Je suis Camerounais, je suis un péteur
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Je suis Camerounais, je suis un péteur :: CAMEROON

J'ai écrit ce texte le 26 février 2014 en mémoire du regretté Charles Ateba Eyene. Décédé quelques jours auparavant. On peut penser ce qu'on veut à propos de ce monsieur, une chose est sûre, il aura marqué de son empreinte son passage sur la terre des Crevettes.

Charles Ateba Eyene est mort il y a quelques jours, mais je commence à croire que comme dans le poème de Birago Diop, les morts ne sont pas morts. Partout, à la télévision, à la radio, dans les journaux, dans les bars, il n'y en a que pour le fils de Bikoka. Ça ne laisse personne. La preuve, ce matin dans le taxi qui m'emmène au travail. On a un chauffeur bavard: "Ateba Eyene est mort" (comme si on ne le savait pas) "on l'a tué", "le Cameroun est mauvais", "le Camerounais est méchant" et blablabla.

Personne ne répond vraiment, sauf un père qui rebondit sur tout, le genre de père qui cherche les amis partout là. Je somnole en me demandant si on n'a pas encore inventé la taitoicine, le médicament qui fait taire les bavards impénitents. Olézoa. Enorme bouchon, on fait du surplace. Les yaoundéens et la fin de mois hein? Ils sortent tous quand les salaires sont "dehors", comme des militants du grand parti ayant flairé l'odeur du maquereau chinois.

Le taximan continue son laïus: "Ateba Eyene était un grand! Il disait tout haut ce que les autres pensent tout bas". Eclat de rire de l'auteur de la phrase. Je me demande toujours ce qui était amusant dans sa phrase. L'autohumour sans doute. Malheureusement, consécutif à cet éclat de rire, un petit gaz, parti du fond de l’intestin du bonhomme et niché à l'orée de son sphincter a trouvé la pression suffisante pour sortir. Aidé par le rire, il a difficilement remonté la raie compressée par les deux énormes fesses du type pour se matérialiser dans l'habitacle sous la forme d'un petit son audible et reconnaissable par tous les occupants du taxi : piiiiuuuuut !!!

Hosannah! Alléluia! Miracle de la digestion: La montagne de fesses venait d'accoucher d'un pet. Yeuch ! Silence général. On gère, c'est un pet. Il y a quoi ? Seulement, le pet de la taille d'une souris, avait l'odeur d'un éléphant mort. Une odeur rampante, tenace qui semblait vouloir nous gifler, en nous disant: vous allez me sentir ! Pas moyen d'avancer, on est coincé dans un embouteillage. Les vitres sont baissées, mais l'odeur semble, à l'image de notre Roi : "je ne pars pas, je reste !".

Le taximan coupable a alors commencé une série de gestes et attitudes de la honte :

  1. Il a commencé à chanter un titre de Petit Pays : " mon papa était haoussa..." j'ai pensé : mouf ! Tu pètes, tu viens parler de ton père ?
  2. il s'est mis à klaxonner furieusement pour faire avancer les autres taxis. J'ai pensé: mon frère! Pète encore le genre là, ils vont avancer.
  3. il s'est mis à ouvrir et à refermer machinalement le tiroir caisse. J'ai pensé: mon frère ! Tu veux nous payer pour ce que tu nous fais subir ? Et puis, il s'est remis à parler. La tête hors de la vitre, je n'arrêtais pas de me dire : "mon frère, c'est pas parce que c'est ton pet que c'est pas toxique pour tes poumons hein ?".

Bon, à un moment, quand il a bougé ses fesses, l'odeur est redevenue persistante, mais modifiée dans sa structure primaire. J'ai compris que le pet n'était que la partie visible de la bombe.

Quand le connard a recommencé avec "Ateba Eyene disait ..." il y a un type à l’arrière, muet depuis le début du gazage qui a ouvert la bouche : Monsieur garez-vous, je descends. Quand un Camerounais te sert du Monsieur et du vouvoiement dans une même phrase, il faut se méfier. Le chauffeur-péteur s'est rapidement rangé sur le trottoir. Le type est descendu, mais tous les autres passagers aussi (moi compris hein ?). Le péteur a fait semblant de tendre la main pour réclamer son dû. Le type dressé sur ses koss koss a seulement dit d'un ton qui ne souffrait pas la contestation: Monsieur, démarrez ce véhicule et partez !

Le péteur a fait la moue, mais n'a dit mot et est parti sans se faire payer!!! C'est là que nous les peureux avons commencé à parler: "mais dis donc ! Un vieux comme ça! Les gens mangent même quoi pour péter comme ça ? c'est le kontchaf de trois jours ?". Et puis on a cherché notre "sauveur" des yeux. Le type avait disparu. J'ai seulement pensé à Ateba martelant de sa voix fluette mais passionnée: "je vous dis, monsieur le journaliste, nous vivons dans un pays de sorciers !". Des sorciers qui nous pètent à la gueule depuis trois décennies sans que nous ne levions le petit doigt, sauf pour se boucher le nez.
Peace !

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