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© Camer.be : Paul Moutila
- 27 Jul 2026 21:29:49
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Fer de Mbalam : la sentence qui coûte 355 milliards au Cameroun
La Chambre de commerce internationale a condamné le Cameroun à verser 616 millions de dollars à la junior australienne Sundance Resources pour le retrait irrégulier de ses permis miniers sur le gisement de Mbalam-Nabeba une sanction qui pourrait coûter bien plus cher à la réputation du pays.
Le 26 juillet 2026, le Cameroun a été condamné à payer 355 milliards de FCFA à Sundance Resources. La sentence arbitrale de la CCI sanctionne le non-respect par Yaoundé de ses engagements contractuels sur l'un des plus grands gisements de fer d'Afrique. Mais derrière ce chiffre astronomique se cache une réalité plus inquiétante : un fonds d'investissement britannique pourrait empocher plus de 100 milliards, et le Cameroun risque désormais de voir ses actifs saisis à l'étranger. Plongée dans les coulisses d'un contentieux qui dit long sur la fragilité de l'État de droit économique.
La sentence qui change la donne minière au Cameroun
C'est une décision qui marque un tournant dans l'histoire des contentieux miniers en Afrique centrale. Le tribunal arbitral de la Cour internationale d'arbitrage de la Chambre de commerce internationale (CCI), siégeant à Paris, a rendu sa sentence le 26 juillet 2026. Le Cameroun est condamné à verser à Sundance Resources et à sa filiale Cam Iron SA environ 616 millions de dollars, soit près de 355,2 milliards de FCFA.
Cette condamnation met un terme, du moins sur le plan juridique, à un contentieux qui durait depuis près de six ans. Mais elle n'est que la partie émergée d'un iceberg beaucoup plus vaste.
Le projet Mbalam-Nabeba : un rêve minier devenu cauchemar
Le gisement de fer de Mbalam-Nabeba, situé à cheval entre le Cameroun et la République du Congo, est l'un des plus grands gisements de minerai de fer non exploités d'Afrique. Attribué à Sundance Resources en 2012, le projet devait s'appuyer sur la construction d'un chemin de fer de plus de 500 kilomètres reliant le site minier au port en eau profonde de Kribi.
Mais faute de financement des infrastructures nécessaires, les autorités camerounaises ont fini par retirer les permis accordés à l'opérateur australien. Une décision qui allait ouvrir la voie à un long bras de fer judiciaire.
Ce que reproche le tribunal au Cameroun
Le tribunal arbitral a retenu deux griefs principaux :
1. Le manquement aux obligations légales Le tribunal a estimé que l'État camerounais a « manqué à ses obligations légales envers Cam Iron SA et Sundance » au regard des investissements réalisés dans le gisement.
2. L'ignorance d'une ordonnance d'urgence Plus grave encore, le Cameroun a violé la convention d'arbitrage en ne respectant pas une ordonnance d'urgence rendue par la CCI en mars 2022. Cette décision interdisait aux autorités camerounaises d'attribuer le permis de Mbalam à un tiers avant l'issue de la procédure arbitrale.
En clair : le Cameroun savait qu'il ne devait pas attribuer le permis à un autre opérateur pendant le procès. Il l'a fait quand même.
Une facture qui aurait pu être bien plus lourde
Si la condamnation de 355 milliards de FCFA paraît colossale, elle reste très inférieure aux prétentions initiales de Sundance. L'entreprise australienne réclamait près de 3 000 milliards de FCFA de dommages et intérêts. Plus de 93 % de sa demande ont été rejetés par les arbitres.
L'ombre de Burford Capital : le vrai gagnant ?
Derrière la victoire de Sundance se cache un acteur redoutable : Burford Capital, un fonds d'investissement britannique spécialisé dans le financement de contentieux.
En 2021, Sundance et Burford ont conclu un accord de financement sans recours : Burford avance les frais juridiques des procédures d'arbitrage en échange d'une part des indemnités obtenues en cas de succès.
Si la sentence est intégralement exécutée, Burford pourrait percevoir plus de 100,7 milliards de FCFA soit un peu plus de 28 % de la somme totale. Ce montant représente 250 millions de dollars australiens, selon les calculs du fonds.
Burford, coté aux Bourses de New York et de Londres, a d'ailleurs anticipé l'annonce en publiant un communiqué le 24 juillet 2026, deux jours avant l'annonce officielle de Sundance.
