CAMEROUN :: Education francophone et anglophone : Deux systèmes difficiles à harmonier :: CAMEROON
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  • Le Jour : Bravo Tchundju
  • mercredi 02 septembre 2015 05:00:00
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CAMEROUN :: Education francophone et anglophone : Deux systèmes difficiles à harmonier :: CAMEROON

Depuis plus de 20 ans que l’idée a été abordée par les responsables du système éducatif, lors des derniers états généraux de l’éducation nationale camerounaise, aucune mesure n’a été prise jusqu’ici.

Le système éducatif dans un pays est une organisation formelle du parcours scolaire, académique et professionnel. Au Cameroun, la particularité de ce système est le bilinguisme. Il est régi par la loi N 98/004 du 14 avril 1998 de l’orientation de l’éducation au Cameroun. Une loi à qui l’on doit les bases et les fondements du fonctionnement de l’institution scolaire nationale. Ayant été sous tutelle de la France et de la Grande-Bretagne, le Cameroun a hérité des deux langues de ces pays, à savoir, le français et l’anglais. C’est pourquoi son système éducatif est subdivisé en deux sous-systèmes francophone et anglophone.

Ces deux sous-systèmes coexistent en conservant chacun sa particularité dans les méthodes d’évaluation et de certification. Ils ont des traits qui les caractérisent particulièrement, avec pour point commun l’enseignement général et technique. Ceci est valable tant pour l’enseignement privé que pour l’enseignement public. Le niveau d’enseignement débute par la maternelle. L’âge légal d’admission est de quatre ans, la durée du cycle est de trois ans. Il est constitué de la petite, la moyenne et la grande section pour le sous-système francophone et du nursery one, two and three pour le sous-système anglophone. Cette période d’étude vise l’éveil des potentialités physiques, socio-affectives et intellectuelles de l’enfant. Elle le prépare à l’entrée à l’école primaire. Même si à ce niveau d’étude aucun diplôme n’est délivré, il reste cependant que le bulletin de notes est un élément indicatif d’admission à la Section d’initiation au langage (Sil), ou Class one chez les anglophones.

Pour être admis au primaire, il faut être âgé d’au moins six ans. A cette étape, chaque sous-système est constitué de trois niveaux d’une durée de deux ans chacun. Le niveau 1 comporte la Sil, le Cours préparatoire (Cp) et dans une certaine mesure le Cours préparatoire spécial (Cps). Le niveau 2 est constitué des Cours élémentaires un (Ce1) et deux (Ce2). Le niveau 3 quant à lui, intègre les Cours moyens un (Cm1) et deux (Cm2). Dans le soussystème anglophone, ces niveaux vont de class one à class six. Durant cette seconde étape d’étude, l’enfant apprend à lire, écrire, effectuer de simples calculs et acquérir d’autres connaissances élémentaires.

Au bout de six ans, l’obtention du Certificat d’études primaires (Cep) et le concours d’entrée en 6ème chez les francophones ou un Ordinary level certificate et Common entrance pour les élèves anglophones, prépare soit à une formation professionnelle, soit à l’entrée au secondaire. Cependant, certains spécialistes font savoir qu’en termes d’initiation, le soussystème anglophone est meilleur par rapport à celui francophone. « J’ai trouvé très admirable, l’initiation dans le système anglophone à l’école maternelle et primaire. Ce système permet aux enfants d’avoir une bonne base.

Un système francophone vaste et dense

Il insiste beaucoup plus sur le b-a ba. Par contre, j’ai été amusé lorsque le ministre de l’éducation de base à constaté que dans la section francophone, jusqu’en classe de Ce1 certains élèves ne savent toujours pas lire. Il est évident que cela est dû à une mauvaise initiation », déclare David Tcheundjou, un psychopédagogue. Il fait savoir qu’au contraire des francophones qui n’entrent au laboratoire qu’à l’université, les élèves anglophones, eux, commencent à le faire dès la classe de Form 4 qui correspond à la classe de 3ème dans la section francophone. En effet, c’est au secondaire que les deux sous-systèmes anglophone et francophone se différencient véritablement. Premièrement par leur structuration, et deuxièmement par le contenu de leur formation. Pendant que le premier cycle francophone est composé de quatre classes à savoir 6ème, 5ème, 4ème et 3ème, et est sanctionné par le Brevet d’étude du premier cycle (Bepc), le premier cycle anglophone est composé de cinq classes qui sont Form 1, 2, 3, 4 et 5. Il est sanctionné par le General certificate ordinary level (Gco).

