Biya : hospitalisation ou séjour privé ? Le démenti qui divise
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Cameroun - Biya : hospitalisation ou séjour privé ? Le démenti qui divise

Paul Biya est absent du Cameroun depuis 50 jours, un record. Hospitalisation ou séjour privé ? Le démenti officiel ne suffit plus. Plongée dans une crise politique silencieuse.

Le président camerounais, 93 ans, est en Suisse depuis le 7 juin son plus long séjour à l'étranger. Alors que le gouvernement dément toute hospitalisation, l'absence de vice-président et le rôle croissant de Chantal Biya dans les affaires de l'État alimentent les interrogations sur la continuité du pouvoir.

Le 27 juillet 2026, Paul Biya a franchi un cap symbolique : 50 jours d'absence du Cameroun. Un record depuis son arrivée au pouvoir en 1982. Officiellement, il s'agit d'un « court séjour privé » en Suisse. Mais les rumeurs d'hospitalisation dans une clinique privée de Genève, les reports successifs de son retour, et l'absence de toute apparition publique nourrissent un doute grandissant. Et si la question n'était pas seulement la santé d'un homme de 93 ans, mais la vacance silencieuse d'un pouvoir entièrement construit autour de lui ?

50 jours d'absence : un record historique

Ce lundi 27 juillet 2026, Paul Biya totalise précisément 50 jours d'absence du Cameroun. Il a quitté Yaoundé le 7 juin, accompagné de son épouse Chantal Biya, pour ce que la présidence a qualifié de « court séjour privé en Europe ».

Ce chiffre n'est pas anodin. Il bat le précédent record de 49 jours établi fin 2024, une absence qui avait déjà suscité une vive tension dans le pays. Mais cette fois, le contexte est différent : une révision constitutionnelle adoptée en avril 2026 a créé le poste de vice-président, resté vacant depuis. L'absence prolongée du chef de l'État, couplée à cette vacance institutionnelle, donne à la situation une gravité inédite.

Ce que dit Jeune Afrique : une hospitalisation en clinique privée

Selon Jeune Afrique, Paul Biya aurait été admis dans une clinique privée de Genève après un malaise survenu lors de la réception de la fête nationale du 20 mai au palais d'Etoudi. Le séjour, initialement prévu pour deux semaines, aurait été prolongé à plusieurs reprises.

Le magazine affirme que plusieurs membres de la famille, dont son frère et deux de ses enfants, l'auraient rejoint. La première dame, Chantal Biya, séjournerait également à Genève, avec des allers-retours à Paris et aux États-Unis.

Le démenti de Samuel Mvondo Ayolo : « Il n'a jamais été hospitalisé »

Contacté par Jeune Afrique, Samuel Mvondo Ayolo, directeur du Cabinet civil de la présidence, a été catégorique : « Paul Biya n'a jamais été hospitalisé en Suisse ». Il assure que le chef de l'État est en « très bonne santé » et continue d'examiner les dossiers depuis Genève.

Dans une déclaration qui a marqué les esprits, il a ajouté : « Ceux qui souhaitent la mort du chef de l'État et alimentent les rumeurs pourraient partir avant lui ».

Le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, avait déjà démenti une hospitalisation le 18 juin. Pourtant, le gouvernement a reconnu la possibilité de « simples consultations médicales », un aveu qui entretient le flou.

Le pouvoir depuis Genève : un État en télétravail

La présidence assure que Paul Biya continue de gouverner depuis la Suisse. Des projets de décrets, des ordonnances et des nominations ont été examinés à distance. Plusieurs rapports confidentiels, notamment de la DGRE, lui ont été transmis.

Mais l'activité officielle se limite à des correspondances protocolaires : messages de félicitations adressés à des dirigeants étrangers, décrets liés aux Forces de défense. Aucune apparition publique, aucune photo récente, aucune déclaration directe du chef de l'État.

Le paradoxe est frappant : plus le gouvernement dément, moins il est cru. L'absence de preuves tangibles alimente les spéculations qu'il entend combattre.

Ngoh Ngoh à Yaoundé, Biya à Genève : un pouvoir à deux têtes

Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence, est resté à Yaoundé. Il gère les affaires courantes et suit en particulier deux enquêtes sensibles : un trafic illégal d'or et un faux décret de nomination d'un vice-président.

Le colonel Dieudonné Evina Ndo, numéro deux de la Direction de la sécurité présidentielle, a effectué des allers-retours entre Genève et Yaoundé. Plusieurs acteurs politiques et hommes d'affaires, ainsi que des responsables européens, ont obtenu une audience auprès du président.

