Martinez Zogo : Ils l’ont assassiné
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Le corps de l’animateur radio a été retrouvé ce 22 janvier non loin de Soa. Le présentateur de l’émission « Embouteillage » a été enlevé le 17 janvier 2023 vers 20h.

Des Lamentations, des consternations et des condamnations sont au rendez-vous en cette matinée du 22 janvier 2023, à l’entrée principale de la morgue de l’hôpital central de Yaoundé. Ce service est envahi par une foule constituée des policiers et gendarmes lourdement armés, des journalistes, les agents de la sécurité militaire, des autorités judiciaires, les membres de la famille de Martinez Zogo et plusieurs de ses fans. Il est 11h lorsqu’une housse de couleur blanche est déposée sur une civière par les éléments des sapeurs-pompiers. Il s’agit du corps sans vie de Martinez Zogo. Ces images atroces d’un fervent défenseur de la liberté d’expression plongent la foule dans l’émoi. L’épouse de l’animateur radio est inconsolable.

Les frères de Martinez Zogo ainsi que d’autres proches venus nombreux s’interrogent sur les raisons de l’assassinat brutal de cet homme, considéré au sein de sa famille nucléaire comme un grand modèle. La douleur est plus grave pour ceux qui ont vu les premières images de la découverte macabre de la dépouille du chef de chaine de la radio Amplitude Fm. Face à cette colère qui monte, les policiers armés de fusils sont obligés d’instaurer un cordon de sécurité afin d’empêcher l’accès à l’intérieur du bâtiment abritant la morgue.

Seules certaines forces de l’ordre et les autorités judiciaires peuvent entrer facilement. Ce dispositif sécuritaire suscite les interrogations auprès de certaines proches de Martinez Zogo : « Notre frère a été enlevé depuis le 17 janvier devant le portail de la brigade de gendarmerie de Nkolbong près de Soa. Pourquoi c’est lorsqu’on retrouve le corps que vous nous empêchez de voir ses restes ? Vous connaissez les commanditaires de son assassinat. Avec ce décès, nous comprenons que la liberté d’expression n’existe plus dans ce pays », affirme un proche éploré.

La délégation d’Amplitude Fm est conduite sur les lieux par Charly Tchouemou, le rédacteur en chef de cette radio : « C’est une tragédie pour notre entreprise. La disparition de Martinez Zogo nous choque. Nous espérons que toute la lumière sera faite », affirme le rédacteur en chef d’Amplitude Fm. C’est dans la localité d’Ebogo 3 dans l’arrondissement de Soa, que le corps de Martinez Zogo a été retrouvé ce 22 janvier 2022.

« La dépouille était dans un état de décomposition. La victime a été retrouvée nue et présentait les traces de torture sur le corps, sa tête n’avait plus des cheveux. Ses vêtements et chaussures ont été retrouvés près du cadavre. Ce sont les riverains qui nous ont alertés ce matin. Lorsque nous avons eu l’information, nous sommes allés sur le terrain pour procéder aux constats d’usage. Après l’identification de la dépouille, le procureur de la République près des tribunaux de Mfou a décidé de mettre le corps sous scellé pour qu’une autopsie conduite par les médecins légistes soit faite pour savoir les circonstances réelles de cette mort suspecte. Une enquête judiciaire a été ouverte par le procureur », explique une source policière. 

Enlevé devant un poste de gendarmerie

La dépouille du présentateur de l’émission « Embouteillages » a été retrouvée cinq jours après la publication de l’information sur son enlèvement. Jusqu’hier au moment de la découverte macabre, certains journalistes croyaient toujours que la nouvelle de la disparition de Martinez Zogo était un buzz. François Mbokè, directeur de publication du journal Diapason et président du Réseau des patrons de presse du Cameroun, présent ce 22 janvier à la morgue explique : « Les conditions dans lesquelles Martinez Zogo est décédé inquiètent la corporation des travailleurs des médias. Dans un pays démocratique un tel crime est inacceptable.