Le deuxième cycle francophone est composé de trois classes. La seconde, la première avec le probatoire comme diplôme et enfin la terminale sanctionnée par le Baccalauréat. Le sous-système anglophone, lui, compte juste deux classes à savoir le Lower six et Upper six. Le deuxième cycle ici est sanctionné par le General certificate advance level. Le sous-système anglophone, moins connu à cause du nombre très réduit d’établissements qui la pratiquent, est plus répandu dans les régions du Sud-ouest et du Nord-Ouest Cameroun. Il est perçu par l’opinion publique comme le moins dense et le moins compliqué. A cause du fait qu’on n’y enseigne pas les langues vivantes telles que l’allemand et l’espagnol. L’Education physique et sportive (Eps) n’est pas une discipline obligatoire et lors des examens officiels, les candidats ont la possibilité de choisir entre plusieurs disciplines qui leur sont dispensées. Cependant, les matières telles que les mathématiques, le français et l’anglais sont des disciplines obligatoires.

Pour qu’un candidat soit déclaré admis au Gco, il faut qu’il ait obtenu une note supérieure ou égale à 10/20 sur au moins quatre matières. Dans le sous-système francophone par contre, de la 6ème jusqu’en classe de 3ème, c’est plutôt une sorte de melting-pot de toutes les matières que l’apprenant est appelé à assimiler. Ceci y compris les langues vivantes telles que l’espagnol, l’allemand et même le latin dans certains établissements. C’est après avoir obtenu le Bepc que l’enfant peut choisir une série particulière. Lors des examens officiels, toutes les épreuves sont obligatoires. Le sport et l’informatique, qui étaient auparavant facultatifs, ont désormais le coefficient deux. Seul le dessin reste encore facultatif dans l’enseignement général. Le seul moyen d’admission est d’avoir une note générale d’au moins 10/20. Au niveau universitaire, c’est sensiblement les mêmes méthodes. Pendant que la formation académique dans le sous-système anglophone est spécifique, dans le sous-système francophone, elle est plutôt vaste et très dense. Ce qui donne généralement du fil à retordre à l’apprenant. «La différence entre les deux sous-systèmes commence dès le lycée. Les anglophones reçoivent des enseignements plus approfondis selon la spécialité qu’ils choisissent, alors que nous, les francophones, nous faisons tout en même temps.

Je fais biologie végétale à l’université de Dschang, j’ai neuf matières par semestre donc 20 matières pour toute une année. Ce n’est pas évident pour moi de les assimiler tous », confie Duclair Fandjo, un étudiant.

Qu’est ce qui bloque ?

L’idéal pour certains, serait une harmonisation des deux sous-systèmes. Lors des derniers états généraux de l’éducation nationale qui a eu lieu en mai 1995 à Yaoundé, cette préoccupation a été évoquée. Mais jusqu’à ce jour, aucune décision n’a été prise. Selon David Tchendjou, il est impossible d’envisager une quelconque harmonisation des deux sous-systèmes. Bien qu’il existe des universités anglo-saxonnes telles que celles de Buea, au Sud-Ouest, et de Bamenda, au Nord-Ouest, le psychopédagogue pense que « chaque système a sa spécificité ». « L’Etat a voulu harmoniser les deux sous-systèmes, mais il a compris que cela ne peut pas se faire aussi facilement. La langue que l’on parle entraine un courant de pensée. Et demander à un anglophone ou un francophone d’abandonner ses usages pour une autre, ce serait une sorte de recolonisation. Les sous-systèmes anglophone et francophone sont complètement différents l’un de l’autre.

Tant au niveau de l’organisation des études que des cycles d’études. Chaque sous-système a sa source de référence. Chez les francophones, quoi que l’on dise, on se réfère au système éducatif français, et les anglophones se réfèrent à ce qui se passe en Angleterre. Ce n’est pas évident d’organiser les deux», explique David Tchendjou.

© Le Jour : Bravo Tchundju
02sept.
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