas échéant, toute anomalie dans leur corps. Il faut donner aux jeunes les moyens d’être des acteurs responsables de leur santé.

NB, Photo-légende. Maritxu Darrigrand à gauche,  Shaney Jo Garden à droite.

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