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© Camer.be : Paul Moutila
- 10 Jul 2026 16:24:10
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CAMEROUN :: « La foi ne s'affranchit pas de la loi » : le grand ménage des églises :: CAMEROON
Par une décision radicale signée le 6 juillet 2026, le sous-préfet de Yaoundé VI ordonne la fermeture immédiate et définitive de toutes les églises exerçant sans autorisation légale, sur instruction du ministre de l'Administration territoriale.
Les portes se referment. Une à une. Sans préavis. Sans recours.
Ce lundi 6 juillet 2026, un coup de tonnerre administratif a secoué l'arrondissement de Yaoundé VI. Joseph Alain Etoundi, sous-préfet de la circonscription, a signé la Décision N° 654/D/J06/06/BAJP. Un texte sans appel qui ordonne la fermeture immédiate et définitive de toutes les églises « non conformes » du secteur.
Objectif : mettre fin à une anarchie qui dure depuis des années. Des centaines de lieux de culte églises de réveil, pentecôtistes, mouvements évangéliques avaient poussé comme des champignons dans les quartiers populaires de la capitale. Sans autorisation présidentielle. Sans respect des règles élémentaires. Parfois, au prix de drames humains.
La liberté de culte a des limites. Et la République vient de les rappeler.
Une décision qui ne laisse aucune place au doute
Le document est clair, net et sans ambiguïté. Signé le 6 juillet 2026 par Joseph Alain Etoundi, administrateur civil principal, la Décision N° 654/D/J06/06/BAJP repose sur une double légitimité : les lois de décembre 1990 encadrant le maintien de l'ordre et les libertés publiques, et les instructions formelles du ministre de l'Administration territoriale.
L'Article 1er pose le cadre territorial : « La présente Décision porte fermeture des églises non conformes dans l'ensemble de l'Arrondissement de Yaoundé VI ».
L'Article 2 scelle le caractère irréversible de la mesure : « Sont, à compter de la date de signature de la présente Décision, définitivement fermées, toutes les églises non conformes exerçant dans l'Arrondissement de Yaoundé VI ».
Aucun délai de grâce. Aucune période de transition. La fermeture est immédiate et exécutoire.
Le bras séculier de l'État mobilisé
Pour garantir l'application de cette décision sur le terrain, le sous-préfet a mobilisé l'ensemble de l'appareil sécuritaire et administratif. Sont chargés de l'exécution : « Tous les Responsables des Forces de Maintien de l'Ordre de l'unité et les Chefs de quartier ».
Une instruction qui transforme cette mesure administrative en opération de terrain d'envergure. Les forces de l'ordre et les relais locaux de l'administration sont désormais en première ligne pour faire respecter la fermeture des lieux de culte clandestins.
Un phénomène qui prend des proportions inquiétantes
Cette décision n'est pas un coup de tête. Elle s'inscrit dans un mouvement plus large de régulation du paysage religieux camerounais. En février-mars 2025, le sous-préfet de Yaoundé IV, Elvis Akondi, avait déjà fait fermer 188 lieux de culte sur les 615 recensés dans sa circonscription.
L'opération s'était ensuite étendue à Yaoundé VI, portant le total à près de 300 églises fermées dans la capitale à l'époque. Une nouvelle opération de recensement, débutée en juillet 2024, a révélé que près d'un tiers des 615 lieux de culte inventoriés dans l'arrondissement ne disposaient d'aucune autorisation.
Dans l'arrondissement de Yaoundé VI, le sous-préfet Joseph Alain Etoundi a lui-même déclaré : « Dans cet arrondissement, nous en avons fermé une centaine et une dizaine ont régularisé leur situation, 88 au total demeurent closes car elles n'ont pas d'autorisation ».
Le déclencheur : un drame qui a choqué le Cameroun
La fermeté affichée par les autorités trouve son accélérateur dans un fait divers tragique. Dans la nuit du 27 au 28 juin 2026, à Nkolndongo dans l'arrondissement de Yaoundé IV, une fillette de 11 ans a été sauvagement assassinée. L'auteure présumée du crime, une fidèle de l'Église Évangélique « Vie et Paix au Cameroun », lui a porté 17 coups de couteau, selon les conclusions d'un médecin légiste.
Lors de son audition, la suspecte a déclaré avoir agi sous l'influence « d'un prophète » de son église, qui lui aurait fait croire que le sacrifice d'un enfant pouvait l'aider à sortir de ses difficultés financières.
Ce drame a été l'élément déclencheur d'une offensive gouvernementale sans précédent.
1 400 églises dans le viseur du gouvernement
Le 8 juillet 2026, soit deux jours après la signature de la décision du sous-préfet de Yaoundé VI, le ministre de l'Administration territoriale, Paul Atanga Nji, a convoqué les responsables de l'Église « Vie et Paix au Cameroun » et annoncé la fermeture prochaine de 1 400 églises de réveil jugées en situation irrégulière sur l'ensemble du territoire.
Le ministre a exigé un recensement des représentants de l'Église sous 14 jours, davantage de formation pour les pasteurs, et une collaboration renforcée avec l'administration.
Sa déclaration est sans appel : « La foi ne peut plus s'affranchir de la loi ».
Une répétition qui interroge
Mais cette offensive soulève une question légitime : combien de fois faudra-t-il rejouer cette scène ?
Le scénario de 2026 meurtre ou scandale déclencheur, convocation ministérielle, chiffre spectaculaire, promesse de fermeté est un copier-coller de celui de 2025. Et cette répétition pose une question fondamentale : qu'est-il advenu, un an plus tard, des 188 premières églises fermées ?
Aucune donnée publique ne permet aujourd'hui de dire avec certitude combien de ces établissements ont réellement cessé leurs activités, ni combien ont rouvert discrètement.
Les nuisances sonores et sociales en ligne de mire
Au-delà des questions de légalité, les autorités mettent également en avant des préoccupations environnementales et sociales. Le sous-préfet de Yaoundé VI a souligné que ces opérations permettent de lutter contre la pollution sonore, un problème fréquemment dénoncé par les riverains.
« Pendant nos sorties sur le terrain, nous profitons pour mieux les détecter et régler le problème de la pollution sonore qu'elles causent souvent », a-t-il déclaré.
La réaction des responsables religieux
Du côté des églises fermées, la frustration est palpable. Simon Bertrand Libaï, responsable de « L'Église biblique la vie profonde », réclame la réouverture de son lieu de culte. « Si ce n'est qu'une affaire de papier, ça sera réglé », a-t-il affirmé.
Une déclaration qui résume l'état d'esprit de nombreux responsables : pour eux, il ne s'agit que d'un problème administratif, rapidement soluble. Pour les autorités, c'est une question de souveraineté et d'ordre public.
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