Nous espérons que les autorités judiciaires feront toute la lumière au sujet de cette affaire et que les présumés commanditaires seront traduits devant les tribunaux conformément aux lois de la République. » C’est depuis le 18 janvier 2023 que la nouvelle de l’enlèvement de Martinez Zogo a été publiée par le président du REPAC qui précisait : « l’animateur attitré de l’émission Embouteillage et directeur général de la radio Amplitude Fm 103.3 émettant à Yaoundé a été enlevé cette nuit par des hommes encagoulés roulant dans une Toyota prado, couleur noire, non immatriculée. A l’heure où nous publions, M. Noubissi son employeur ainsi que ses collègues sont toujours sans nouvelles de lui. Ses deux téléphones portables sont coupés. C’est en rentrant hier soir autour de 19h40 qu’il a été pris en chasse par ledit véhicule. S’étant rendu compte, il a tenté de fuir dans un poste de gendarmerie où il sera rattrapé par ses ravisseurs, non loin de la gendarmerie. »

Les sources policières rencontrées ce 22 janvier 2023 à l’hôpital central de Yaoundé confirment bien que Martinez Zogo a été enlevé devant la gendarmerie de Nkolbong : « Il était suivi depuis le quartier Elig-Essono par les hommes qui se trouvaient dans une Prado de couleur noire. Lorsqu’il est arrivé devant la brigade il a voulu entrer avec son véhicule malheureusement il a trouvé que le portail de la brigade était fermée. Au moment de rentrer en arrière, il a cogné le véhicule qui le suivait. Comme c’était dans la nuit, il a été maitrisé, tout laisse à croire qu’il aurait reçu une décharge électrique qui l’a affaibli au moment de son enlèvement », explique une source. Le véhicule de Martinez Zogo est toujours garé dans la cour principale de la brigade de gendarmerie de Nkolbong.

Le décès suspect de Martinez Zogo viole la Déclaration de principe sur la liberté d’expression en  Afrique au sujet des kidnappings des journalistes. Cette déclaration précise que les attaques telles que le meurtre, le kidnapping, l’intimidation et la menace contre les journalistes ou d’autres personnes exerçant leur droit à la liberté d’expression ainsi que la destruction matérielle des installations de communication, sape le journalisme indépendant, la liberté d’expression et la libre circulation des informations vers le public.

Cette mort suspecte porte également atteinte au droit à la vie, tel que mentionné dans l’article 6 du pacte international relatif aux droits civil et politique : « Le droit à la vie est inhérent à la personne humaine. Ce droit doit être protégé par la loi. Nul ne peut être arbitrairement privé de la vie. » Depuis la confirmation du décès de Martinez Zogo, les partis politiques de l’opposition et les associations de défense des droits de l’homme ont dénoncé cet assassinat qui cible un acteur de la liberté d’expression. Le 20 janvier 2023, Reporters sans Frontières a interpellé les autorités camerounaises à tout mettre en œuvre pour retrouver Martinez Zogo et conduire les présumés coupables devant la justice. 

Enquêtes ?

Au Cameroun, ce n’est pas la première fois qu’un décès  d’un journaliste suscite une telle controverse. En 2020, Samuel Wazizi, journaliste exerçant dans le Sud-Ouest avait été interpelé par les forces de défense et de sécurité mobilisées dans la résolution de la crise dans les régions du Nord-Ouest et Sud-Ouest. Ce journaliste est décédé dans les conditions troubles alors qu’il était en détention. Jusqu’à ce jour, l’enquête ouverte n’a pas déterminé les circonstances de cette disparition suspecte. Les enquêtes judiciaires ouvertes suite à la mort de Bibi Ngota, de Jules Koum Koum morts dans les circonstances troubles n’ont jamais été rendues publiques.

De tels traitements infligés aux journalistes sont à l’origine du classement du Cameroun dans le rapport de Reporters sans frontières, où notre pays figure parmi les pays les plus dangereux pour l’exercice du journalisme en Afrique centrale. Martinez Zogo, Arsène Salomon Mbani Zogo est un animateur radio qui a décidé de dénoncer depuis plusieurs semaines dans son émission, les marchés publics attribués dans le cadre de la ligne 94 et 65.

Certaines personnes estiment qu’il paierait le prix de ces prises de position sur cette affaire. Martinez Zogo quitte la scène à 51 ans. Il était le concepteur de l’émission « Embouteillage ». Cette émission a été présentée dans d’autres radios urbaines de Yaoundé comme Magic Fm. En attendant le programme des obsèques, les associations des journalistes et des patrons de presse annoncent des actions pour condamner l’assassinat lâche et barbare de Martinez Zogo fils de Victor Moungou Zogo et Antoinette Essala.

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