La prudence de Burford : « La sentence n'est pas un encaissement »
Dans son communiqué, Burford appelle à la prudence. Le groupe souligne que « la délivrance de la sentence arbitrale ne constitue pas un versement en espèces pour Burford ». Plusieurs étapes restent à franchir avant un éventuel recouvrement effectif.
Parmi les risques évoqués : d'éventuelles procédures d'annulation ou de cassation de la sentence, des actions d'exécution dans différentes juridictions, ainsi que des négociations pouvant aboutir à un règlement amiable. Burford insiste : « les litiges se règlent fréquemment pour des montants sensiblement inférieurs à la valeur nominale d'une sentence arbitrale ».
La menace de l'exécution forcée
Sundance a prévenu : si le Cameroun ne paie pas volontairement, l'entreprise engagera toutes les procédures nécessaires pour recouvrer cette créance.
Cela pourrait signifier la saisie d'actifs de l'État camerounais à l'étranger. Une perspective qui dégraderait encore plus la crédibilité et le « risque pays » de la nation.
Une double défaite pour le Cameroun
Cette condamnation intervient alors que Sundance a déjà perdu une procédure similaire contre le Congo en janvier 2026. Le tribunal avait alors rejeté sa demande de 8,8 milliards de dollars pour la partie Nabeba du projet. Une victoire pour le Cameroun… mais une victoire amère, puisqu'elle ne l'a pas empêché de perdre sur le volet camerounais.
Les leçons d'un contentieux qui n'en finit pas
Au-delà de la facture, c'est tout le modèle de gouvernance des grands projets miniers qui est interrogé. Le retrait des permis, l'ignorance d'une ordonnance de la CCI, l'attribution à un tiers… Autant de décisions qui ont été prises au plus haut niveau de l'État et qui coûtent aujourd'hui extrêmement cher.
Pour les investisseurs internationaux, ce précédent est un signal d'alarme. Le Cameroun apparaît comme un pays où les contrats ne sont pas toujours respectés, où l'arbitrage international peut être ignoré, et où le risque juridique est élevé.
L'avenir du projet Mbalam : un gisement toujours inexploité
Plus de quinze ans après le lancement du projet, le gisement de Mbalam demeure inexploité. La décision de la CCI ne change rien à la réalité du terrain : le fer est toujours là, mais les investisseurs sont repartis.
Le ministre camerounais des Mines avait déclaré en juillet 2026 que Mbalam faisait partie des nouveaux projets susceptibles de porter les recettes minières annuelles à 1 000 milliards de FCFA. Avec cette condamnation, cet objectif semble plus lointain que jamais.
Recours, transaction ou paiement : les options de Yaoundé
Le Cameroun dispose désormais de plusieurs options :
1. Engager une procédure en annulation devant les juridictions françaises.
2. Négocier un accord transactionnel avec Sundance Resources pour réduire ou échelonner le paiement.
3. Payer la totalité de la sentence, avec le risque de voir ses réserves de change grevées.
Le choix de Yaoundé sera scruté de près par la communauté financière internationale. Il dira si le Cameroun est un État de droit ou un pays où la souveraineté prime sur les engagements contractuels.
Un précédent qui fait jurisprudence
Cette affaire illustre le rôle croissant des sociétés spécialisées dans le financement des contentieux internationaux. Burford Capital n'est pas un cas isolé. Des fonds similaires investissent dans des litiges contre des États africains, transformant les contentieux juridiques en classe d'actifs très lucrative.
Pour les États africains, la leçon est claire : un contrat mal négocié, une décision unilatérale, un non-respect des engagements, et c'est tout le système judiciaire international qui se retourne contre eux. Avec des intérêts privés qui, comme Burford, peuvent empocher des milliards sur le dos des contribuables.
Conclusion : une facture qui dépasse le simple chiffre
La condamnation à 355 milliards de FCFA n'est pas qu'une facture. C'est un signal adressé au monde des affaires : le Cameroun a encore du chemin à faire pour garantir un environnement juridique stable et prévisible.
Pour les Camerounais, c'est une nouvelle qui s'ajoute à la liste des défis économiques. Pour les investisseurs, c'est un avertissement. Pour Burford Capital, c'est une victoire. Pour Sundance, une reconnaissance. Pour Yaoundé, un coup dur dont les conséquences, financières et politiques, se feront sentir longtemps.
Le fer de Mbalam n'a pas encore été extrait. Mais il a déjà coûté très cher au Cameroun.
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