Bac 2026 : correcteurs non payés, résultats menacés
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Correcteurs non payés, chefs de sous-centres endettés, personnels des délégations abandonnés alors que les délibérations du baccalauréat 2026 approchent, l'Office du Baccalauréat du Cameroun (OBC) est au bord de l'implosion.

« L'enseignant n'est pas un mendiant. Il est le forgeron des consciences. »

Cette phrase, extraite d'une mise en demeure adressée le 29 juin 2026 à la direction de l'Office du Baccalauréat du Cameroun (OBC), résume à elle seule l'exaspération d'un corps de métier poussé à bout.

À quelques jours des délibérations du Baccalauréat et du Probatoire session 2026, la tension est à son comble. Les correcteurs menacent de boycotter les jurys. Les chefs de sous-centres croulent sous des dettes contractées pour financer eux-mêmes l'organisation des épreuves pratiques. Les personnels des délégations départementales attendent, depuis parfois trois sessions, des indemnités dérisoires de 35 000 FCFA.

Derrière ces chiffres, il y a des vies. Des enseignants qui ont préfinancé les examens sur leurs propres deniers. Des responsables qui ont contracté des emprunts auprès de banques et de tontines. Des retraités qui n'ont jamais été remboursés.

Et au bout de la chaîne, des milliers de candidats dont l'avenir est suspendu à un ultimatum.

Une mise en demeure qui fait trembler l'institution

Le 29 juin 2026, une correspondance signée depuis Maroua a été adressée au directeur de l'OBC, Roger Minkoulou. Son message est sans équivoque : les correcteurs exigent le paiement de leurs arriérés avant toute participation aux travaux de délibération.

Les créances impayées s'accumulent depuis plusieurs sessions :

- Frais de déplacement des délibérations des sessions 2022, 2024 et 2025 ;
- Frais de correction du Baccalauréat et du Probatoire 2026 ;
- Indemnités de délibération de la session 2025.

Le collectif des correcteurs a fixé un ultimatum à la direction de l'OBC : l'ensemble des arriérés devra être réglé avant l'ouverture des délibérations. À défaut, ils refuseront de participer aux jurys, une menace qui pourrait perturber la publication des résultats des examens officiels.

616 millions de FCFA de dettes reconnues par l'État

Ce n'est pas la première fois que l'OBC est épinglée pour ses retards de paiement. Le 26 mars dernier, lors d'une session de dialogue entre le gouvernement et les syndicats du secteur éducatif, l'État a reconnu une dette de 616 millions de FCFA envers les enseignants correcteurs.

Selon le communiqué publié à l'issue de cette réunion, cette dette concerne principalement les indemnités de déplacement des correcteurs, les anonymiseurs et la prise en charge des chefs de centres et de sous-centres. Plus surprenant encore : cette somme résulterait de retenues fiscales abusives opérées par la Direction générale des impôts sur des indemnités qui, selon la législation, devraient être exonérées de toute taxation.

En clair, le fisc détient illégalement 616 millions de FCFA de primes de correction. L'État a promis de régulariser la situation.

Mais cette promesse n'a pas suffi à apaiser la colère des enseignants. D'autant que ce n'est pas la première fois que l'OBC fait face à ce type de scandale. En février 2022, l'institution avait déjà reconnu une dette de 1,4 milliard de FCFA envers les enseignants pour la session des examens de 2021.

À l'époque, le directeur de l'OBC, Étienne Roger Minkoulou, avait justifié cette situation par « une incapacité systémique à anticiper ». L'Office, expliquait-il, doit faire face à trois inconnues : l'effectif des candidats, les intervenants et les ressources financières.

Trois inconnues qui, quatre ans plus tard, restent toujours non résolues.

Les chefs de sous-centres : des fonctionnaires endettés

Mais la crise ne se limite pas aux correcteurs. De nouveaux témoignages décrivent une situation qui touche désormais l'ensemble de la chaîne d'organisation des examens.

Selon plusieurs acteurs impliqués dans l'organisation du baccalauréat et du probatoire, les difficultés ne se limiteraient plus aux vacations de correction ou aux frais de délibération. Ils évoquent désormais une dette globale qui concernerait :

- Les chefs de sous-centres ;
- Les personnels des délégations régionales et départementales ;
- Les responsables des examens de l'enseignement technique.

L'OBC devrait plusieurs centaines de millions de FCFA aux chefs de sous-centres, notamment au titre des indemnités de fonctionnement et des remboursements liés à l'organisation des épreuves pratiques.

Le cas de l'enseignement technique apparaît particulièrement préoccupant. Selon les témoignages recueillis, les responsables des sous-centres ont été contraints de préfinancer eux-mêmes l'achat des matières d'œuvre nécessaires aux épreuves pratiques, afin de permettre le déroulement normal des examens.

Pour y parvenir, certains disent avoir contracté des emprunts auprès de banques, d'établissements de microfinance ou encore de tontines et associations communautaires. Plusieurs d'entre eux attendraient toujours le remboursement de ces dépenses, parfois plusieurs sessions après les examens.

« Certains chefs de sous-centres ont engagé des dizaines de millions de francs CFA de leur propre argent. Certains sont aujourd'hui à la retraite sans avoir été remboursés. »

Les délégations régionales : des créances abandonnées

Les critiques s'étendent également aux délégations régionales des Enseignements secondaires. Pendant plusieurs années, ces structures assuraient une partie importante de l'organisation matérielle des examens pour le compte de l'OBC.

Or, selon plusieurs témoignages, l'Office a créé depuis plus de deux ans ses propres antennes régionales tout en laissant derrière lui deux à trois sessions d'examens impayées aux personnels des délégations qui avaient participé à cette mission.

Les personnels des délégations départementales dénoncent eux aussi des arriérés portant sur plusieurs sessions. Ils estiment que les faibles indemnités qui leur sont dues évoquées autour de 35 000 FCFA par session demeurent impayées depuis plus de trois campagnes d'examens.

Des pressions sur les contestataires

Plusieurs intervenants affirment également subir des pressions lorsqu'ils envisagent de ne plus participer à l'organisation des examens en raison des retards de paiement. Selon eux, certains responsables laisseraient entendre qu'un refus pourrait avoir des conséquences sur leurs fonctions administratives.

Ces allégations n'ont pas été confirmées par les autorités compétentes. Mais elles alimentent un climat de méfiance qui fragilise encore un peu plus l'institution.

Des antennes régionales dispendieuses ?

Ces accusations interviennent alors que certains dénoncent parallèlement le fonctionnement des nouvelles antennes régionales de l'OBC. Les auteurs des témoignages estiment que ces structures auraient été créées sans résoudre les difficultés de paiement des anciens intervenants.

Ils affirment en outre que certains personnels affectés dans ces antennes bénéficieraient de rémunérations et de primes particulièrement élevées. Ces affirmations n'ont toutefois pas été corroborées par des documents officiels.

Un appel à l'audit

Ces nouvelles viennent renforcer les critiques déjà formulées contre la gouvernance financière de l'Office du Baccalauréat. Plusieurs acteurs du secteur éducatif appellent désormais à un audit indépendant des finances de l'institution, afin d'établir le niveau exact des arriérés, d'identifier les éventuelles responsabilités administratives et de restaurer la confiance entre l'administration et les milliers d'agents qui assurent chaque année l'organisation des examens nationaux.

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