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© Camer.be : Paul Moutila
- 28 Jul 2026 02:44:51
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Cameroun : Alice Nkom soutient le témoin qui accuse Ngoh Ngoh
Alice Nkom salue le courage du capitaine Effoudou après ses accusations contre Ferdinand Ngoh Ngoh. « Si ces faits étaient confirmés, ils relèveraient de l'horreur », estime l'avocate.
Me Alice Nkom, figure emblématique du barreau camerounais et porte-parole de l'opposant Issa Tchiroma Bakary, apporte un soutien sans équivoque au capitaine Effoudou, dont le témoignage de 27 minutes accuse le numéro deux du régime d'être le commanditaire de l'assassinat de Martinez Zogo. Des allégations non vérifiées, mais qu'elle juge « dignes d'être entendues avec la plus grande attention ».
« Il faut beaucoup de courage pour qu'un témoin comme le capitaine Effoudou livre son témoignage. » C'est par ces mots que Me Alice Nkom, avocate historique des droits humains au Cameroun, a réagi aux révélations explosives de l'ancien chef du renseignement de la présidence. Dans un message publié sur les réseaux sociaux, celle qui fut la première femme noire avocate du pays estime que les déclarations du capitaine, « si elles étaient confirmées, relèveraient de l'horreur ». Mais au-delà du soutien, c'est une question qui la hante : des hommes auraient-ils pu être amenés à commettre l'irréparable « pour une rémunération de 40 ou 50 euros » ?
Alice Nkom : une voix qui compte dans le débat national
Me Alice Nkom n'est pas une observatrice ordinaire. Née le 14 janvier 1945, elle est devenue en 1969 la première femme noire avocate du Cameroun, après des études de droit en France et dans son pays. Figure emblématique de la défense des droits humains, elle a consacré sa carrière à la protection des plus vulnérables, des victimes de discrimination aux personnes LGBT+.
Récemment nommée porte-parole officielle d'Issa Tchiroma Bakary, candidat déclaré à la présidentielle, elle incarne une opposition déterminée à contester l'ordre établi. Sa prise de parole sur l'affaire Effoudou ne relève donc pas du simple commentaire : c'est un acte politique.
« Un courage immense » : le soutien sans réserve de Me Nkom
Dans sa déclaration, l'avocate rend hommage à la bravoure de l'ancien officier : « Dénoncer des agissements obscurs et mettre en lumière des faits qui, s'ils étaient confirmés, relèveraient de l'horreur demande un courage immense. »
Elle souligne la fonction stratégique qu'occupait le capitaine Effoudou, ancien chef du bureau des renseignements à l'état-major particulier du président Paul Biya. Un poste qui lui donnait accès aux informations les plus sensibles du régime. Selon elle, ses déclarations « méritent d'être entendues avec la plus grande attention ».
La question qui dérange : 40 ou 50 euros pour un assassinat ?
Au-delà du soutien, Me Nkom pose une question qui interpelle la conscience collective : « La question de savoir si des personnes ont pu être amenées à commettre l'irréparable à la demande d'une autorité, pour une rémunération de 40 ou 50 euros, interpelle profondément notre conscience collective. »
Cette interrogation fait écho aux révélations du capitaine Effoudou, qui a dénoncé ce qu'il présente comme des réseaux criminels au sein de l'appareil sécuritaire camerounais. L'ancien officier affirme que la gendarmerie nationale serait devenue un « haut lieu de trafic de drogue », et que des militaires auraient été instrumentalisés pour des basses œuvres.
« Si l'horreur et la honte devaient porter un visage »
Me Nkom ne mâche pas ses mots : « Si l'horreur et la honte devaient porter un visage, celui-ci s'en approcherait. » Une formule choc qui traduit l'ampleur du choc provoqué par les accusations de l'ancien officier.
Elle rappelle qu'il est « difficile d'imaginer qu'un capitaine, anciennement investi d'une responsabilité aussi importante auprès du président, puisse prendre la parole sur de tels sujets sans mesurer pleinement la portée et la gravité de ses déclarations ».
Le capitaine Effoudou : un témoin au cœur du système
Le capitaine Daniel Effoudou, radié de l'armée camerounaise le 13 mars 2024 et aujourd'hui en exil en Europe, a accordé une interview de 27 minutes au journaliste Morgan Palmer dans l'émission « Masterclass ».
Ses accusations sont sans précédent :
- Assassinat de Martinez Zogo : il désigne Ferdinand Ngoh Ngoh comme « l'auteur, le commanditaire » du meurtre du journaliste.
- Tentative de coup d'État : il affirme que le SGPR aurait planifié un coup d'État avec un légionnaire français.
- Guerre des clans : il évoque une « guerre ouverte mais silencieuse » entre Ngoh Ngoh et l'ancien patron des services de renseignement.
« Le réveil porte une dimension d'éveil »
Me Nkom conclut sa déclaration par un appel à la mobilisation : « Vous voyez, lorsque je vous parle de réveil, cela porte aussi une dimension d'éveil. Et le peuple de la victoire et du changement ne manque ni de courage, ni de ressources. »
Une formule qui résonne comme un programme : le Cameroun serait à un tournant, et les révélations du capitaine Effoudou pourraient être le déclencheur d'une prise de conscience collective.
Un témoignage qui divise la classe politique
Si Me Nkom apporte son soutien au capitaine Effoudou, d'autres voix s'élèvent pour critiquer ses déclarations. Le gouvernement camerounais rejette fermement ces accusations, et le Conseil national de la communication et des droits de l'homme (CNCEC) a déjà annoncé des poursuites judiciaires contre l'ancien officier.
Certains médias estiment que le témoignage du capitaine Effoudou « soulève plus de questions qu'il n'apporte de réponses ». D'autres y voient une manœuvre politique dans le cadre de la guerre des clans pour la succession de Paul Biya.
L'engagement d'une vie
Pour Alice Nkom, cette prise de parole s'inscrit dans un engagement de plus de cinq décennies. Première femme avocate du Cameroun, elle a toujours été du côté des opprimés et des exclus. Son soutien au capitaine Effoudou, aussi controversé soit-il, est cohérent avec ce parcours.
Un débat qui ne fait que commencer
Les déclarations d'Alice Nkom ajoutent une voix autorisée au débat déjà explosif suscité par les révélations du capitaine Effoudou. En saluant son courage, en s'interrogeant sur la rémunération des crimes, et en appelant au « réveil » du peuple camerounais, l'avocate pose des questions qui dépassent le cadre judiciaire pour toucher à l'éthique et à la conscience collective.
Ce témoignage, et les réactions qu'il suscite, marquent un tournant dans la vie politique camerounaise. Et la question posée par Me Nkom « 40 ou 50 euros pour commettre l'irréparable ? » continuera de hanter le débat public.
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