Cameroun 2026 : l'illusion démocratique et le piège du système électoral
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Cameroun 2026 : l'illusion démocratique et le piège du système électoral :: CAMEROON

L'analogie sportive est souvent utilisée pour décrire la vie politique, mais au Cameroun, la métaphore du football prend une tournure particulièrement amère. Alors que les élections législatives et municipales de février 2026 se profilent, le débat sur la participation de l'opposition s'intensifie. Pourtant, comparer ce scrutin à un match de football revient à oublier que sur le terrain politique national, l'arbitre porte le maillot de l'adversaire et le score final semble gravé sur le tableau d'affichage avant même le coup d'envoi. Le système électoral camerounais ne souffre pas de simples défaillances techniques, il est une machine de précision conçue pour la pérennité du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais.

Depuis 1992, le régime en place perfectionne l'art de la victoire systématique. L'argument classique consistant à dire que le boycott équivaut à offrir une victoire sur tapis vert à Paul Biya occulte une réalité brutale : la victoire est déjà acquise par des mécanismes institutionnels verrouillés. On invite les citoyens à tourner la page de la présidentielle d'octobre 2025, mais comment clore un chapitre où le contentieux post-électoral reste ouvert, où des prisonniers politiques demeurent derrière les barreaux et où la mémoire des militants tombés n'a pas encore été honorée ? Cette injonction à avancer sans solder les comptes du passé ressemble à une fuite en avant législative.

La stratégie de domination s'articule autour d'une organisation méthodique de la fraude qui intervient à chaque étape du processus. En amont, la manipulation des listes électorales et le découpage arbitraire des circonscriptions préparent le terrain. Le jour du vote, les bourrages d'urnes et l'intimidation complètent le dispositif. Enfin, la phase post-électorale voit le Conseil constitutionnel et les médias d'État transformer des irrégularités flagrantes en une vérité juridique incontestable. Dans ce contexte, la démocratie devient un simple décor de théâtre où l'opposition participante risque de ne jouer que le rôle de personnel d'animation, légitimant malgré elle un simulacre de compétition.

Le verrouillage est total, notamment au Sénat où la structure même de la chambre haute interdit toute velléité de réforme ou de contrôle réel du pouvoir exécutif. Avec une majorité écrasante issue de conseils municipaux contrôlés et de nominations présidentielles, aucune minorité de blocage n'est envisageable. Dès lors, espérer une alternance politique par le biais de ces institutions revient à valider un système qui utilise le légalisme pour neutraliser la souveraineté populaire. Le véritable enjeu de 2026 ne réside plus dans le choix entre voter ou s'abstenir, mais dans la reconnaissance d'une rupture historique entre le peuple et ses dirigeants.

Le peuple camerounais, du Grand Nord au Grand Sud, semble avoir pris conscience que la crise politique actuelle ne se résoudra pas en suivant des règles édictées par ceux-là mêmes qui ont confisqué le pouvoir. La participation sans conditions ne modifie en rien le contrôle institutionnel ; elle fournit simplement une caution démocratique à moindre frais. Refuser cette illusion n'est pas un aveu de faiblesse, mais un acte de lucidité. Le débat a désormais quitté le simple champ électoral pour s'inscrire dans une dimension historique : celle de la reconquête d'une souveraineté qui ne peut plus s'exprimer dans un stade où les dés sont pipés d'avance. L'opposition de transformation doit maintenant choisir entre servir d'alibi ou porter la voix d'un peuple qui refuse sa propre caricature.

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