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Le CL2P, Les Lanceurs d'alerte et Les Méthodes de refroidissement des média au Cameroun :: CAMEROON
CAMEROUN :: POINT DE VUE
  • Correspondance : Par Olivier Tchouaffe, PhD, Porte-parole Du CL2P
  • samedi 02 décembre 2017 14:23:57
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Le CL2P, Les Lanceurs d'alerte et Les Méthodes de refroidissement des média au Cameroun :: CAMEROON

La dernière intervention du Pr. Albert Mbida sur la CRTV le 28 novembre 2017 (http://www.cameroon-info.net/article/cameroun-pr-albert-mbida-toute-la-generation-androide-doit-aller-en-prison-309174.html) a été conçue pour faire froid dans le dos des lanceurs d’alerte potentiels et de refroidir encore plus l'ardeur des médias au Cameroun. Cependant, il y a beaucoup de choses qui doivent être clarifiées concernant les fatwas médiatiques du Pr. Albert Mbida. En particulier, sur les questions relatives à la liberté d'expression et les problématiques de sécurité nationale.

1) Qu'est-ce qui constitue une information classifiée?

Pour être clair, les fuites d’information constituent des transmissions d’information par des agents publics à des personnes non autorisées de les recevoir. Mais qu'est-ce qui de prime abord constitue réellement une information classifiée? Toutes les actions du gouvernement n’ont pas et ne peuvent pas avoir le statut d’information classifiée. Par exemple, il existe une diffusion protégée par la loi qui comprend la divulgation d'informations par laquelle l'employé croit raisonnablement rendre public l'illégalité, la grossière mauvaise gestion et l'incompétence, le gaspillage extravagant des ressources publiques ou sociales, l'abus de pouvoir ou un danger substantiel et spécifique pour la santé voire la sécurité publique. De plus, même si l'information est effectivement classée, le salarié doit pouvoir signaler une "préoccupation urgente" aux autorités compétentes, sans être soumis à des formes de représailles abusives. Par conséquent, dire au président qu'il est incompétent n'est ni une information classifiée ni une considération d‘ «outrage» comme ce dont le ministre d’état Marafa Hamidou Yaya et son ami Maître Abdoulaye Harissou ont été accablés.

Aussi la réponse à cette question peut être que l'information classifiée doit être clairement estampillée «information classifiée», puis stockée dans le système sécurisé du gouvernement. Ensuite le gouvernement doit démontrer que la personne qui a divulgué ces informations voulues classifiées a agi de mauvaise foi ou avec une intention malveillante, et que cette divulgation est préjudiciable au gouvernement ou utile à l'ennemi du pays, ce que le gouvernement n'a par exemple pas encore pu prouver dans le cas des poursuites retentissantes du journaliste correspondant de Rfi en langue haoussa Ahmed Abba.

2) Deuxièmement, la publication d'informations classifiées puis divulguées par la presse ne constitue pas une fuite – Cela s'apparente davantage à des résultats de fuites ou d’enquêtes. Les publications de presse sont généralement considérées comme protégées par la liberté d’expression et les libertés connexes. Bien que le CL2P reconnaisse qu'il existe encore une controverse académique sur la question de savoir si les médias pourraient être responsables de la réception et de la publication de certains types d'informations, telles que les informations liées au secret défense; pour autant le gouvernement ne devrait pas utiliser les politiques sur les fuites comme une stratégie de guichet pour promouvoir la censure et la répression des médias. Ainsi la ligne de démarcation entre la propagande et la censure doit être clairement délimitée.

3) La plupart des fuites n'impliquent et ne concernent pas des informations classifiées

Comme le montre le point 1 ci-dessus, il n'est pas nécessaire de classer les informations pour qu'elles fuitent. Les fuites classées sont généralement les pires fuites, car elles sont manifestement criminelles et leur exposition laisse présager une exposition grave au danger pour le pays. Mais elles ne sont ni les seules dans ce cas de figure, ni les plus communément identifiées parmi les différentes types de fuites. Fondamentalement, à cause des lois sur la confidentialité, toute information non publique recueillie par le gouvernement est censée être traitée avec soin et non divulguée en l'absence d'autorisation. Cela doit ou peut se faire comme suit: le gouvernement a le pouvoir de nous imposer des renseignements que nous ne céderions ou divulguerions pas autrement; par conséquent, la confidentialité de ces données doit être protégée, y compris si seul un très faible pourcentage de celles-ci est classé. En outre, dans le domaine de l'application de la loi, il existe une catégorie d'informations connue sous la catégorie de «répressif », comme les détails d'une enquête en cours, l'identité des informateurs, et les délibérations sur les frais potentiels, etc...qui ne peuvent faire l'objet de fuites.

4) Qui obtient le statut de lanceur d'alerte au Cameroun?

Le Pr. Albert Mbida n'a volontairement pas précisé le statut des lanceurs d’alerte au Cameroun, probablement parce qu'il n'y croit pas (c'est son droit), et n'est d'ailleurs pas en mesure de croire en leur utilité sociale dans un système totalitaire comme celui qui prévaut au Cameroun. Cependant selon l'interprétation objective et innovante que nous faisons au CL2P de cette nouvelle famille d'informateurs, les personnes ordinaires qui communiquent des informations servant l'intérêt général, en particulier celles qui exposent des abus de pouvoir de l'État administratif et du pouvoir exécutif, sont éligibles à la reconnaissance et à protection de lanceur d’alerte; notamment en raison des risques de représailles qu'ils encourent de la part de ces deux entités gouvernementales au Cameroun. Ils sont ainsi ipso facto éligibles au statut de prisonniers politiques tel que établi par le CL2P, si d'aventure la fatwa du Pr Mbida était mise en exécution contre eux.

Ce faisant le CL2P croit au service public. Surtout en ces temps où plus d'une écrasante majorité de camerounais ordinaires sont enclins à penser – d'ailleurs à raison - que notre gouvernement n'a jamais porté nos meilleurs intérêts à cœur. Nous devons ainsi être au nombre de ceux qui maintiennent et rappellent en permanence les nécessaires poids et contrepoids contre ce régime autoritaire.

http://www.cl2p.org

02déc.
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