80 corps sans sépulture : l'appel déchirant de l'Hôpital Central
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L'Hôpital Central de Yaoundé a publié le 7 juillet 2026 une liste de 80 corps non réclamés, arrêtée au 6 juillet un appel déchirant aux familles pour identifier et récupérer les dépouilles de leurs proches, dans un contexte où les morgues camerounaises croulent sous le poids de défunts parfois abandonnés depuis des années.

Dans les sous-sols de l'Hôpital Central de Yaoundé, loin du tumulte des couloirs et des salles d'attente, 80 corps reposent dans le froid des chambres mortuaires. Certains y sont depuis des mois. D'autres, peut-être, depuis des années.

Leurs familles ne les ont jamais réclamés.

Le 7 juillet 2026, la direction de l'hôpital a publié un communiqué sobre, presque clinique : une liste de 80 défunts, arrêtée au 6 juillet, est désormais affichée à la morgue. Leurs photographies aussi. Pour que quelqu'un, enfin, les reconnaisse.

« Les familles ayant perdu un proche, ainsi que toute personne susceptible de reconnaître l'un des défunts, sont invitées à se rendre à la morgue », écrit la direction, dans un message où la compassion le dispute à l'urgence logistique.

Mais derrière ces chiffres, il y a des vies. Des histoires. Des drames.

Certains corps ont été retrouvés dans la rue, d'autres dans des maisons vides. Beaucoup n'ont jamais été identifiés. D'autres ont été reconnus, mais jamais réclamés faute d'argent pour organiser des obsèques, faute de famille, faute de volonté.

Le phénomène n'est pas nouveau. En janvier 2021, 119 corps étaient déjà abandonnés dans la même morgue. En 2023, une liste de 91 corps avait été publiée. En 2025, 63 corps. Aujourd'hui, 80.

La morgue de l'Hôpital Central de Yaoundé est devenue un lieu de mémoire silencieux, où des dizaines de défunts attendent, dans l'ombre, que quelqu'un vienne les chercher.

Les faits : un communiqué, une liste, des photos

Le 7 juillet 2026, la direction de l'Hôpital Central de Yaoundé a publié un communiqué sur sa page Facebook. Le message est clair :

- 80 corps non réclamés sont conservés à la morgue à la date du 6 juillet 2026.
- Une liste nominative et des photographies sont affichées au service de la morgue.
- Les familles et toute personne susceptible d'identifier un défunt sont invitées à se rendre sur place.

La direction adresse ses « sincères condoléances aux familles endeuillées » et leur exprime « toute sa compassion en cette période particulièrement douloureuse ».

Un appel à la fois humain et administratif. Car au-delà de la détresse des familles, l'hôpital doit gérer un problème logistique de plus en plus pesant.

Un phénomène récurrent dans les hôpitaux camerounais

La situation de l'Hôpital Central de Yaoundé n'est pas un cas isolé. Elle est le reflet d'une réalité systémique qui touche les grands centres hospitaliers du Cameroun.

Les campagnes d'identification de dépouilles sont devenues fréquentes. En janvier 2021, 119 corps étaient abandonnés à la même morgue. En juillet 2023, une liste de 91 corps avait été publiée. En avril 2025, 63 corps. Aujourd'hui, 80.

Un cycle qui se répète, sans que des solutions durables soient trouvées.

Les hôpitaux de Yaoundé et Douala sont particulièrement touchés, car ils reçoivent des patients venus de toutes les régions du pays, ainsi que des victimes d'accidents, des personnes décédées dans la rue ou des individus dont l'identité n'a pu être établie.

Les raisons de l'abandon : un faisceau de causes

Pourquoi des corps restent-ils des mois, voire des années, dans les morgues ?

Les raisons sont multiples :

- Difficultés financières : certaines familles n'ont pas les moyens d'organiser des obsèques et de payer les frais de levée de corps.
- Absence de famille : certains défunts sont des personnes isolées, sans proches connus.
- Conflits familiaux : des querelles internes empêchent parfois l'organisation des funérailles.
- Procédures judiciaires : des corps font l'objet d'enquêtes ou d'autopsies qui retardent leur restitution.
- Corps non identifiés : malgré les affichages, certains défunts restent anonymes.

Un problème social, pas seulement hospitalier.

Les conséquences : un défi logistique et financier

La présence prolongée de corps non réclamés n'est pas sans conséquences.

Les morgues ont une capacité de stockage limitée. Or les décès enregistrés quotidiennement nécessitent une rotation régulière des chambres froides.

L'entretien des infrastructures, la conservation des dépouilles et la consommation énergétique des installations de froid représentent des coûts importants pour les établissements.

À Yaoundé, le professeur Pierre Fouda avait déjà alerté : les cadavres, notamment ceux provenant d'autres hôpitaux, ne peuvent plus être reçus à la morgue à cause de l'accumulation des corps abandonnés.

La morgue est saturée. Et pourtant, les corps continuent d'arriver.

L'issue ultime : des sépultures collectives

Lorsque les familles ne se manifestent pas, les hôpitaux finissent par engager les procédures prévues par la réglementation.

Les corps non réclamés sont alors confiés à la Communauté urbaine de Yaoundé pour des inhumations collectives.

Une fin silencieuse, sans nom, sans cérémonie, sans dignité.

Une question de dignité humaine

Au-delà des chiffres et de la logistique, il y a une question fondamentale : que vaut une vie si elle n'est même pas réclamée à sa mort ?

Chaque corps dans cette morgue a un nom. Une histoire. Une famille quelque part. Des proches qui, peut-être, ignorent où il se trouve.

L'appel de l'Hôpital Central de Yaoundé est un acte de dernière humanité. Une tentative de rendre à ces défunts ce qui leur est dû : une sépulture, une mémoire, une dignité.

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