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© Camer.be : Paul Moutila
- 09 Jul 2026 16:26:44
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CAMEROUN :: OTZ : Franck Biya a-t-il empoché 100 milliards ? :: CAMEROON
L'affaire des Obligations du Trésor à coupon zéro (OTZ), qui agite la scène politique camerounaise depuis 2012, refait surface en 2026 : Franck Biya, fils du président Paul Biya, est accusé d'avoir réalisé une plus-value de près de 14 milliards de FCFA sur des titres de la CAMTEL mais les défenseurs du fils du chef de l'État dénoncent une manipulation politique, tandis que l'absence de poursuites judiciaires depuis quatorze ans entretient le flou.
14 ans. C'est le temps qu'a duré le silence autour de l'affaire des OTZ. Depuis 2012, le nom de Franck Biya, fils aîné du président Paul Biya, est associé à une opération financière qui aurait rapporté près de 100 milliards de FCFA à ses sociétés au détriment du Trésor public.
Mais en cette année 2026, alors que les débats sur la succession s'intensifient et que la révision constitutionnelle rétablit le poste de vice-président, le « serpent de mer » de la politique camerounaise resurgit avec une virulence nouvelle.
Une prétendue « Alliance pour la défense du bien public » accuse Franck Biya d'avoir, par le biais de sa société Afrione, acquis 9 400 obligations du Trésor à coupon zéro (OTZ) pour 3,5 milliards de FCFA, avant de les revendre 17,4 milliards soit une plus-value de près de 14 milliards.
Mais qu'en est-il réellement ?
S'agit-il d'un scandale financier d'une ampleur inédite, ou d'une manipulation politique destinée à salir l'image du fils du président, à l'approche des échéances électorales ?
Les faits sont têtus. Mais ils sont aussi sujets à interprétation.
Les faits : une opération de titrisation complexe
Pour comprendre l'affaire, il faut remonter à 2005. L'État camerounais est débiteur de la Cameroon Telecommunications (CAMTEL) à hauteur de 80,7 milliards de FCFA. Pour éponger cette dette, l'État procède à une titrisation : il transforme 56,7 milliards de sa dette en 56 700 obligations du Trésor à coupon zéro (OTZ), d'une valeur nominale de 1 million de FCFA chacune.
Entre septembre 2005 et août 2006, la CAMTEL vend 21 300 de ces OTZ et donne en gage les 35 400 restants. Une partie de ces titres est nantie au profit de la Société Financière Africaine (SFA), filiale de la Commercial Bank of Cameroon.
C'est dans ce contexte qu'intervient la société Afrione, dirigée par Franck Biya.
Par lettre de la CAMTEL N°393/bis/DG du 18 août 2006, celle-ci cède à Afrione 9 400 OTZ. Selon les accusateurs, cette cession s'est faite à un prix inférieur à celui proposé par la SFA : 3,5 milliards de FCFA contre 4,5 milliards.
En 2007, Afrione demande le paiement anticipé de ces titres. Le ministère des Finances autorise la transaction. Afrione encaisse alors 17,4 milliards de FCFA, soit une plus-value de près de 14 milliards.
Les accusations : un délit d'initié ?
Les détracteurs de Franck Biya pointent plusieurs irrégularités :
1. Un prix d'achat inférieur au marché : pourquoi la CAMTEL a-t-elle cédé les titres à Afrione pour 3,5 milliards, alors que la SFA en proposait 4,5 milliards ?
2. Une pression sur la SFA : la Caisse autonome d'amortissement (CAA), organisme public de gestion de la dette, aurait exercé une pression sur la SFA pour obtenir la main levée des titres en faveur d'Afrione.
3. Un paiement anticipé : pourquoi l'État a-t-il accepté de payer par anticipation les titres, alors que leur échéance était fixée à 10 ans ?
4. Un réseau d'influence : le député Jean Michel Nintcheu (SDF) a interpellé le gouvernement en soulignant les liens familiaux entre Franck Biya, le directeur général de la CAA (Dieudonné Evou Mekou, neveu du chef de l'État) et le directeur général de la CAMTEL, qualifié de « tchango » de Franck Biya.
Pour l'Alliance pour la défense du bien public, il s'agit d'un « délit d'initié à grande échelle ». Selon Afrique Intelligence, Franck Biya aurait joué de ses appuis au sein de l'appareil d'État pour acquérir ces obligations en dessous de leur valeur de marché.
Les éléments de défense : une transaction standard
Les partisans de Franck Biya opposent plusieurs arguments :
1. Une pratique financière légale
La titrisation et le rachat anticipé d'obligations sont des pratiques standard sur les marchés de capitaux. Afrione a pris un risque financier en achetant des titres à décote, ce qui relève de l'investissement classique et non du vol. Un expert financier cité par Cameroun24 souligne que l'affaire a été « orientée vers Franck Biya pour produire un délit de patronyme », alors qu'il s'agit d'un « dossier financier simple, mais techniquement complexe ».
2. Aucun délit d'initié
Les experts juridiques rappellent qu'aucun texte de loi n'a été violé. La procédure de rachat anticipé des obligations était ouverte à toutes les entreprises détentrices de ces titres. Il n'y aurait eu aucun traitement de faveur.
3. La manipulation de la plainte
La crédibilité des accusateurs s'est effondrée lorsque Alphonse Mekoulou Ze, présenté comme le président du collectif à l'origine de la plainte, a dénoncé une usurpation de son nom. Cet adjudant des douanes, en service à Mbalmayo, a affirmé n'avoir « aucune idée de ce fameux collectif » et a déclaré être « un homme traumatisé » par cette association malveillante.
Le collectif « Alliance pour la défense du bien public » s'est désagrégé. Mekoulou Ze a porté plainte contre inconnu pour usurpation d'identité.
Le paradoxe : quatorze ans d'impunité
Malgré la vigueur des accusations et des démentis, une question demeure : pourquoi cette affaire n'a-t-elle jamais été jugée ?
Déposée en 2012, la plainte n'a donné lieu à aucune poursuite judiciaire. Le parlement a été saisi. Les médias ont relayé. Des experts ont analysé. Mais la justice est restée silencieuse.
Franck Biya, lui, n'a jamais répondu publiquement à ces accusations. Son silence est interprété par ses détracteurs comme un aveu, et par ses défenseurs comme une stratégie de discrétion.
Le contexte politique de 2026
L'affaire des OTZ n'est pas un simple fait divers financier. Elle s'inscrit dans un contexte politique particulièrement tendu :
- La révision constitutionnelle d'avril 2026 a rétabli le poste de vice-président, alimentant les spéculations sur une éventuelle nomination de Franck Biya.
- L'absence prolongée de Paul Biya en Suisse, où il suivrait des soins médicaux, renforce les interrogations sur la succession.
- La guerre de succession qui agite les cercles du pouvoir place Franck Biya au centre des attentions.
Dans ce contexte, l'affaire des OTZ est devenue une arme politique. Pour les uns, elle prouve l'illégitimité de Franck Biya à prétendre à la plus haute fonction. Pour les autres, elle est une manipulation visant à discréditer un homme dont la seule faute est d'être le fils du président.
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