Cette organisation à distance, que certains comparent à du « télétravail », soulève une question fondamentale : un État peut-il fonctionner durablement avec un chef absent et invisible ?

Chantal Biya : la Première dame de plus en plus impliquée

Un élément nouveau trouble le paysage politique : le rôle croissant de Chantal Biya. Selon plusieurs médias, la Première dame est « de plus en plus impliquée dans la gestion des dossiers de l'État ». Son nom reviendrait dans certaines nominations et décisions autrefois réservées au président.

Sa présence permanente aux côtés de Paul Biya lors des deux longs séjours genevois renforce l'idée que l'accès au chef de l'État passerait désormais par elle. Dans un système aussi centralisé, contrôler l'entourage du président, c'est contrôler une partie du pouvoir.

L'opposition dénonce un « vide institutionnel criant »

L'opposition camerounaise ne cache pas son inquiétude. Mamadou Mota, vice-président du MRC, dénonce un « vide institutionnel criant ». Patricia Tomaino Ndam Njoya, présidente de l'UDC, a appelé le gouvernement à définir « une procédure impartiale de constatation de l'empêchement temporaire ou définitif » du chef de l'État.

Joshua Osih, du SDF, estime que le pays fonctionne « en pilotage automatique ». Le MRC parle d'un pays « dirigé en mode télétravail ». Le député Jean-Michel Nintcheu a même saisi le Conseil constitutionnel pour faire constater la vacance de la présidence.

Le RDPC entre inquiétude et discipline

Au sein du parti présidentiel, l'inquiétude grandit. Une réunion convoquée le 22 juillet par Jean Nkuete, secrétaire général du RDPC, ne prouve pas qu'une succession est engagée, mais elle révèle les craintes d'un système entièrement construit autour d'un homme devenu invisible.

Le parti a tenté de rassurer : il n'y a pas de vacance du pouvoir, le président reste au travail où qu'il se trouve. Mais cette communication d'apparat peine à convaincre.

Le vide constitutionnel : un vice-président introuvable

La révision constitutionnelle du 14 avril 2026 a réintroduit la fonction de vice-président, disparue depuis novembre 1982. Ce dispositif, censé sécuriser la continuité de l'État, n'a donné lieu à aucune nomination depuis plus de trois mois.

À défaut de vice-président, c'est le président du Sénat, Aboubakary Abdoulaye, qui assurerait l'intérim en cas de vacance constatée. Mais une absence à l'étranger, même prolongée, ne vaut pas automatiquement empêchement définitif.

Le Cameroun dispose d'un mécanisme constitutionnel pour gérer une transition, mais il refuse de l'activer.

Les précédents : une inquiétude récurrente

Ces controverses sur la vacance du pouvoir ne sont pas nouvelles. Fin 2024, Biya avait déjà séjourné une cinquantaine de jours hors du pays. À chaque fois, le même scénario : des rumeurs, des démentis, un retour discret, et l'absence de toute transparence.

Mais cette fois, l'âge du président (93 ans), l'absence de vice-président, et le rôle croissant de Chantal Biya donnent à la situation une dimension inédite.

Le coût du séjour suisse : une polémique qui enfle

L'analyste politique Benjamin Ngongang a dénoncé le coût du séjour suisse, estimant que « les Camerounais, qui financent ce déplacement, sont en droit de savoir où se trouve leur chef de l'État, ce qu'il fait et quand il rentre ».

Retour imminent ou prolongation ?

Ces derniers jours, tout semblait indiquer un retour imminent. La présidence avait engagé les préparatifs habituels : dispositif sécuritaire, organisation logistique. Mais le départ a été reporté au dernier moment, relançant les rumeurs.

Samuel Mvondo Ayolo a balayé les rumeurs de décès : « Vous pensez que nous serions irresponsables au point de cacher le décès du chef de l'État ? ».

Conclusion : une crise qui n'ose pas dire son nom

Alors que Paul Biya entame son 51e jour en Suisse, le Cameroun est confronté à une question existentielle : que se passe-t-il quand le chef de l'État, âgé de 93 ans, disparaît des radars pendant 50 jours, sans que personne ne sache vraiment pourquoi, ni quand il reviendra ?

Derrière les rumeurs et les démentis, c'est la question de la transparence du pouvoir, de la continuité de l'État et de la préparation de l'après-Biya qui est posée.

Le Cameroun, dirigé depuis 44 ans par le même homme, n'a jamais connu de transition. Ce séjour record, aussi opaque soit-il, pourrait bien être le test grandeur nature de sa résilience institutionnelle.

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