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© Camer.be : Paul Moutila
- 15 Jul 2026 15:23:18
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Pourquoi la BAD menace de quitter le Cameroun :: CAMEROON
Sept projets de développement, dont l'ambitieuse route Ngoura-Yokadouma dans l'Est, sont au bord de l'annulation. La Banque africaine de développement fustige les lenteurs administratives de Yaoundé.
Le Cameroun est à 48 heures d'une sanction financière sans précédent. La Banque africaine de développement (BAD) menace de retirer 292 milliards de FCFA de financements déjà approuvés faute de signature des accords et d'absence de décaissements. Sept projets structurants, dont le programme de désenclavement de la route Ngoura-Yokadouma (207 milliards FCFA), sont suspendus à un simple acte administratif que Yaoundé n'arrive pas à produire.
Comment un pays qui emprunte chaque année des milliers de milliards peut-il laisser dormir 292 milliards dans les tiroirs de la BAD ?
C'est la question qui taraude les observateurs, alors que la dette publique camerounaise a déjà atteint 14 591 milliards de FCFA au 30 septembre 2025. Et pendant ce temps, la Boucle de la Lékié, autre chantier stratégique, accumule les retards avec seulement 57 % des travaux réalisés.
292 milliards FCFA sur le fil : le détail des projets menacés
Le 14 juillet 2026, à Yaoundé, lors de la revue conjointe du portefeuille entre le gouvernement camerounais et la BAD, les documents présentés ont livré un constat accablant. Sept opérations, représentant 373,419 millions d'unités de compte (UC) soit environ 292 milliards de FCFA sont désormais éligibles à une annulation.
Il ne s'agit pas d'argent déjà versé. Ce sont des prêts et des dons approuvés par les instances de la Banque, mais qui n'ont jamais été formalisés par la signature des accords ou n'ont donné lieu à aucun décaissement. Six projets sont dans le premier cas ; un septième, le PARZIK2 (Projet d'aménagement des routes de désenclavement de la zone industrielle et portuaire de Kribi, phase 2), a vu son accord signé mais n'a enregistré aucun décaissement depuis plus de quinze mois.
La route Ngoura-Yokadouma, symbole d'un blocage à 207 milliards
Le projet le plus exposé concentre à lui seul 71 % du montant total menacé. Le Programme de désenclavement et de connectivité des bassins économiques transfrontaliers (PDCBET), qui prévoit l'aménagement et le bitumage de la route Ngoura–Yokadouma (156 km) dans la région de l'Est, représente 265,4 millions d'UC, soit 207 milliards de FCFA.
Pourtant approuvé le 18 février 2026 par le Conseil d'administration de la BAD, ce financement qualifié de « levier de cohésion sociale et de réduction des disparités territoriales » par le directeur général de la BAD pour l'Afrique centrale, Léandre Bassolé attend toujours la signature de l'accord de prêt.
La région de l'Est, la plus vaste du Cameroun avec 109 000 km² (23 % du territoire), ne dispose que de 6,25 % de routes bitumées et d'une densité routière de 0,70 km pour 1 000 habitants. Ce projet devait créer 2 500 emplois directs et indirects et désenclaver une zone stratégique à la frontière du Congo. Aujourd'hui, tout est suspendu.
Cinq autres projets dans l'impasse
Outre la route Ngoura-Yokadouma, cinq opérations attendent encore la signature de leurs accords de financement:
- Projet d'appui à l'Université panafricaine (phase 2) 3,64 millions d'UC (FAD), approuvé le 19 décembre 2024.
- Étude d'aménagement hydroélectrique de Minkouma (fleuve Sanaga) 2,994 millions d'UC, approuvée le 17 février 2026.
- Projet d'études de la cité universitaire CUA-Y2 2,320 millions d'UC, approuvé le 24 février 2026.
- PROSTABLT (prévention des risques par la stabilisation au lac Tchad) 5,095 millions d'UC.
- Projet de facilitation du transport et du commerce (pont sur le fleuve Ntem, frontière Guinée équatoriale) 59,97 millions d'UC (prêt BAD + prêt FAD), approuvé le 29 novembre 2023.
La Boucle de la Lékié : un autre retard emblématique
Pendant que la BAD serre la vis sur les 292 milliards, la Boucle de la Lékié cet axe routier stratégique dans la région du Centre accumule les reports. Avec seulement 57 % des travaux réalisés, sa livraison est désormais annoncée pour novembre 2026, soit près de deux ans de retard sur le calendrier initial.
Ce chantier, qui devait désenclaver des zones agricoles vitales, illustre une pathologie récurrente : les grands projets camerounais avancent au ralenti, quand ils n'avancent pas du tout.
Le paradoxe de l'endettement camerounais
L'ironie est cruelle. Le Cameroun emprunte massivement le gouvernement prévoit de mobiliser 3 104,2 milliards de FCFA en 2026 via divers mécanismes d'endettement mais peine à utiliser les fonds déjà obtenus.
Au 30 juin 2026, les 21 projets financés par la Banque mondiale affichaient un taux global de décaissement de seulement 18,7 %. Certains projets régionaux stagnent à des niveaux préoccupants : le Sewash à 1 %, le PCDN à 0,8 %, le PMUD (mobilité urbaine de Douala) à 0,3 %.
« Quand on frappe à toutes les portes et qu'aucune ne s'ouvre, il est peut-être temps de se remettre soi-même en question », écrivait récemment un analyste à propos de la situation camerounaise.
Le FMI, dans son rapport des consultations de 2026 au titre de l'article IV, a souligné que « les retards dans les projets publics au Cameroun gonflent les coûts de plus de 25 % et freinent les bénéfices attendus ».
La dette publique : un fardeau qui alourdit l'avenir
Le Cameroun paie aujourd'hui le prix de décennies de gestion erratique. La dette publique a atteint 14 591 milliards de FCFA au 30 septembre 2025. Le service de la dette devait absorber près de 37 % des recettes budgétaires en 2025, soit 2 065,5 milliards de FCFA. Le déficit budgétaire s'est creusé, passant d'environ 1,5 % du PIB en 2024 à environ 2 % en 2025.
La BAD et le FMI classent le Cameroun parmi les pays présentant un risque élevé de surendettement.
Que risque le Cameroun ?
Si les accords ne sont pas signés dans les délais impartis et la directive présidentielle de la BAD expose à l'annulation tout projet dont le délai de signature dépasse trois mois les 292 milliards FCFA seront définitivement perdus.
Ces financements ne seront pas remplacés. Ils ne seront pas réalloués. Ils disparaîtront des perspectives de développement du Cameroun.
La route Ngoura-Yokadouma restera un rêve. L'Université panafricaine devra trouver d'autres bailleurs. L'hydroélectricité de Minkouma attendra. Et la région de l'Est continuera de subir son enclavement chronique.
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